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03/03/2015

Le chat qui parlait aux fantômes de Lilian Jackson Braun

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Le chat qui parlait aux fantômes de Lilian Jackson Braun, 10/18, 2011 [1990], 285p.

 

Dans ce dixième volume de la célèbre série avec chats de Lilian Jackson Braun, Jim Qwilleran - dit Qwill - habite à présent le comté de Moose, à six cents kilomètres au nord de partout (oui, oui) et a hérité de la fortune colossale Klingenschoen qui fait de lui l'homme le plus riche du pays (héritage dont j'ignore tout puisque je suis passée directement du premier tome de la série au dixième par la magie de "je pique ce qu'il y a dans ma PAL hein"). Il habite néanmoins toujours dans un logement modeste, chronique toujours dans le journal local et vit toujours en compagnie de ses chats siamois : le fidèle Koko et la femelle Yom-Yom (spéciale dédicace aux noms improbables et, accessoirement, tout pourris dont on peut affubler, à l'occasion, nos félins compagnons).
Dans ce dixième volume, Qwill était tranquille, était pénard, un dimanche soir vers minuit, à écouter un enregistrement d'Otello de Verdi. Manque de bol, son ancienne gouvernante, Iris Cobb l'appelle paniquée car elle croit entendre des signes d'une présence fantomatique dans le musée qu'elle habite. Ni une ni deux, Qwill déboule à demeure pour la rassurer et l'embarquer en lieu sûr quand il la découvre morte sur le sol de la cuisine. Une crise cardiaque à n'en pas douter. Mais il se pourrait bien que cette crise cardiaque ne soit pas passée par hasard... (Ahaaaaa suspeeeeens)

Vous ne rêvez pas : je suis bien en train de chroniquer la lecture d'une série dont j'avais dit du premier tome qu'il ne cassait pas trois pattes à un canard. La question logique est donc évidemment de se demander ce que je suis allée refaire dans cette galère. Le pire étant que je n'ai aucune réponse valable. Je n'espérais même pas trouver mieux qu'avec Le chat qui lisait à l'envers si tel pourrait pourtant être l'évidence. Non, j'ai simplement empoigné ce titre avec l'assurance - confirmée en l'occurrence - de trouver une lecture dite "détente maximale du neurone fatigué". Ah ça oui, ça détend comme il se doit.

Concrètement, le principal défaut cette fois-ci (car, tout comme la première fois, il y a encore d'indéniables défauts) est la mauvaise gestion du souffle policier. Je m'explique : il faut attendre très précisément la page 98 pour lire Qwill déclarer : "J'ai pour théorie que la mort d'Iris Cobb est une affaire de meurtre." Ah ben enfin, mon canaillou ! Je me demandais quand t'allais cracher le morceau parce qu'autant être clairs : c'est un peu pour ça qu'on est venu !
Les 97 pages précédentes sont donc logiquement à mi-chemin entre l'ennui et le bavardage insipide. Heureusement que Qwill et ses chats sont suffisamment attachants et que j'étais suffisamment fatiguée pour supporter ça.
A partir de la page 97, le rythme monte façon diesel encrassé et ce n'est que dans les 30 dernières pages qu'on se sent ENFIN dans un roman policier sauf que c'est un peu tard et comme il faut boucler l'affaire (il ne saurait être question de pondre un pavé : mieux vaut s'atteler rapidement à un onzième tome de cette série gargantuesque), et bien on la bâcle en bonne et due forme. Résultat : différentes pistes restent inexplorées et en suspens ; la résolution tombe quasiment comme un cheveu sur la soupe avec une précipitation mal venue. Zut ! On s'est tapé la vie du comté de Moose et le menu quotidien des chats en détails depuis le départ et on a même pas eu droit en contrepartie à une intrigue consistante.

Bref, encore une chronique qui donnera très très envie à ceux qui ne connaissent pas la série de la tester, j'en suis certaine ! Ne me remerciez pas : c'est avec plaisir :D

 

Challenge USA.jpgChallenge USA chez Noctembule

3ème lecture

23/02/2015

La der des ders de Didier Daeninckx

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La der des ders de Didier Daeninckx, Folio policier, 1999 [1984], 251p.

 

Après l'atroce Grande Guerre et ses ravages, il a fallu continuer à vivre et rebondir. René Griffon a choisi d'enquêter et de traquer : impossible de reprendre une vie complètement normale après les tranchées. Le voilà donc détective privé, avec l'aide de sa petite-amie Irène comme assistante. Son gagne-pain principal est l'identification des soldats inconnus mais certains jours, un coup de fil se pointe pour proposer une affaire hors norme. Et lorsque le coup de fil émane d'un colonel, ce n'est décemment pas possible de refuser, quels qu'en soient les risques et les enjeux.

"Tout avait commencé au début du mois de janvier. Il faisait un froid de canard et je marchais au grog du matin au soir.
Un mesure d'eau bouillante, trois de bourbon.
A propos de canard, celui que je tenais entre les mains annonçait, à s'en mettre plein les doigts, l'élection de Deschanel à la présidence de la République.
Des gars qui auraient pu tenir le rôle à la perfection, j'en avais vu tomber des milliers, trois ans plutôt, entre Craonne et Verdun ; alors vous pensez si je m'en foutais de Deschanel !
Mais revenons-en à cette histoire."

