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03/04/2017

Un swap avec Ellettres

Au fil des années, je croise de moins en moins de swap sur les blogs, ce qui ne m'empêche pas d'en être toujours aussi friande. Qu'à cela ne tienne : Avec Elletres, nous avons décidé de nous concocter notre propre swap sans aucune espèce de ligne directrice si ce n'est le respect des basiques en la matière : 3 livres, une surprise, une ou deux gourmandises. Pour le reste, c'était l'aventure pour l'une comme pour l'autre avec le partage de ce qu'on aime pour seul guide ! L'avantage de fonctionner aussi librement, c'est que ce swap aura été l'occasion de discuter régulièrement avec Ellettres, d'apprendre à nous connaître au-delà des blogs. C'est amusant - et surtout plaisant - de tisser ainsi une relation grâce au pouvoir des mots et de se rendre compte à quel point la littérature est décidément le ferment privilégié du lien entre les êtres. 

Mais trêve de blablah ! Lundi dernier, après une fascinante journée de douze heures composée de cours en tout genre et de divers conseils de classe, j'ai eu le plaisir de découvrir dans ma cuisine le colis de ma binômette ! Rien de tel qu'une surprise pareille pour décompresser de la journée ! L'intelligence eut voulu que j'attendisse le lendemain pour prendre des photos avec une belle lumière mais évidemment, j'ai fait fi de l'intelligence sur le moment. J'ai tout déballé derechef comme un gamin de cinq ans le lendemain de Noël. Du coup, les photos sont très en dessous de la joliesse du paquet mais tout cela m'est uniquement imputable : j'étais trop impatiente ! Mais comment résister à ce florilège de rose et de vert et aux tableaux de Frida Kahlo ? 

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A l'intérieur, que de bonnes et belles choses pour les yeux, l'estomac et l'esprit ! 

En matière de littérature, Ellettres me propose de voyager en Inde avec Arundhati Roy et Le Dieu des petits riens puis au Japon avec Mitsuyo Kakuta et La cigale du huitième jour. Dans les deux, je peux pressentir beaucoup de sensibilité et de poésie à travers la pluralité des liens d'amour au sens large. Voilà qui promet de chouettes lectures ! J'ai ensuite découvert L'honorable Monsieur Jacques d'André Dhôtel dont je me rappelle avoir discuté avec ma binômette lors de la parution de son billet sur Le pays où l'on arrive jamais. Je n'ai jamais lu André Dhôtel mais ce qu'elle m'en avait dit m'avait beaucoup attiré et sur son conseil, j'avais mis le présent roman dans ma wishlist. Voilà mon souhait de le lire bientôt exaucé ! 

La coquine m'a également bien gâtée en matière de gourmandises puisqu'elle a glissé un sachet d'amandes au cacao (une tuerie intersidérale que j'ai déjà engloutie !), une barre chocolatée dont l'intérieur me reste un mystère (idem : je suis décidément beaucoup trop gourmande !) - cela étant dit, il m'a semblé y déceler le bon goût du pain d'épice. Et puis bien sûr, le traditionnel thé (que serait une blogueuse littéraire sans son thé ?) qu'elle a choisi à la fois simple et audacieux : un mélange de vanille et de menthe sur thé noir - le tout donne une boisson très savoureuse qui rappelle les After Eight. Moi qui les adore, je suis donc ravie ! 

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J'ai pu le déguster, d'ailleurs, dans la jolie tasse simple et chic que vous voyez ci-avant sur le photo (puisqu'elle est rose, je pense à Ellettres qui adore cette couleur). Une nouvelle petite boîte viendra aussi agrémenter toutes celles que j'utilise pour ranger mes boucles d'oreilles et autres bagues dont je suis friande (je n'ai jamais assez de boîtes !) et... je garde le meilleur pour la fin... Le plus joli clin d'oeil du monde à mon amour pour Frida Kahlo : une petite figurine adorable en provenance direct du Mexique ! Rahhh mais que je l'aime, celle-là. Elle trône depuis en excellente compagnie sur ma bibliothèque. Je l'ai ainsi toujours à l'oeil ! 

 

Mille mercis ma chère Elletres pour toutes ces merveilleuses attentions ! 

