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10/04/2019

Natures mortes de Zidrou et Oriol

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Qui connaît aujourd'hui Vidal Balaguer ? Ce peintre prodige du modernisme catalan a disparu un beau jour sans laisser d'adresse avant le passage du vingtième siècle. Certains pensent qu'il a pris la fuite pour échapper à ses créanciers et à une accusation de meurtre (rien que ça), d'autres qu'il s'est suicidé. N'empêche que ne subsistent aujourd'hui de lui que onze tableaux à la fondation Herzog, créée par les descendants de l'usurier du peintre, et un vague souvenir dans l'esprit d'une poignée d'érudits. Balaguer refusait bien souvent de vendre ses toiles, voire en aurait détruit certaines, ce qui explique sa postérité silencieuse.

Cette atmosphère nébuleuse entretient autour de son existence et, particulièrement, autour de ses derniers jours, un mystère propice à toutes les créations dans lequel s'engouffrent ici Zidrou et Oriol avec le talent indéniable qu'on leur connaît. L'une des figures centrales du récit est Mar, la muse de Balaguer, disparue peu de temps avant lui - ce qui lui vaudra la fameuse accusation de meurtre. Peu de temps auparavant, il la représente nue dans La mujer del mantón en train de lire Crime et Châtiments. Or, dans son propre exemplaire, le peintre avait souligné cette phrase : "Avant tout, je veux vive, sinon mieux vaudrait ne pas exister". L'énigme de cette coïncidence invite par petites touches le fantastique dans ce récit pictural : soudain, le peintre, découvre une puissance qui le dépasse sous ses pinceaux et la brèche s'écarte jusqu'à découvrir un gouffre puissant. 

Une des grandes forces de cet album est ce récit original et nébuleux qui prête à la rêverie et aux interrogations les plus diverses. Brosser un mystère sur un mystère, c'est comme offrir une charlotte aux fraises couronnée de chantilly au fin gourmand : un régal. Mais à ce talent déjà fabuleux de Zidrou s'ajoute celui d'Oriol qui parvient à créer une atmosphère sombre et onirique remarquable. Un peu comme Le portrait de Dorian Gray, cette BD titille, transporte et questionne le pouvoir de l'art et la nature de l'éternité. Ce n'est évidemment pas follement nouveau mais ça a le mérite d'être exécuté avec brio. Quant à moi, j'ai très envie de relire Crime et Châtiments maintenant !

Erratum : Enna me glisse très opportunément dans l'oreillette que Vidal Balaguer n'existe pas. Du coup, j'ai hésité à supprimer ce billet, considérant qu'il expose au grand jour ma vraie nature de crédule atypique intersidérale. Et puis finalement, je me dis qu'un peu d'autodérision ne fait pas de mal. Par la même occasion, ça permet aux futurs lecteurs de plonger dans cette BD assurés que l’ambiguïté entre réalité et fiction est merveilleusement traitée et, rétrospectivement, ça ne fait qu'ajouter du sel à mon coup de cœur ! 

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Rendez-vous BD pour le mois belge 2019 chez Anne

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Aujourd'hui, la BD de la semaine est chez Moka 

 

 

 

13/03/2019

Gramercy Park de Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux

Gramercy Park.jpgMadeleine s'occupe de ses ruches sur le toit d'un immeuble new-yorkais. En face d'elle, un parrain de la pègre reçoit jour et nuit, et ne sort que le dimanche pour une visite mystérieuse. Ils s'observent. Pendant que lui règle ses affaires, elle se remémore son passé à l'Opéra de Paris où elle aidait son grand-père puis où elle a débuté sa carrière de danseuse. Les récits vont et viennent et les questions qu'ils soulèvent ferrent habilement le lecteur. Entre le quotidien de ces deux personnages que tout semble opposer, quelques flics interviennent parfois inopinément et une petite fille s'échappe pour cacher des clés à Gramercy Park. 

Décidément, en ce moment, Timothée de Fombelle touche à tout et il a raison ! Autant je n'avais pas été follement convaincue par son premier roman adulte, autant je le suis totalement par cette BD dont il signe le scénario. L'aventure est sensible et délicate et, entre les mailles de la réalité la plus sombre de la mafia et des couples qui se délitent, l'auteur parvient, comme toujours, à semer son petit grain de magie poétique. Christian Cailleaux, que je découvre à l'occasion, s'en fait parfaitement l'écho avec son dessin simple, tout en bleu gris et estompe. L'héroïne, au visage délicieux d'Audrey Hepburn, apparaît pleine d'émotions dans cet univers où elle cherche désespérément la consolation. Gramercy Park secoue et met du baume au cœur tout à la fois. 

