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20/12/2014

Une seconde avant Noël de Romain Sardou

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Une seconde avant Noël de Romain Sardou, Pocket, 2006, 281p.

 

Tandis que je découvrais avec une joie enfantine non dissimulée Sauver Noël de Romain Sardou il y a deux ans, je me promettais de lire ses autres contes de Noël les années suivantes. J'ai attendu deux ans pour dénicher et ouvrir la première aventure de Harold Gui et non des moindres : celle qui lui vaut de créer Noël !
En l'an de grâce 1851, Harold est un jeune orphelin de neuf ans, laissé aux aléas de l'assistance publique et de la rue. Il subsiste avec un peu de pain sec et grâce à l'affection du Falou qui lui conte régulièrement les aventures d'êtres légendaires et magiques. Le Falou, un peu magique lui aussi, annonce à Harold que, bientôt, tout va s’accélérer pour lui, et que sa vie prendra une tournure extraordinaire. En effet, pour le pauvre Harold, Le Falou est assassiné puis le garçonnet se retrouve pris par la justice qui le pense voleur et meurtrier. Il échappe de peu à la mort ou à l'exil et est envoyé dans une ferme écossaise pour se tuer à la tâche. Si jusqu'ici tout semble terriblement sombre, c'est sans compter le fait que le génie Balbek veille sur Harold et qu'il va bientôt rencontrer une tripotée de lutins pleins d'énergie et d'affection. L'aventure de Noël peut commencer !

Décidément, les contes de Romain Sardou sont une délicieuse manière d'entrer avec douceur dans la magie de Noël. Si j'ai eu un peu de mal à rentrer dans ce titre-là de prime abord, je me suis délectée par la suite de toute cette imagination féérique autour de Noël. Nous sommes en tout point dans du très attendu et du très canonique : une ambiance victorienne qui rappelle à grands traits ce cher Dickens ; un jeune héros aussi lumineux, innocent et délicat que son quotidien est dur, injuste et harassant ; une flopée de personnages alentours mal intentionnés que le héros doit esquiver contre vents et marées ; des êtres magiques ; et une mystérieuse prophétie. Bien que je ne sois pas friande, habituellement, de cette littérature qui joue de clichés et d'un manichéisme trop appuyé, j'avoue l'accepter sans trop de difficultés lorsqu'il s'agit de Noël tant cette fête, à mon sens, appelle précisément la quiétude et la chaleur d'un cocon établi. D'autant qu'à partir de ces ingrédients, Romain Sardou brode avec une certaine finesse amusée une explication à tous ces petits détails qui font la magie de Noël. Ainsi, les cloches qui annoncent le traîneau du Père-Noël, la bûche, le papier cadeau, le sapin décoré et illuminé, jusqu'à l'apparence et au costume du Père-Noël, rien n'est laissé au hasard !

En refermant ce joli conte, vous ne verrez plus Noël comme avant, pour le plaisir des petits comme des grands, et vous aurez surtout une furieuse envie de lever les yeux au ciel pour croiser les lumières du traîneau magique !

 

 

 

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NB : Sophie nous propose de fêter Noël sur les blogs aujourd'hui, de quelque manière que ce soit. N'hésitez pas à participer !

08/05/2014

La triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires de Tim Burton

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La triste fin du petit enfant Huître et autres histoires de Tim Burton, édition bilingue avec une traduction de René Belletto, 10/18, 2012, 123p.


Ce recueil de Tim Burton est à l'image de son cinéma : un ovni ! Tous les textes poétiques qui le composent - ou historiettes rimées - cela dit, n'est-ce pas la même chose ? sont à la fois tendres et macabres. Il s'agit à chaque fois de petits personnages maladroits, à l'existence affublée d'une tare plutôt pathétique. A cause de cela, ils doivent évoluer dans une vie qui n'est pas tellement faite pour eux, grâce à la magie de leur esprit étrange et malgré la cruauté des autres. Exactement comme dans Edward aux mains d'argent ou Beetlejuice, il n'y a jamais de frontière claire entre le rêve et le cauchemar. C'est toujours un peu des deux, comme en enfance.

