27.03.2012

Poirot quitte la scène d'Agatha Christie

 

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Poirot quitte la scène d'Agatha Christie

 

"Soudain son ton redevint amer :

- C'est le côté déprimant de ces endroits, de ces pensions de famille dirigées par des gens bien nés, ruinés : elles sont pleines de ratés, de gens qui n'ont jamais rien réussi et ne réussiront jamais rien, qui ont été vaincus et brisés par la vie, de gens vieux, fatigués, finis.

Sa voix s'éteignit. Une profonde tristesse m'envahit. C'était tellement juste ! Nous étions tous là des gens au crépuscule de la vie : têtes grises, coeur gris, rêves gris. Moi-même, j'étais triste et solitaire, et la femme qui me côtoyait, amère et désillusionnée. Le Dr Franklin, plein d'ardeur et d'ambition, était contrecarré, avait les ailes coupées. Sa femme était la proie de la maladie. Le paisible petit Norton boitillait à la recherche d'oiseaux. Même Poirot, le brillant Poirot de jadis, était maintenant brisé, infirme."

 

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C'est à Styles St Mary que Poirot enquêta pour la première fois sous la plume d'Agatha Christie et c'est tout naturellement en ce lieu qu'on l'y retrouve au moment de sa dernière affaire. Vieux, affaibli par la maladie, Poirot n'a plus le panache de sa grande époque. Seules ses petites cellules grises sont épargnées par l'inéluctable déclin de l'âge. Pensionnaire du Manoir où jadis il a enquêté, Hercule Poirot guette un meurtrier d'un genre bien particulier parmi les autres résidents - de celui qu'on se soupçonne pas tant son crime est parfait. Epaulé par Astings qui sera ses yeux et ses oreilles, il va tenter de démasquer ce mystérieux criminel avant qu'un nouveau meurtre ne soit perpétré.

Poirot quitte la scène ne devait être publié qu'après la mort d'Agatha Christie. Ecrit pendant la seconde guerre mondiale, loin donc d'être le dernier ouvrage de l'auteur, il était destiné à assurer une sécurité financière à sa fille grâce aux revenus de la publication au cas où la romancière viendrait à mourir brutalement. Elle finira pourtant par céder à son éditeur en le publiant dans les dernières années de sa vie, en 1975.

Que vous dire si ce n'est que ce roman est parfaitement étonnant. Poirot sait qui est le meurtrier mais le cache à tous. Bien plus que les yeux et les oreilles de Poirot, Astings sera ceux du lecteur qui tatonne autant que lui pour comprendre ce qu'à déjà compris Poirot - en somme, nous menons l'enquête. Et je dois dire que je n'ai vraiment pas été brillante. J'ai bien eu quelques idées mais je ne me suis pas révélée plus inspirée qu'Astings et systématiquement, je ratais. Quant à la fin, rahhh. Je ne préfère rien vous en dire tant elle est surprenante à plusieurs niveaux. On croit que la boucle est bouclée avec ce retour au lieu des débuts de Poirot, pourtant l'auteur nous joue une pirouette finale magistrale. C'est vraiment un excellent Poirot que voilà !

 

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Mars 2012

25.01.2012

Le capuchon du moine d'Ellis Peters

Situation dramatique n°1 : partir en week-end, emporter un unique bouquin (en plus du précédent quasi fini) et découvrir malgré un acharnement de plusieurs dizaines de pages que ce dernier ne plait pas du tout.
Mesure d'urgence  : courir les bouquinistes du quai St Michel qui, Dieu merci, sont ouverts le dimanche, et chopper un poche au gré de l'improvisation, sans le feuilleter, en se disant "on va bien voir, ça peut pas être pire que l'autre"

 

 

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Le capuchon du moine d'Ellis Peters, 10/18, 1989, 288p.

 

 

Cadfael, moine bénédictin d'origine galloise, occupe au sein de son abbaye les fonctions d'herboriste - les plantes et leurs pouvoirs n'ont aucun secret pour lui. Pourtant, on retrouve bientôt l'honorable maître Bonal, récemment installé à proximité de l'abbaye après avoir cédé son manoir à l'ordre bénédiction, tué par une des potions de Cadfael contenant de l'aconit, autrement appelé "capuchon du moine". Qui a bien pu détourner ainsi frauduleusement une lotion sensée soulager les douleurs articulaires pour la lui faire ingérer dans son repas? Sur ce point, Cadfael entend bien tout clarifier malgré les soupçons qui pèsent immédiatement et trop facilement sur le beau-fils de la victime.

Le concept de polar médiéval, voilà qui a interpelé ma curiosité. Comment donc mettre en scène au XIIe siècle les ficelles d'un genre qui apparait plutôt anachronique ? Non parce que, mener une enquête, interroger des témoins, chercher des indices... Au Moyen-Âge ? Voilà qui était un pari plutôt osé de la part de l'auteur, surtout quand il s'agit de faire mener l'enquête par un moine - les moines, comme chacun sait, étaient très libres de leurs mouvements et n'avaient rien d'autres à glander de leurs journées à cette époque. De fait, c'est d'une totale invraisemblance mais cela se laisse lire avec plaisir néanmoins. Après tout, la vraisemblance n'est pas l'enjeu majeure de la littérature. Les personnages sont agréables et bien croqués, le décor de l'abbaye pose une atmosphère originale. Je regrette quand même la faiblesse de l'intrigue. La quatrième de couverture annonçait un meurtre parfait qu'il allait être ardu de démêler. Bon, ben, non. Le coupable saute aux yeux assez rapidement, il y a pas de quoi casser trois pattes à un canard. C'est un bon livre de gare à lire pendant un trajet en train et puis voilà.

 

08.01.2012

Le croque-mort a la vie dure de Tim Cockey

(Oui, je pique pleins d'idées de lecture chez Manu en ce moment, j'avoue tout)

 

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Le croque-mort a la vie dure de Tim Cockey, ed. Points, 2009, 402p.

 

 

Hitchcock Sewell a la trentaine bien sonnée et dirige une entreprise de pompes funèbres avec sa tante. En dehors des enterrements qui rythment joyeusement sa vie, il fait du théâtre amateur, remet le couvert à l'occasion avec son ex-femme nymphomane et farfelue, promène son chien et tombe par hasard sur une inconnue voulant organiser ses propres funérailles. Jusque là, rien que la normale. Sauf lorsqu'arrive sur sa table une belle endormie répondant au même nom que l'inconnue mais sans être elle. La question est, qui était-elle donc? Hitch va le savoir, pas tellement de suspens là-dessus, et ça va l'embarquer dans un embrouillamini chevaleresque et politique.

Le croque-mort a la vie dure est un polar rafraîchissant, pince-sans-rire, à l'humour continuel, bien choisi - clairement télévisuel : je suis d'accord avec toi, Manu, on aimerait en voir une adaptation version HBO! L'enquête est bien menée et se savoure avec plaisir même si elle ne fait pas montre d'une folle originalité. Je lui ferais même le petit reproche de connaître un démarrage trop long et une fin qui se déroule étonnamment trop vite mais ça encore, ça rend quelque chose de très télévisuel. Pour moi, l'intérêt réside essentiellements dans les personnages truculents, aux personnalités vives et bien marquées. Ce sont eux qui donnent envie de poursuivre la série. Et puis, ce cher croque-mort. On imagine ces professionnels comme d'austères dépressifs vieillis avant l'âge et voilà qu'on se trouve un fringant beau gars (spéciale dédicace) théâtreux, galant et buveur de bière. Les croque-morts en deviendraient presque craquants dis donc !

La suite au prochain numéro.

 

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