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25/07/2017

L'été du renard... en BD !

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Le renard a la cote en décoration en ce moment, et j'avoue souscrire totalement à cette mode amusante (eu égard à l'horloge renard qui trône fièrement sur mon piano à côté du Saint Jérôme du Caravage : normal). Et il a aussi la cote en BD, ce que je découvre plus tardivement cet été seulement, avec deux ouvrages dénichés au CDI du boulot avant les grandes vacances. Je les réunis tous deux ici, ne prévoyant pas d'en faire individuellement une longue chronique et permettant ainsi aux amoureux du rouquin de faire d'une pierre deux coups. 

Jane le renard et moi.jpgJ'attaque par le plus beau graphisme et le propos le plus touchant : Jane, le renard & moi d'Isabelle Arsenault et Fanny Britt qui a paru aux éditions de La Pastèque en 2012. Ce moi, c'est Hélène, une jeune adolescente seule et mal dans sa peau, persuadée d'être une baleine ou une saucisse parce qu'un groupe de filles en vogue se moque et la harcèle à ce propos. Des tags insultants sur les murs des toilettes, des mots en douce et des gloussements sur son passage... Pour tromper l'ennui, Hélène lit Jane Eyre et essaye d'y trouver l'espoir d'un avenir meilleur. Mais comme les livres ne font pas tout (même s'ils font déjà beaucoup), c'est un petit renard surprise qui sera l'entremetteur d'une véritable amitié, pour redonner espoir à l'héroïne. 

L'histoire est délicate et terriblement émouvante, mais je dois reconnaître l'avoir trouvée parfois décousue. Les intermèdes avec Jane Eyre tombent un peu trop comme un cheveu sur la soupe, de même que l'apparition brève du renard qui rappelle évidemment Le Petit Prince ou cette fin brusque bien que lumineuse. En somme, tout fait sens mais n'est pas toujours amené très subtilement (ou suis-je trop exigeante ?) Malgré ces petits bémols narratifs, je me suis par contre délectée du dessin sublime, tendre et écorché, qui est un bonheur pur et simple pour les yeux. 
N'empêche qu'avis mitigé ou pas, cette BD est évidemment à mettre entre toutes les mains des collégiens pour sensibiliser aux ravages du harcèlement scolaire : elle met justement en lumière le poids du groupe sur celui qui est mis à l'écart et la nécessité, par ailleurs, de continuer à s'ouvrir à l'autre par l'entremise de la littérature. 

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Le grand méchant renard.jpgJe poursuis et finis avec le COUP DE CŒUR que beaucoup ont déjà lu depuis sa parution en août 2015, à savoir Le grand méchant renard de Benjamin Renner chez Shampooing. Honnêtement, il ne m'attirait pas plus que ça : je trouvais le graphisme quelconque et l'idée de détourner énièmement la figure du renard rusé m'ennuyait d'avance (la faute au Roman de Renart et aux fables de La Fontaine sucés et re-sucés dans les programmes du collège, sans doute). Même les chroniques élogieuses ici ou là ne m'avaient pas décidée. Et puis bon, je me suis dit que c'était quand même balo de l'avoir gratos à portée de main sans y jeter au moins un coup d’œil, ne serait-ce que pour voir si je pouvais en faire quelque chose dans mes cours. 

Le coup d’œil s'est soldé par une lecture d'une traite. La narration se fait globalement sans temps mort (à moins d'une petite longueur à mi-parcours peut-être) et se montre fine et originale. Le détournement est vraiment drôle et intelligent et les rôles sont redistribués... temporairement puisque même le rusé et puissant loup se trouve battu à son propre jeu à la fin. La vraie gagnante de cette lutte amusante au fil de la chaîne alimentaire est l'amour, évidemment, et la solidarité, sans aucune sensiblerie. On ne va pas cracher dans la soupe des bons sentiments servis sans niaiserie et avec un humour qui dépoile ! J'avoue qu'après cette lecture, je ne dirai plus jamais "voilà, voilà" sans penser en riant à la vignette qui l'illustre !

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11/03/2017

Histoires de chats de Guillaume Bianco

Billy Brouillard chats couverture.jpgCertains livres sont des évidences. C'est le cas, pour ma part, de tout ce qui concerne les chats (mais aussi Frida Kahlo, le thé, la rose, la violette, Virginia Woolf, Charles Baudelaire et les livres en général. J'en oublie sûrement.) Si l'on ajoute à cela le fait que l'auteur de ces quelques Histoires de chats est Guillaume Bianco, soit celui qui m'a donné goût à la BD il y a quelques six ans (car j'y ai longtemps été hermétique), c'est  un peu le carton plein. 