J'ai beaucoup aimé ce petit voyage poétique sans façons, très doux et plutôt juste. Burton capte à merveille l'essence des esprits solitaires, en marge d'une société normée à travers ses personnages difformes et hallucinés. C'est souvent le différent qui apparait finalement le plus humain. Les dessins, également de Burton, participent à la création de cet univers entre le poème et le conte. J'admire vraiment les artistes qui parviennent à évoquer tout un monde avec quatre vers ou trois traits de croquis. On peut ensuite disserter sur le fait d'être touché ou non par cette simplicité très enfantine - et très sombre, mais le fait est que ce seul monde créé en peu d'éléments est un rare talent.

Il faut par contre dire un mot de la traduction, ou plutôt deux : remarquablement mauvaise. J'ai rarement vu un tel travail de sape. Qu'on ne se méprenne pas, je reconnais la difficulté du travail de traducteur en général et a fortiori quand il s'agit de poésie. Il n'est évidemment pas possible de rendre compte à la fois des rimes, des jeux de sonorités intra-vers, de l'exact vocabulaire, du nombre de syllabes etc. Traduire de la poésie, c'est évidemment devoir faire des choix et souvent recomposer pour garder à la fois l'essentiel du texte et son esprit. Sauf que dans le cas présent, c'est totalement loupé. René Belletto a pris le parti de tenir mordicus aux rimes au point de réécrire souvent une sacrée partie du texte d'origine. Du coup, il n'y a plus aucun rythme dans son texte traduit, les rimes qu'il invente en s'inspirant du texte d'origine sont mauvaises et le tout donne un texte dégueulasse (excusez l'adjectif mais appelons un chat un chat). Fort heureusement, le texte original est suffisamment simple pour être compris aisément, même par quelqu'un comme moi qui n'est pas lecteur en anglais chevronné. A lire exclusivement en VO donc.

Merci beaucoup à Manu qui m'a offert ce recueil lors de notre Rock'n'Swap !

 

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challenge melange des genres.jpgChallenge Le mélange des genres chez Miss Léo

1ere participation catégorie poésie

 

06/01/2014

Un coeur simple de Gustave Flaubert

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Un cœur simple de Gustave Flaubert, extrait de Trois Contes, 1877
Lecture numérique

 

Un coeur simple ou une petite centaine de pages pour suivre l'existence étonnamment pathétique et pourtant douce de la simple Félicité. Orpheline très tôt et séparée de ses sœurs, elle vivote comme servante dans des familles peu scrupuleuses et éprouve des sentiments qui ne sont jamais partagés. Elle rentre enfin au service de Madame Aubain chez qui elle restera toujours. Elle s'occupe de toute l'intendance et des deux enfants, Paul et Virginie. Félicité est celle qui vit dans l'ombre. Même lorsqu'elle agit en héros, elle n'en a pas conscience. Elle fait ce qui est à faire, vit au jour le jour sans jamais une arrière pensée ni une tergiversation. Elle n'est pas stupide ; elle vit simplement toujours au premier degré dans cette naïveté tantôt fraîche tantôt pitoyable. A cause de son grand cœur qui ne cherche pas plus qu'il ne voit, on la roule parfois dans la farine. On la traite parfois comme un meuble, sans aucun égard pour sa douleur ou sa santé.
Malgré tout, Félicité continue. Dans sa solitude, elle découvre Dieu puis un perroquet et va nourrir pour tous deux un même mysticisme, un même amour fervent, jusqu'à les confondre dans ces vieux jours en un Saint Esprit chatoyant.

Pour une fois, Flaubert ne fait pas preuve d'ironie. Il ne faut pas voir dans ce coeur simple la moquerie condescendante des esprits sans fioriture. Ce serait bien mal connaître Flaubert qui fustigeait au contraire cet esprit petit-bourgeois dogmatique. Il offre le destin sans fard de ceux qu'on ne voit jamais, qui passe sans jamais être saisis. L'hommage se joue dans la prose délicate qui mêle l'héroïsme au profond pathétique.
J'ai été particulièrement émue de cette existence - et au fond, de cette force vive dont fait preuve celle à qui la vie ne sourit jamais vraiment. Une belle découverte classique, encore une ! Décidément, s'occuper un peu de sa PAL a vraiment du bon !

 

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Un coeur simple de Marion Laine avec Sandrine Bonnaire et Marina Foïs


Challenge XIX.jpgChallenge XIXème chez Fanny, dans le manoir aux livres
3eme lecture