06/03/2014
La poésie du jeudi avec Philippe Jaccottet
J'avais initialement prévu un autre poème pour ce nouveau jeudi et puis, fortuitement, je suis tombée sur Au petit jour de Philippe Jaccottet au détour d'un commentaire stylistique. Paf ! Coup de coeur ! Et là, je me suis dit "ok, tu diffères l'autre poème (que j'aime beaucoup aussi, hein, ça n'empêche pas) et tu partages celui-ci sans attendre, c'est obligé". A l'écoute de ma petite voix intérieure pleine de bon sens, voici donc ce poème en partage. Tellement merveilleux, n'est-ce pas ?
I
La nuit n'est pas ce que l'on croit, revers du feu chute du jour et négation de la lumière, mais subterfuge fait pour nous ouvrir les yeux sur ce qui reste irrévélé tant qu'on l'éclaire.
Les zélés serviteurs du visible éloignés, sous le feuillage des ténèbres est établie la demeure de la violette, le dernier refuge de celui qui vieillit sans patrie...
II
Comme l'huile qui dort dans la lampe et bientôt tout entière se change en lueur et respire sous la lune emportée par le vol des oiseaux, tu murmures et tu brûles. (Mais comment dire cette chose qui est trop pure pour la voix?)
Tu es le feu naissant sur les froides rivières, l'alouette jaillie du champ...
Je vois en toi s'ouvrir et s'entêter la beauté de la terre.
III
Je te parle, mon petit jour.
Mais tout cela ne serait-il qu'un vol de paroles dans l'air?
Nomade est la lumière.
Celle qu'on embrassa devient celle qui fut embrassée, et se perd.
Qu'une dernière fois dans la voix qui l'implore elle se lève donc et rayonne, l'aurore.
07:38 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (12)