Depuis la parution de la série des Billy Brouillard, l'auteur décline son univers léché un poil gothique, où les enfants sont terribles et piquants à souhait, en Encyclopédie curieuse et bizarre et autres Contes malfaisants comme une manière de prolonger son obscure clarté* décidément plaisante. A chaque livre, en somme, une tentacule pousse d'un monde miroir qui ne semble pas avoir de limites - ce qui n'est pas pour me déplaire : je me délecte décidément de l'atmosphère de ces récits. 

Dans ce tome 3 des Contes malfaisants, les chats prennent vie et place comme meilleurs amis de l'homme, ou plus justement des enfants coquins. Cinq races se succèdent : le Bombay - que j'ai découvert à cette occasion : le plus magnifique des chats noirs qui n'a rien à envier à Bagheera et qui saura apprendre la douceur à une sacrée petite sorcière - , le Sphynx - qui enseigne les trésors de l'amitié -, le Persan, le Siamois - qui semble décidément un chat au caractère sacrément trempé - et le Maine Coon - celui qui crève le plafond.

Les histoires plus ou moins longues se concluent par des brèves au sujet des races traitées. L'ensemble donne un volume plein de tendre affection et d'admiration. Face au chien, partenaire indécrottable de l'humain, le chat fait souvent figure de solitaire un peu pédant. A se demander quelle relation véritable peuvent nouer l'homme et le chat si ce n'est se jeter des petits coups d'oeil de loin en guise de "Salut, l'ami". Avec ce livre, on découvre la véritable nature de cette relation, faite de respect et non de dépendance ; d'envie et non de besoin, et l'on constate qu'une telle relation n'en est pas moins profonde, viscérale, délicieusement goûtée. J'aime quand on me parle ainsi de la belle amitié qui se noue entre l'homme et son chat tant elle me semble merveilleusement refléter celle que j'entretiens avec les miens. 

En somme, comme à chaque fois que je lis Bianco, je suis conquise. Ce volume ne fait pas exception. Il ravira, évidemment, tout amoureux des chats. Après quoi, vous me direz si, comme moi, vous êtes allés fureter sur Internet de plus amples renseignements sur le Bombay (hehehe). 

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Histoires de chats (Les contes malfaisants III de Billy Brouillard) de Guillaume Bianco, Soleil, Métamorphose, 2016, 88p. 

 

*(soyons fous, donnons dans l'oxymore éculé) 

 

21/12/2016

Le sentier des reines d'Anthony Pastor

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Le sentier des reines d'Anthony Pastor, Casterman, 2015, 120p.

 

Le sentier des reines 1.jpgLa montagne n'épargne décidément rien, et surtout pas l'imprudence de ces colporteurs revenus saufs de la Première Guerre Mondiale. Ils ont peut-être échappé aux obus mais l'avalanche fera son œuvre sans distinction. C'est ainsi qu'en 1920 dans un village reculé de Savoie, Blanca et Pauline se retrouvent veuves et Florentin orphelin. Ils n'ont plus rien qu'un mulet et quelques marchandises de couture puisque tout doit revenir au cousin de la famille. Alors, Blanca décide pour tous trois de partir sans se retourner. Vendre boutons, dentelles et étoffes dans les villages en direction de la vallée et chercher ailleurs une nouvelle liberté, sans trop savoir où, au gré des tempêtes et d'un obscur poilu qui les suit comme une ombre malveillante.

Ce road-movie original, intelligemment documenté et sensible retrace le parcours d'un trio improbable, mené tambour battant par une Blanca coriace et déterminée. La montagne et la guerre pourraient être les autres personnages impressionnants de ce récit, tant elles habitent et enserrent les protagonistes dans les premières parties du voyage : la neige se déchaîne et le froid parvient même à glacer le lecteur. Le dessin d'Anthony Pastor rend avec une grande beauté ces territoires hostiles et la ténacité sans faille de celles qui veulent gagner une nouvelle liberté : celle de vivre, d'être, sans le regard jugeant et normatif de la société.

On sent poindre d'ailleurs la question de l'émancipation féminine à travers certaines réflexions sur la profession qui sied ou non aux femmes et les livres que Blanca récupère d'une future institutrice. Le droit de vote existe déjà pour les femmes depuis 1918 en Angleterre et en Allemagne, et depuis plus longtemps en Nouvelle-Zélande. C'est bien pour cela que cette terre est, à la fin du livre, la destination de ces héroïnes franches, droites, indéfectibles.

En attendant les dernières pages, leur parcours sera semé d'embûches, de dangers, d'affaires de vol et de mauvais souvenirs mais aussi de rencontres heureuses, de cette solidarité brute qui ouvre la grange et prête quelques braises en hiver et de retrouvailles familiales. Il semble que nos personnages soient invités à se délester de tout, du bon comme du moins bon, avant la grande épopée vers un nouveau monde.
Le sentier des reines est une réussite graphique et narrative qui embarque dans le recoin méconnu des petits villages savoyards au début du XXème siècle et dans la vie de femmes fortes en quête de liberté.

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