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18/05/2018

Un printemps à Edimbourg, part. II : Curiosités sous la brume

Previously, in part I. 

Nous nous étions quitté devant The Elephant House ; il est temps maintenant de reprendre la descente du Royal Mile. Nul besoin de trop marcher tout de suite, je te rassure, car deux charmantes curiosités se trouvent à proximité. Un bon voyage historique n'en sera pas vraiment un sans le détour traditionnel par un édifice religieux emblématique des lieux. Ça tombe bien, le voici : l'imposante cathédrale St Giles, dont la construction a débuté au XIIème pour ne jamais vraiment s'arrêter. On peut ainsi y admirer des vitraux datant du XIXème. L'ensemble fait l'effet d'un patchwork architectural assez étonnant et dégage malgré tout une solennité qui impose un silence paisible. 

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Nous sommes également tombés par hasard non loin sur le Musée des écrivains, gratuit s'il-vous-plait (ça ne gâche rien de le préciser, tu en conviendras), sis au bout de l'impasse de Lady Stair dans une vieille bicoque édimbourgeoise étroite et biscornue typique. Il met à l'honneur trois des plus grands écrivains écossais : Walter Scott, bien sûr, Robert Louis Stevenson et le poète Robert Burns que j'ai découvert à cette occasion. Franchement, pour un musée gratuit, il est vraiment pittoresque et bien achalandé (je craignais un peu le pire après ma mauvaise expérience de la maison Mozart à Vienne). Un étage par auteur et une tripotée d'objets personnels, de lettres, d'illustrations, d'éditions de leurs œuvres. Prends tout de même garde à toi dans les escaliers : le truc des marches irrégulières pour faire chuter les cambrioleurs à l'époque pourrait bien encore fonctionner aujourd'hui si tu n'ouvres pas l’œil, et le bon ! 

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Mine de rien on a déjà parcouru une jolie trotte et il sera temps de grignoter un truc. Cette fois-ci, pas de gros resto ; on va plutôt manger sur le pouce. Un peu plus bas sur le Royal Mile, nous sommes tombés sur Story Café, un espace communautaire très chaleureux - on a un peu l'impression d'être en famille - qui propose pas mal d'activités en plus de la restauration, et qui se trouve juste sous la maison de John Knox et à côté de la plus vieille bâtisse de la ville. On a connu situation plus dégueulasse. Enfin, dernier gros bon point : non seulement la nourriture est bonne mais elle est à un prix imbattable. J'ai choisi une soupe et un scone, le tout pour la modique somme de 5,5 livres. Qui dit mieux ?

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Nous voilà enfin arrivés au bout du Royal Mile, face au deuxième château incontournable d’Édimbourg : Holyrood Palace. Cette fois-ci, on va pouvoir s'en mettre plein les yeux de pièces richement décorées car ce château-là est bel et bien la demeure du souverain écossais - ou du souverain britannique aujourd'hui. Tu peux ainsi parcourir les pièces toujours utilisées par Elizabeth II lorsqu'elle séjourne officiellement dans la capitale, puis celles de Jacques Ier et enfin, et surtout, celles de Marie-Stuart. N'empêche qu'il y a quelque chose de définitivement écossais dans ce bâtiment : une certaine austérité, je dirais, et la lumière, décidément, peine à pointer - et je ne parle pas que du brouillard. On n'est vraiment pas loin de croiser Nick quasi-sans-tête dans un coin de couloir sombre ou, mieux, dans l'abbaye en ruine attenante. 

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Holyrood Palace est, par ailleurs, entouré de la verdure à perte de vue d'Holyrood Park, un des plus grands espaces verts naturels jamais vu à l'intérieur d'une ville. Il n'y a pas besoin d'aller très loin pour trouver un loch typique, finalement : nous en avions un à 200m de notre appartement airbnb, surplombé par sa petite ruine qui va bien. Juste à côté du château par ailleurs, et si tu as la motivation, tu peux aussi te lancer dans l'ascension d'Arthur's Seat, le volcan éteint qui domine tout. 

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Personnellement, avec l'humidité qui commençait à me glacer les os ni vu ni connu j't'embrouille, j'ai préféré aller me caser dans le plus charmant salon de thé British croisé jusqu'ici : le Clarinda's tearoom. C'est kitschissime à souhait c'est-à-dire plein de fleurs, d'assiettes en porcelaine et de dindons qui jacassent. C'est un petit peu le paradis, quoi. Il était pas loin de 17h ; on a donc pris l'afternoon tea réglementaire : un Lady grey et un scone (encore. Quand on aime, on ne compte pas). C'était un délice. 

