15/05/2014
La poésie du jeudi avec Jean-Yves Masson
Décidément, la poésie est vivante ! Dieu sait que j'adore la poésie des décennies voire des siècles passés mais aussi et surtout, car elle nécessite d'être défendue et connue, la poésie contemporaine. Voici donc une nouvelle fois pour ce jeudi poétique un poète tout ce qu'il y a de plus actuel.
Né en 1962, Jean-Yves Masson est professeur de Littérature comparée à la Sorbonne, traducteur d'écrivains irlandais, italiens et allemands, directeur de la collection de littérature allemande "Der Doppelgänger" aux éditions Verdier et (car tout cela ne suffit pas, il va sans dire) poète et écrivain.
Les deux textes d'aujourd'hui sont extraits du recueil Onzains de la nuit et du désir publié aux éditions du Cheyne en 1995. Dans sa poésie, la tradition réinventée devient espace de création et de modernité. On y respire l'harmonie des tons et le ballet de figures antiques, mystiques et très humaines. Une merveille, tout simplement.
VII
Même ce qui de moi demeure dans tes rêves,
disait l'ombre, ne reconnaîtrait plus ces chemins.
J'ai passé. Je suis herbe ou rivage et je danse
avec le vent parmi l'espace où je repose,
au fond des mers, je suis ardeur,
et glace au coeur du feu. Amour, implorait-il,
qui saura le secret de nos métamorphoses,
qui dénouera l'énigme que nous sommes,
Oedipe et Sphinx en même temps, et meurtriers
de ce qui nous engendre et nous surprend
un jour sur la route de notre éveil?
XLIII
Je fus. C'était l'hiver en mon pays d'orage,
c'était toujours l'hiver. J'étais voix sur la route,
j'étais cygne blessé, main tendue vers la neige,
vers la voûte du ciel et la vie à venir.
Je fus cri. Mes bras d'ombre étaient déjà la route,
ma chevelure éparse un ruisseau pour mourir,
toute de sang et d'aube il me fallait la terre
et j'accueillais le temps pour l'écouter dormir.
Je fus, je reviendrai. Tout cri est réversible,
toute pierre retourne en amont du torrent,
et moi, fée, je deviens oracle et je t'attends.

Odilon Redon (1902)
07:51 Publié dans Coups de coeur, Poésie | Lien permanent | Commentaires (22)




