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25/11/2017

Les héritiers de la mine de Jocelyne Saucier

littérature québécoise,québec en novembren famille,mine,fratrie,décès,mystère,roman choralOn connaît bien Jocelyne Saucier en France depuis Il pleuvait des oiseaux qui a reçu un franc succès sur les blogs. J'avoue l'avoir moyennement apprécié il y a deux ans, le trouvant un peu trop mignonnet à mon goût. Je ne m'en suis pas formalisée pour autant : Topinambulle m'avait offert un autre titre de l'auteure en même temps que le roman sus-mentionné et j'avais bien l'intention de m'y refrotter lors d'une prochaine édition de Québec en Novembre. C'est maintenant chose faite, et avec grand plaisir cette fois ! 

Les héritiers de la mine plonge le lecteur dans une famille totalement déjantée dont la première originalité est le nombre d'enfants qui la constitue : vingt et un ! C'est le plus jeune, surnommé affectueusement (ou pas) LeFion (voilà voilà...), qui prend la parole en premier pour nous faire découvrir à travers ses yeux et son savoir fort lacunaire les épisodes marquants de cette famille hors du commun. 

La famille, c'est un rendez-vous avec ce qu'il y a de plus profondément enfoui en soi. 

Tout commence par LePère, prospecteur minier, lorsqu'il déniche un filon de zinc juteux. Autour de la mine et des tonnes d'emplois que cela génère se crée de toute pièce une ville, Norco, sur laquelle règne désormais en maître la fratrie Cardinal. Et quand je dis en maître, je devrais plutôt dire en pirates. Les Cardinal n'ont rien de ces richissimes familles lisses et bien éduquées. Ils vivent dans quatre bicoques réunies cahin-caha en une ; chacun dort où il peut ; le linge s'amoncelle n'importe comment dans la laverie ; les parents ne gèrent pas grand chose - le père occupé dans son atelier et la mère aux fourneaux - et les enfants s'amusent à mener des expéditions punitives dans la ville. A vrai dire, LePère, s'il a été bon prospecteur, n'a pas été bon financier et s'est copieusement fait arnaquer par une multinationale pour l'exploitation du filon. Par conséquent, les enfants Cardinal en ont après la terre entière : l'entreprise qui s'en met plein les fouilles et les employés - joliment désignés par le sobriquet de culs-terreux - qui vivent de ce qui aurait dû leur revenir, pensent-ils. Lorsque la mine ferme, on est alors dans les années 60, et c'est la débandade. Norco se vide peu à peu et les Cardinal se déchaînent de plus belle sur ceux qui restent. C'est l'âge d'or de cette fratrie débridée, menée par Geronimo, lui-même secondé par Tintin ou le GrandJaune. 

Nous sommes de la race des vainqueurs. De ceux qui ne fléchissent ni ne rompent, de ceux qui ne se laissent pas rogner l'instinct, qui ouvrent grand leurs ailes et courent devant l'épouvante. Nous étions les King à Norco. 

Si LeFion s'échine à faire perdurer cette incroyable mythologie familiale, on comprend rapidement que ces histoires truculentes gravitent autour d'un trou noir qu'on lui tait savamment, et que l'on tait surtout à LaMère : la mort de l'un d'entre eux. Des deux jumelles, Carmelle surnommée LaTommy et Angèle, il ne reste plus que la première. Peu savent ce qui est véritablement arrivé à Angèle et la plupart de ceux-là ne le savent que par bribes. La déflagration a cependant été telle qu'elle a provoqué l'éclatement total de la famille aux quatre coins du globe. Il a fallu attendre l'instant T du récit, la remise d'un prix honorifique au Père, pour que tout le monde se réunisse à nouveau bien des années plus tard. Alors, au détour d'un regard ou d'un geste, la parole se met à circuler de l'un à l'autre pour tenter de comprendre, d'enfin élucider ce mystère insoutenable dont chacun porte la croix. 