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Arrivé à ce point du voyage, je suis sûre qu'une question te brûle les lèvres alors je vais y répondre avant même que tu la poses : non, Édimbourg ne se résume pas au Royal Mile, aux petites curiosités adjacentes et au verdoyant Holyrood Park. Il y a encore mille autres délices mais autant te l'avouer tout de suite : nous avons dû nous résoudre à en louper bon nombre, faute de temps qui passe (trop vite) et de météo (trop moche). Nous avons tout de même cédé un matin, pas au saut du lit mais presque, à l'appel du large. Car il y a donc le charme de l'histoire, la campagne et la montagne à Édimbourg... Mais il y a aussi la mer (c'est la ville parfaite, je te dis, si seulement il y faisait moins mauvais). Direction Portobello, à l'est, pour une promenade au bord de l'eau, cheveux au vent et cœur en fête. Si cela nous a fait un effet rassérénant assez sympathique, j'imagine comme il doit être délicieux aussi d'y rester plus longtemps sous des températures plus clémentes, les pieds dans l'eau ou les fesses à une terrasse de café. 

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Enfin, je te recommande chaudement le jardin botanique, un peu plus au nord, dont l'entrée est libre et les espaces enchanteurs. Malgré la brume et le froid, j'ai adoré voyager en mille espaces grâce à des aménagements paysagés léchés et des plantes tropicales oniriques. 

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Manque de pot, ou heureusement, c'est selon, c'est pile le jour du départ que le soleil a commencé à pointer son museau. C'est malin ! Quelques heures avant de rendre définitivement l'appartement, nous avons donc été nous promener une dernièrement fois à Holyrood Park (franchement, avoir ça à 200m du logement, c'est quand même cadeau...) et avons pu observer à quel point quelques rayons changent tout à ce loch que nous avions découvert gris et brumeux peu de temps auparavant. C'est dommage de se quitter là-dessus mais je suis ravie d'avoir pu en profiter un brin quand même. 

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Edimbourg, quelle ville étonnante et enchanteresse ! On se reverra, c'est certain. En attendant, après avoir écumé Amsterdam, Vienne et Edimbourg, je crois que j'ai gagné le droit, pour mon prochain voyage citadin, d'aller voir plus au sud si j'y suis... Pour ne rien vous cacher, j'ai déjà quelques idées. Mais ceci est une autre histoire... A bientôt pour de nouvelles aventures !

10/05/2018

Un printemps à Edimbourg, part. I : Promenons-nous avec Harry

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Mettre le pied dans le centre historique d'Edimbourg, ce qu'on appelle la Old Town, c'est tout bonnement débarquer dans le chemin de traverse - J.K. Rowling ne risquait pas de nous enfumer sur sa source d'inspiration. Tout n'est que vieilles pierres, devantures colorées absolument british et brouillard. Parce que oui, au risque de vexer certains écossais, le brouillard, ici, n'est pas une légende : on peut y aller à la machette (tu m'étonnes que certains y voient des monstres !).

Commençons d'ailleurs en sa compagnie, tout en haut du Royal Mile, cette fameuse enfilade de rues qui descend jusqu'à Holyrood Palace (Édimbourg est fort vallonné. Toi qui pénètres en ces lieux, munis-toi de chaussures confortables et prépare-toi à te faire le cuissot pour l'été) et qui s'affuble de ce joli surnom car il est l'itinéraire officiel du souverain britannique lorsqu'il visite la capitale écossaise. Tout en haut de ce Royal Mile, donc, le fameux château d'Edimbourg. LE château-fort par excellence, sorte de Tardis médiéval que l'on n'a fait que deviner, dans un premier temps - Merci, Brouillard (je ne retouche pas la photo : il faut que tu voies ça de tes propres yeux). 

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Oublie toute idée de visiter ici une demeure royale toute de pièces richement décorées (je te montrerai cela en un autre lieu). Il s'agit du château-fort par excellence, disais-je, et extraordinairement bien conservé - fouler du pied la basse et la haute-cour ; admirer la vue imprenable sur la ville que percent de leur visée quelques canons : quelle expérience insolite et grisante. Ainsi, le maître mot de cette bâtisse impressionnante, c'est la guerre.