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Le billet d'Ellettres sur son colis

11/03/2017

Histoires de chats de Guillaume Bianco

Billy Brouillard chats couverture.jpgCertains livres sont des évidences. C'est le cas, pour ma part, de tout ce qui concerne les chats (mais aussi Frida Kahlo, le thé, la rose, la violette, Virginia Woolf, Charles Baudelaire et les livres en général. J'en oublie sûrement.) Si l'on ajoute à cela le fait que l'auteur de ces quelques Histoires de chats est Guillaume Bianco, soit celui qui m'a donné goût à la BD il y a quelques six ans (car j'y ai longtemps été hermétique), c'est  un peu le carton plein. 

Depuis la parution de la série des Billy Brouillard, l'auteur décline son univers léché un poil gothique, où les enfants sont terribles et piquants à souhait, en Encyclopédie curieuse et bizarre et autres Contes malfaisants comme une manière de prolonger son obscure clarté* décidément plaisante. A chaque livre, en somme, une tentacule pousse d'un monde miroir qui ne semble pas avoir de limites - ce qui n'est pas pour me déplaire : je me délecte décidément de l'atmosphère de ces récits. 

Dans ce tome 3 des Contes malfaisants, les chats prennent vie et place comme meilleurs amis de l'homme, ou plus justement des enfants coquins. Cinq races se succèdent : le Bombay - que j'ai découvert à cette occasion : le plus magnifique des chats noirs qui n'a rien à envier à Bagheera et qui saura apprendre la douceur à une sacrée petite sorcière - , le Sphynx - qui enseigne les trésors de l'amitié -, le Persan, le Siamois - qui semble décidément un chat au caractère sacrément trempé - et le Maine Coon - celui qui crève le plafond.

Les histoires plus ou moins longues se concluent par des brèves au sujet des races traitées. L'ensemble donne un volume plein de tendre affection et d'admiration. Face au chien, partenaire indécrottable de l'humain, le chat fait souvent figure de solitaire un peu pédant. A se demander quelle relation véritable peuvent nouer l'homme et le chat si ce n'est se jeter des petits coups d'oeil de loin en guise de "Salut, l'ami". Avec ce livre, on découvre la véritable nature de cette relation, faite de respect et non de dépendance ; d'envie et non de besoin, et l'on constate qu'une telle relation n'en est pas moins profonde, viscérale, délicieusement goûtée. J'aime quand on me parle ainsi de la belle amitié qui se noue entre l'homme et son chat tant elle me semble merveilleusement refléter celle que j'entretiens avec les miens. 

En somme, comme à chaque fois que je lis Bianco, je suis conquise. Ce volume ne fait pas exception. Il ravira, évidemment, tout amoureux des chats. Après quoi, vous me direz si, comme moi, vous êtes allés fureter sur Internet de plus amples renseignements sur le Bombay (hehehe). 

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Histoires de chats (Les contes malfaisants III de Billy Brouillard) de Guillaume Bianco, Soleil, Métamorphose, 2016, 88p. 

 

*(soyons fous, donnons dans l'oxymore éculé) 

 

07/03/2017

La Presqu'île de Julien Gracq

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La Presqu'île de Julien Gracq, ed. José Corti, 1970, 251p.

 

Dans cette dernière œuvre fictionnelle, qui s'offre comme un congé à tout ce qui constitue un écrit romanesque, Julien Gracq propose trois nouvelles de tailles très différentes où émerge à chaque fois une attente tantôt baladeuse, tantôt oppressante

La première et la plus courte (une trentaine de pages) s'intitule La Route. Un narrateur anonyme nous décrit le tracé d'une route mystérieuse, ancestrale. On la suit comme "on s'embarque sur la mer". Elle se déroule à perte de vue, elle s'ancre et se fond dans le paysage et qui s'y engage s'y fond de même. Dans son allure antédiluvienne, la Route - toujours mentionnée avec une majuscule comme si elle était une entité propre - semble figer le temps dans une antériorité et une présence à l'instant lent et précis.