L'incipit, immédiatement, pose le décor. Didier Daeninckx crée une ambiance façon polars noirs américains où prévaut une atmosphère pleine de fumée, d'alcool et de tripes. Le récit est celui du détective lui-même ; une sorte d'énergumène dont on hésite à déterminer s'il est un homme bien ou un voyou déguisé, passablement brut de décoffrage, écorché vif et qui ne rechigne pas à la picole. Petite valeur ajoutée : René Griffon dénigre ses médailles de guerre dont il dit qu'elles servent à toucher "des royalties sur l'épisode sans gloire d'une vie de troufion au bout du rouleau" et conduit une superbe Packard endiablée. De bout en bout, donc, le lecteur déambule à travers la vision parfaitement subjective de Griffon et c'est un pur délice - pour les amoureux du genre, il va sans dire.

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Dès lors, l'affaire que tente de résoudre notre détective est presque anecdotique. Je dis bien, presque. De prime abord, il s'agit d'une banale histoire de chantage bas de gamme et de mœurs affriolantes - Et Dieu sait que le colonel ne veut pas voir les frasques de sa femme finir dans la presse à scandales. Mais tout serait trop simple si on s'arrêtait là. Griffon va gratter au hasard là où ça fait mal. Il semblerait que les parties de jambes en l'air de Madame cachent quelques recoins nauséabonds datant de la guerre. Griffon sert d'appât pour lever le fin mot de l'histoire. Et ainsi, à l'instar de Griffon, c'est la Première Guerre Mondiale qui s'invite comme l'un des protagonistes de cette affaire franchement sordide. Trois ans ont passé mais les souvenirs sont toujours aussi vivaces, les secrets toujours aussi nécessaires et les mauvais plans toujours aussi foireux.

La der des der, vous l'aurez compris, c'est surtout une ambiance, un personnage principal et un contexte historique. Une ville aussi, j'aurais tort de l'oublier ! Paris et la banlieue nord ne sont pas en reste pour compléter un tableau enlevé, alléchant et percutant. Ce n'est pas tant aux divers rebondissements d'une enquête qu'on est tenu mais à cet univers complexe et passionnant. Les amateurs de polars noirs et/ou de la Grande Guerre, et les autres aussi - soyons fous-,  sauront y trouver de quoi se mettre sous la dent. Il y en aura pour tout le monde !

 

challenge melangedesgenres1.jpgChallenge Mélange des genres chez Miss Léo

Catégorie roman policier

03/01/2015

Dans le livre des rêves de Mikkel Birkegaard

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Dans le livre des rêves de Mikkel Birkegaard, 10/18, 2014, 550p.

 

Dans les années 1840, au Danemark, il ne faisait pas bon être un lecteur ni un artiste. Le narrateur de ce second roman de Birkegaard, anonyme jusqu'à la dernière page, revient pour nous sur les années répressives de sa jeunesse. Tout commence par la mort de son père qui avait sombré dans une étrange folie. Peu avant de mourir, pense-t-on par suicide, il offre à son fils un livre unique et précieux, ajoutant "c'est ici que tout commence". Ce dernier va pourtant oublier cela durant son adolescence, poussé à la misère après ce terrible évènement. Il échappe finalement à la maison de correction grâce à un vieil ami de son père, Mortimer Welles - un précipité de Sherlock Holmes et de rat de bibliothèque. Welles est officiellement restaurateur de livres anciens. Officieusement, il est un fin limier particulièrement occupé à résoudre une série de disparitions d'artistes et à dénicher La Bibliothèque. Celle-ci est censée renfermer tous les livres de la création, même ceux que le ministère du Livre s'ingénie à censurer et à détruire. Tout cela devrait l'aider à retrouver sa femme. Tout cela va également conduire le narrateur à mieux comprendre ce qui plongea son père dans la folie.

Lorsqu'on est un lecteur compulsif, la promesse de tenir entre ses mains un page turner sur la puissance et la passion de la lecture a tout pour séduire. D'autant qu'à force d'en tourner les pages, on s'aperçoit rapidement que le propos se complexifie un brin : si La Bibliothèque tient du Saint-Graal intellectuel de prime abord, c'est pour mieux cacher une noirceur qui n'a rien de reluisant. Tout a un prix, même le savoir. Notre narrateur espérait que la vocation de La Bibliothèque était de sauvegarder la culture de la censure royale. Et si le but était tout autre ?

Alors effectivement, le roman est séduisant et se lit sans déplaisir. Est-il par contre d'une qualité particulière ? Je n'irais pas jusque là. Dans le même genre, il n'égale pas un Somoza qui parvient à monter un univers totalement étonnant et érudit pour mener ses intrigues. Ici, l'univers, les personnages et la trame narrative sont sympathiques sans être particulièrement consistants.
Dans le livre des rêves est, en somme, un bon roman de vacances, de plage, de week-end, de plaid-cheminée. Prenez-le comme tel et vous ne serez pas déçus - et la maigreur de mon commentaire critique en dit bien plus que trente lignes fastidieuses pour démontrer qu'il n'y a pas grand chose d'autre à y chercher.

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Bibliothèque du Trinity College à Dublin

 

 

challenge-un-pave-par-mois.jpgChallenge Un pavé par mois chez Bianca

Participation de janvier