 

Gramercy Park 1.jpg

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Livres précédemment chroniqués de Timothée de Fombelle : 

Le livre de perle

Neverland

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Aujourd'hui, la BD de la semaine est chez Noukette

 

13/02/2019

Les filles de Salem de Thomas Gilbert

les filles de salem,thomas gilbert,sorcières,femme,féminité,féminisme,indépendance,obscurantisme,religion,dieu,diable,étranger,étrangeté,crédulité,mortJ'ai presque envie de vous dire que tout est dans le titre - et c'est ce qu'on appelle la flemme intersidérale du résumé. Pour la faire courte, Thomas Gilbert relate sa vision personnelle des événements qui ont progressivement conduit à l'arrestation de nombreuses femmes et jeunes filles à Salem Village, à la fin du XVIIème siècle, puis aux fameux procès que l'on connaît, à l'issu desquels plusieurs d'entre elles furent pendues. Si l'on en croit les accusations de la fille (et, dans la réalité, de la nièce) du révérend Parris, il serait question de divination, de spectres et d'envoûtement. Pour Thomas Gilbert, il est bien plus question de liberté, de volonté de respirer (un peu) et de se démarquer de convenances injustes et contraignantes de la société de l'époque. 

On suit le récit du point de vue d'Abigail Hobbs (qui confond en fait deux Abigail de la réalité : Abigail Williams, la nièce de Parris et compagne de jeu de sa fille Betty, telle qu'apparaît ici notre protagoniste, et la véritable Abigail Hobbs qui sera, par la suite, accusée par Betty). Abigail, donc, voit comme le début de la fin l'aube de sa quatorzième année. Elle se promène en été, gaie comme un pinson, tandis que les hommes travaillent aux champs, et un ami d'enfance lui offre innocemment un petit âne en bois. Il semble qu'à cet instant, les portes de l'enfer se soient ouvertes : Abigail est bientôt femme et cette sorte de badinage devient hautement répréhensible. A partir de ce moment, la jeune fille devra se ménager un peu de liberté à l'abri des regards indiscrets, à l’œil desquels la moindre tendresse, qui plus est à l'égard d'un étranger, devient suspecte et déviante. 

Et donc, on en revient toujours au même : le vrai problème, ce n'est pas l'autre, la femme, le diable ou la colère divine, c'est l'ignorance et ce besoin de chercher les réponses dans les dogmes religieux. Dépourvu des moyens de connaître et de comprendre certains faits (d'ordre médical, météorologiques ou agricoles), l'homme s'engouffre dans les croyances les plus diverses, encadrées par des dogmes extrêmement astreignants comme s'ils constituaient le remède. (Dans la réalité, aussi, ce devint un moyen de faire tomber quelque pion problématique, tant qu'à faire. Les dérives sanglantes de l'ignorance sont toujours l'occasion, pour quelques enfoirés patentés, de tirer leur épingle du jeu.)

Ainsi, cette BD est un véritable réquisitoire contre l'aveuglement et l'extrémisme religieux - une BD d'actualité, vous dites ? Non, vraiment, je ne vois pas de quoi vous parlez. Au départ, je m'attendais à quelque chose de léger, malgré le sujet houleux. Un propos plutôt féministe aussi, ça c'est certain - et aussi beaucoup dans l'air du temps. Mais je ne m'attendais pas à ce que ça devienne aussi oppressant, nauséeux et dérangeant. Par moments, Thomas Gilbert ne ménage vraiment pas son lecteur : les propos comme les dessins sont d'une violence que d'aucuns trouveraient un peu exagérée ; pour ma part, elle m'a semblé participer à la montée en puissance du récit. Les derniers chapitres se lisent le cœur serré, l'esprit bouleversé et non sans une certaine colère à l'endroit des obscurantismes de tout poil qui se plaisent, en prime et bien souvent, à faire de la femme le cheval de Troie du diable. C'est tellement plus simple de voir la paille dans l’œil du voisin plutôt que la poutre qu'on a dans le sien, n'est-ce pas ?

Armez-vous donc de vos tripes en ouvrant cette BD qui ne paye pas de mine a priori. C'est une claque - pas forcément un coup de cœur d'ailleurs car, non, ça n'est pas la même chose, mais une claque nécessaire à n'en pas douter.  

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