Rendez-vous poétique avec René Char et Denise Esteban
07/01/2016
Un an jour pour jour depuis les attentats contre Charlie Hebdo et presque deux mois depuis ceux de Paris. Je ne me suis pas exprimée à ce propos sur le blog pas plus que je n'ai souhaité polémiquer sur les réseaux sociaux. C'est le genre d'évènements qui me donne surtout envie de me taire - du moins de taire le langage usuel. Le silence, un point c'est tout.
Mais progressivement, puisqu'il s'agit de continuer à vivre et non seulement de survivre, il faut trouver d'autres mots pour outrepasser la violence devenue mode d'expression, devenue jouissance négative.
J'ai fini l'année 2015 en redécouvrant ces mots-là chez René Char. Il me semble que sa langue révèle l'essence fondamentale de la poésie : circulation, élan, respiration. La poésie de René Char appelle en avant, à travers tous ces fragments - morceaux d'instants autonomes et acérés - qui forment pourtant un tout puissant. Je suis tombée tout particulièrement sur ce poème en prose qui dit à quel point l'art est encore ce qui saura le mieux perpétuer le feu de l'existence.
Un droit perpétuel de passage
Il faut, avant de s'éloigner d'eux, consentir à l'évasion du paysage, de la nature du lieu, de l'objet, de l'être propre. En dépit des attentats, l'art est la braise sur laquelle s'égoutte le filet d'eau d'une rosée très ancienne. Ses alentours sont un crassier grelottant que le peintre capte et traite. Tout un relief levant peut frissonner de couleurs, d'alliances scellées, de formes en marche, d'harmonie. La transposition consent. L'ouvrière rousse et rieuse qui se précipite dit à Denise Esteban dressant sa toile intacte : "Je ne vous ferai pas défaut." Heureuse au soir, Vénus disserte, chemin des aphyllantes.
in Fenêtres dormantes et porte sur le toit, 1979

12 commentaires
Merci pour ces mots de Char, ma douce* ! Je t'embrasse fort !
Avec plaisir ma douce, merci à toi de m'avoir donné envie d'y revenir dernièrement !
Mille bises douces*
Merci Lili pour ce rendez-vous poétique. C'est si joli. Douce journée à toi !
Je suis heureuse que ça te plaise, Topi !
Douce journée à toi aussi*
Magnifique extrait. Mais comme tu sais, toi aussi, bien manier les mots ! C'est pourquoi je suis si assidûment ton blog. (Et toc, un petit compliment - sincère - de temps en temps, ça ne fait pas de mal !)
Merci Ellettres ! Je commence cette année 2016 avec le sourire, avec un si chouette compliment !
Et tu sais que je n'en pense pas moins à ton sujet !
L'extrait est très beau mais je ne connais qu'un recueil de René Char et je n'y avais pas été sensible...
Je comprends ! On aime rarement tout d'un même auteur !
Un très bel extrait, après le silence. J'apprécie aussi beaucoup ta décision de mettre l'art à l'honneur sur ton blog, je vais de découverte en découverte avec toutes les œuvres dont tu as émaillé tes billets récemment.
Je suis contente que tu apprécies l'incursion de l'art par ici. Donner le goût de découvrir des œuvres et des artistiques est une de mes envies pour cette nouvelle année !
Je découvre ce billet tardivement. Je te dis merci et puis je me tais. ;-)
Héhé ;)
Les commentaires sont fermés.