Au début de la seconde nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, Simon attend un train à l'heure du déjeuner. En vain : Irmgard ne s'y trouve pas ; elle n'arrivera qu'au train du soir. En attendant, Simon doit meubler son après-midi. Ce sont ces heures que nous raconte Julien Gracq, une errance qui semble sans fin (tout de même cent cinquante pages) dans la campagne bretonne. Face au temps extérieur rythmé par les heures de l'après-midi et l'expectative d'Irmgard, Simon substitue un temps subjectif dilaté étrangement immobile. Chaque instant de route infinie ou de contemplation de la nature apparaît comme une bulle particulière. Simon, d'ailleurs, se définit au contact de ces instants. Gracq ne nous en offre aucune psychologie. Il existe au contact du paysage et de l'attente. Il se sent être "un caillou qui dévale une pente, et ne se sent être que parce qu'il accélère un peu à chaque moment". Dans cette attente "végétale" et mouvante, Irmgard semble plus présente que jamais. Plusieurs fois, elle apparaît à Simon. Au contraire, à la toute fin, quand le moment de son arrivée se rapproche, l'angoisse fait progressivement place, en même temps que l'arrivée de la nuit. Tandis que l'autre était une évidente dans l'attente, le "rejoindre" devient l'inconnu suprême.

Enfin, Le Roi Cophetua relate une rencontre ratée, une sorte d'adieu par omission, encore une fois marqué par le sceau de l'attente. Le narrateur est un vétéran de la Grande Guerre et journaliste. Il se rend une veille de Toussaint au nord de Paris chez à un ancien camarade. Celui-ci pourtant, ne vient jamais et le narrateur attend indéfiniment. La seule présence dans la grande maison étrange, silencieuse, est une jeune servante peu bavarde qui presse l'invité de rester. Au fil du récit et d'une attente qui se fait de plus en plus grande, surnaturelle, le désir entre les deux êtres se resserre jusqu'à se concrétiser dans la surprise. Le lendemain, le narrateur s'en va précipitamment, en n'ayant revu ni la femme, ni son ami toujours absent.

Comme je l'avais noté dans Un balcon en forêt, nul événement ne trouble ces pages gracquiennes. L'auteur nous emmène au plus près d'un récit dépouillé de tout artifice fictionnel : trame diégétique, successions d'actions ou de rencontres, interaction significative entre les personnages, univers... Plus rien de tout cela ici. Les personnages n'interagissent pas ou à peine ; lorsque c'est le cas, cela n'est pas porteur de sens. Les personnages eux-mêmes tiennent plus de la plante que de l'être humain. Ne vous méprenez pas : Ce livre est pourtant d'une grande profondeur. En dépouillant tout l'attirail habituel du roman, Gracq saisit des instants particuliers qui s'inscrivent par-delà le temps extérieur et nous fait déambuler dans une nature nouvelle, redécouverte. Sa langue et son style sont décidément d'une grande virtuosité. Néanmoins, on ne va pas se mentir : c'est parfois long, trop long. La Presqu'île, longue nouvelle centrale, ennuie assez rapidement. Ce qu'elle raconte n'est pas assez saisissant pour émouvoir et tenir au bord des mots comme le ferait un poème en prose ou un roman de Woolf ; et il ne se passe tellement rien qu'on n'a aucune envie de tourner les pages. Bref, c'est excellemment écrit, c'est pertinent théoriquement, mais c'est aussi rapidement soporifique...

... il sembla d'abord que ce fût le silence. Puis le froissement faible des roseaux passa avec une bouffée de vent ; des cris d'enfants montèrent de l'autre bout du pâtis, aussi suraigus que des cris de martinets. Puis des voix d'hommes toutes proches, à l'abri derrière un appentis de charrettes : voix du soir qui parlent pour parler, plus égales et moins hautes, déjà au bord du silence, avec de longs intervalles, comme si à travers elles la trame de la journée se défaisait. Puis le gong lointain d'une casserole heurtée, passant par une porte ouverte — l'épais froissement de roseaux d'une toue invisible, le râclement mou, étouffé, de la proue plate glissant pour l'accostage sur la vase de la berge, et le bruit final de bois heurté de la gaffe reposée sur les planches, pareil au verrou tiré sur la journée finie...

 

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Série en hommage à Julien Gracq par Gérard Bertrand
"Julien Gracq dans sa presqu'île"
Source de l'image