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(oui, la photo est moche ; c'est raccord avec le temps. Il fallait quand même que tu vois le château qui se cache sous la brume)

Pour immerger le visiteur dans cette optique belliqueuse, tout ce qui a été aménagé dans l'enceinte des remparts que voilà s'y rapporte : le musée écossais de la guerre - où l'on découvre avec un petit sourire en coin la délicieuse propension britannique à ne parler QUE de ses plus éclatantes victoires, faut quand même pas déconner, et où l'on admire de fort belles pièces d'armement -, les prisons de guerre - où l'on pourra constater la sacrée évolution dans les conditions de détention militaire entre le XVIIIème et l'époque victorienne (on passe du bouge collectif insalubre à l'eau courante dans des cellules individuelles. C'est pas Byzance mais c'est mieux que rien), le mémorial de guerre, la sainte-chapelle, le trésor de la couronne écossaise - avec la fameuse pierre du destin restituée dernièrement - et la salle d'armes qui donne envie de se mettre à l'escrime avant d'aller ripailler quelques cuisses de poulet bien grasses. 

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Pour digérer, rien de tel que de descendre Victoria Street (tu te rappelles qu'on était juste au dessus), petite rue charmante qui tournicote jusqu'à Grassmarket (où tu pourras pousser la porte d'un charmant petit magasin de fossiles et pierres semi-précieuses, Mr wood's fossils). Victoria Street est réputée pour avoir inspiré le chemin de traverse (pour de vrai, cette fois-ci, ce n'est pas juste une impression), alors forcément, s'y trouve la plus grosse concentration de magasins Harry Potter de la ville et visiblement, à Édimbourg, on ne déconne pas avec ça. Certains magasins, dont le Museum Context, font de leurs boutiques de véritables reconstitutions de l'univers de la saga. C'est assez impressionnant. C'est assez magique surtout. Et ça remplit pleinement son office de te donner envie de craquer instantanément le PIB du Burkina Faso. 

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Nous avons poursuivi ainsi jusqu'au Greyfriars Cemetery qui respire l'époque victorienne à plein nez. De nombreuses visites sont proposées, parfois même la nuit, pour déambuler en écoutant des histoires de fantômes ou aider les visiteurs à repérer les fameuses tombes sur lesquelles J.K. Rowling a piqué quelques noms pour ses romans -  il paraît qu'on peut ainsi croiser le professeur McGonagall. On a préféré se balader par nous-mêmes, à l'impro. Le lieu dégage une atmosphère tellement propice à l'imagination que mieux vaut se raconter sa propre histoire. 

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En plus, en sortant, tu pourras tomber sur Greyfriars Bobby : la superstition veut que lui toucher le museau porte chance. On est tombé dessus un vendredi 13, c'était doublement banco.

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Juste en face, se trouve le Musée National d'Ecosse. Il renferme une collection extrêmement diversifiée qui va de l'histoire naturelle aux arts déco en passant par toute l'histoire de l'Ecosse. Nous n'avions pas prévu de le faire mais le temps écossais bien pourri en a décidé autrement (le brouillard tout seul, passe encore, mais quand il s'associe à la pluie continue, rien ne va plus, faites vos jeux. Dans ces cas-là, le musée est ton ami) et on n'a pas été déçu. C'est dans cette même rue (George quelque chose, perpendiculaire au Royal Mile, tu retrouveras facilement), qu'on a déniché fortuitement (si, si, je t'assure) The Elephant House, le café dans lequel J.K. Rowling... Bref, tu connais la suite. Pris par l'élan du hasard, on a envisagé brièvement la possibilité d'aller y prendre un thé jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que c'était pété de touristes et que l'intérieur n'avait rien de spécialement attrayant. Du coup, on a passé notre chemin et achevé, par la même occasion, notre promenade de Potterhead (mais pas que) dans Édimbourg. Fort heureusement, cette merveilleuse ville a encore bien d'autres délices à offrir... que je garde pour plus tard... 

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To be continued. 

PS : en cadeau bonus avant de te laisser filer, le meilleur frontispice de bibliothèque du monde. Que la lumière soit ! 