J'ai l'impression de courir derrière des ombres fuyantes. Je vais de l'un à l'autre, je cours, je cherche mais les ombres se faufilent, les groupes se disloquent, et je me retrouve seul avec une conversation en suspens, mon âme entre les mains. 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette fois-ci, Jocelyne Saucier ne donne pas dans le mignonnet. Les faits sont terribles - la mort de la sœur, certes, mais plus largement les relations complexes voire venimeuses qui peuvent exister entre frères et sœurs - et s'ancre dans une réalité - le destin des mineurs abandonnés comme des vieilles chaussettes par les grandes entreprises lorsque le filon exploité s'épuise - qui ne l'est pas moins. De là à dire que le roman est plombant, ce serait se méprendre totalement. Le récit est cinglant et haut en couleurs ; c'est, somme toute, le roman picaresque d'une fratrie entière. L'entreprise formulée comme telle peut sembler d'une ambition démesurée mais Jocelyne Saucier s'en fort très habilement en collant au plus près de ses personnages : C'est la rencontre croisée de chaque narrateur en qui se mêlent l'adulte qu'il est et l'enfant qu'il a été qui crée cette profusion d'énergie, de sentiments et de souvenirs décapants. 

C'est une brillante réussite, pleine de verve et de profondeur - exactement ce que j'avais reproché à Il pleuvait des oiseaux de ne pas avoir. Ça fait du bien de se rappeler à l'occasion, comme ce fut le cas ici pour moi, que ce sont rarement les plus gros succès commerciaux d'un auteur qui sont ses plus vives réussites littéraires (oui parce qu'à l'occasion, j'aime bien enfoncer des portes ouvertes. C'est cadeau pour le week-end). Merci, ma chère Topi, de m'avoir offert cette belle découverte québécoise ! 

 

littérature québécoise,québec en novembren famille,mine,fratrie,décès,mystère,roman choralHop, deuxième participation pour Québec en novembre chez Karine et Yueyin

 

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Commentaires

J'avais aimé il pleuvait des oiseaux alors pourquoi pas celui-ci (pour l'an prochain?)

Écrit par : Enna | 25/11/2017

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Alors tu devrais adorer celui-ci ! Il sera parfait pour l'an prochain ;)

Écrit par : Lili | 25/11/2017

Considérant que je n'ai toujours pas craqué pour " Il pleuvait des oiseaux ", je vais plutôt noter celui-ci :-)

Écrit par : Marilyne | 25/11/2017

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Il m'a vraiment semblé meilleur, en tout cas !

Écrit par : Lili | 25/11/2017

J'ai beaucoup aimé son premier. Je vais noter celui-ci de ce pas.

Écrit par : argali | 26/11/2017

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Je ne connais pas son premier titre ! De quoi parle-t-il ?

Écrit par : Lili | 26/11/2017

Tiens, tu ne me fais pas regretter de ne pas m'être procurée Il pleuvait des oiseaux dernièrement car le résumé ne me faisait pas tant envie, malgré tout le "succès" qu'a reçu ce titre. Et si je ne me trompe pas, je n'accrochais pas tant aux extraits. Le résumé ici me plaît davantage. Est-ce que l'écriture est très similaire ou tu as ressenti plus de profondeur également dans le style d'écriture?

Écrit par : isallysun | 26/11/2017

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J'ai indéniablement trouvé beaucoup plus de profondeur dans le style d'écriture ! Le fond et la forme s'harmonisent parfaitement dans ce titre.

Écrit par : Lili | 26/11/2017

Han je l'ai déjà repéré celui-là ! Il faut vraiment que je m'y mette.

Écrit par : nathalie | 26/11/2017

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Tu as bien fait de le repérer ! C'est vraiment un bon cru québécois !

Écrit par : Lili | 26/11/2017

Avec un tel billet ... il faut le lire ! En plus les histoires de familles un peu bancales..j'adore!!!

Écrit par : lcath | 26/11/2017

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Alors tu seras servie avec ce roman-là !

Écrit par : Lili | 03/12/2017

ah et moi qui avait adoré Il pleuvait des oiseaux (que je n'avais certes pas trouvé mignonet), je note celui-ci :-)

Écrit par : yueyin | 27/11/2017

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Celui-ci devrait encore plus te toucher alors !

Écrit par : Lili | 03/12/2017

Je l'avais repéré mais toujours pas lu. PS : j'adore ton chat.

Écrit par : maggie | 03/12/2017

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Merci pour lui ! Il est sacrément photogénique, n'est-ce pas ;)

Écrit par : Lili | 03/12/2017

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