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13/12/2017

Le Maître du Jugement dernier de Leo Perutz

fantastique,vienne,autriche,huis clos,meurtre,suicide,tableau,art,doute,hallucination,mystère,journal,aventure,leo perutz,zulmaJ'avais tellement apprécié voyager en littérature lors de mon printemps amstellodamois que j'ai décidé de renouveler l'expérience cet automne à Vienne grâce à ma librairie lyonnaise préférée. Sur le conseil de l'un des libraires qui m'a promis une aventure bien mystérieuse, j'ai craqué la veille du départ pour le roman que voilà, totalement inconnu au bataillon mais dont les arguments ne manquaient pas pour me séduire. 

C'est Gottfried von Yosch qui raconte l'histoire ou, plus justement, sa version d'une histoire fantastique survenue au début de l'automne 1909 durant cinq petits jours qui parurent à tous des semaines interminables. Tout avait pourtant commencé de façon fort banale : un temps charmant, une matinée au club d'escrime, un déjeuner entre amis et une après-midi à lire les journaux et découvrir qu'un banquier a fait faillite. En fin de journée, notre baron est invité par le docteur Gorski chez Eugen Bischoff, un comédien de leurs amis, d'humeur inquiète depuis plusieurs mois à cause d'une baisse de popularité (proportionnelle à l'augmentation de son âge) et à la préparation d'une pièce de Shakespeare. Gorski propose d'aller le divertir en donnant un récital improvisé, en trio avec la femme de Bischoff, une ancienne maîtresse de notre narrateur. Cette précision et la promesse de jouer un trio passionné de Brahms sont amplement suffisants pour convaincre von Yosch d'embarquer prestement son violon. 

La soirée tourne au vinaigre lorsque, dans une atmosphère déjà pesante et mélancolique, Bischoff trouve la mort dans son pavillon solitaire. Bien des éléments feraient penser à un suicide si l'assassiné n'avait pas raconté peu de temps auparavant une anecdote macabre qui résonne douloureusement avec son nouveau trépas. Dans une confusion totale, notre narrateur est accusé du meurtre ; lui-même n'est plus sûr de rien. Tout s'enroule autour d'une spirale de doutes qui ne se démentira pas de tout le récit, malgré la tentative des trois protagonistes, von Yosch, Gorski et Solgrub, pour démêler le vrai du faux.

Tout d'un coup, elle était là. L'épouvante faisait trembler tout mon corps, et j'avais des sueurs froides dans le dos. 
Non ! je ne l'ai pas appelé ! Je le vois là, devant moi, qui me regarde fixement et brandit la faucille avec laquelle il coupe l'herbe. C'est le vieux jardinier sourd, oui, mais pendant un instant, il a ressemblé à l'image de la mort dans les vieux livres.

Qui dit début du vingtième siècle (Perutz est un contemporain de Kafka), dit récit fantastique mitonné aux petits oignons. Le doute immédiat, dès cette préface en guise de postface qui en dit suffisamment long pour titiller sans rien affirmer précisément, est mené d'une main de maître. Je crois qu'il ne m'était jamais arrivée jusque-là de lire un roman fantastique qui parvienne à ménager le doute jusqu'au bout (la plupart versent souvent rapidement dans la monstration) et c'est particulièrement savoureux - la difficulté de l'entreprise ajoutant sans doute un brin de piment. 

Derrière la quête du "coupable", si tant est qu'il y en ait un (puisque tout est là, justement !), Leo Perutz nous glisse quelques interrogations sur le fabuleux pouvoir de l'art, tel qu'ont pu le faire auparavant, à leur manière, Balzac ou Wilde. L'art est décidément une riche source d'inspiration fantastique pour les écrivains - à croire qu'il y a effectivement quelque chose de mystérieux, de magique, voire de diabolique dans le génie créatif (lalalaaaaa). 

Vienne, dans cette histoire, n'apparaît que lointainement au gré de quelques noms de rues : nos personnages sont trop obnubilés par le brouillard énigmatique qui les entoure. Si l'on n'est pas dans un huis clos, l'atmosphère confinée des esprits monomaniaques n'en est pas loin. C'était, pour le moins, une manière originale de revoir Vienne (puisqu'à la vérité, je n'ai pas lu ce roman durant mon voyage mais dans l'avion du retour et les deux jours qui ont suivi). Sous les atours impeccables, immaculés et prestigieux de cette ville impériale, j'ai découvert ici une brume plus angoissante et ce fut terriblement agréable de frissonner en me remémorant quelques images de mon périple - et en écoutant, évidemment, le merveilleux trio pour piano de Brahms chéri par nos personnages.