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06/12/2015

Le mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux

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Le mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux, Le livre de poche, 1974 [1907], 281p.

 

L'époque de Noël est particulièrement propice aux lectures doudous ; on s'enroule dans un plaid, on sirote un thé (Mariage Frères, of course) et puis on enfile avidement quelques pages d'un classique bien poussiéreux, bien usé jusqu'à la corne, qui fait du bien. A défaut de faire un sapin (parce qu'avec plusieurs chats frétillants, ça s'apparente à un suicide domestique), je me paye une régression littéraire les week-ends de décembre. C'est mon petit cadeau à moi.

Cela dit, je dis "classique usé jusqu'à la corne", mais je n'avais encore jamais lu celui-là. Il a fallu que je le donne à lire à mes 5e pour considérer qu'il était de bon ton, tout de même, que je m'y colle aussi. Rouletabille y fait une entrée en fanfare - Rouletabille, à peine sorti du berceau, d'ailleurs : c'est quand on lit qu'à dix-huit ans, il est déjà brillant reporter d'un journal national qu'on se dit que le bouquin a bien vieilli - pour démêler la tentative de meurtre spectaculaire de Miss Stangerson dans une chambre totalement close. On peut tourner et virer : l'assassin n'a pas pu sortir. Où est donc le bougre ?! Non content de ce premier exploit, ce dernier le renouvelle quelques jours plus tard. C'est à croire qu'il est un fantôme. Ou qu'il n'existe pas. Ou que l'on se joue de nous.
Heureusement, à l'instar de Poirot qui fait fonctionner habilement ses petites cellules grises quand tout le monde hallucine, Rouletabille sait prendre la raison par le bon bout. L'assassin n'a qu'à bien se tenir !

Ah ! Du pouvoir des retardements en pagaille dans les vieux romans policiers ! Voilà un procédé interminable comme on en fait plus ! Dès le début du roman, on comprend que Rouletabille a compris - pas tout certes, mais l'essentiel. Il - ou plutôt le narrateur - se plait bien sûr à esquiver, à tourner autour du pot, à expliquer de mille manières qu'il faut attendre pour l'efficacité de l'enquête. Ici, ce ne sont pas tant les rebondissements qui font tourner les pages sans s'arrêter jusqu'à la fin, que ces interminables retardements. D'une manière ou d'une autre, quoiqu'il en soit, on est pendu à l'identité de l'assassin. Deux avis possibles à la fin : soit on est époustouflé par un twist savoureux, soit on est quand même tenté de se dire que c'est un peu tiré par les cheveux. Je me rangerais plutôt dans la seconde catégorie objectivement, surtout que Rouletabille, tandis qu'il se targue d'user de sa raison, use surtout d'un flair plus que discutable. Il a du bol que ces élucubrations s'avèrent justes, un point c'est tout. Mais puisque j'ai gardé une âme de gosse en lisant ce roman, j'ai gobé quand même l'invraisemblance. Après tout, je ne réclamais pas grand chose : M'évader, m'amuser, me trouver plonger dans une ambiance, une société et des us et coutumes parfaitement désuets qui fleurent bon le vingtième siècle qui vient de naître. J'ai été servie de ce côté-là. En outre, Rouletabille, comme tous les grands détectives littéraires, est un mélange savamment dosé de figure attachante et de prétention surfaite. C'est un parfait Poirot adolescent, sans moustache et avec l'énergie en plus. je n'en demandais pas plus ! Voilà donc un fort bon week-end passé en la compagnie de Rouletabille, Larsan, Darzac et Stangerson. Il ne manque plus que quelques cookies maison pour parfaire le tableau, que je vais m'employer derechef à pâtisser en regardant l'adaptation ciné de Bruno Podalydès ! Noël is comiiiiiing !

 

15/10/2015

La vérité sur l'affaire Harry Québert de Joël Dicker

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La vérité sur l'affaire Harry Québert de Joël Dicker, De Fallois Poche, 2014, 859p.

 

Marcus Goldman vient de publier un premier roman encensé, gros succès des librairies. Il en profite à fond, se paye des petits fours, un bureau avec secrétaire et, à l'occasion, une starlette de télévision. A force de ce climat sans littérature, Marcus Goldman s'aperçoit qu'il n'arrive plus à écrire. C'est d'abord la déconvenue puis l'angoisse la plus totale, en plein milieu éditorial américain où les Lettres se doivent d'être rentables. Marcus appelle alors à la rescousse son mentor et ami Harry Québert, célèbre auteur des Origines du mal, sans trop de succès immédiat. Pourtant, quelques semaines après leurs retrouvailles, une nouvelle totalement folle tombe du ciel : un cadavre est retrouvé dans le jardin d'Harry Québert ; celui de son seul amour vieux de trente ans, Nola Kellergan. Et paf ! Marcus Goldman retourne alors à Aurora, non plus pour tenter d'écrire mais pour tenter de faire toute la lumière sur cette affaire et disculper son ami. Cela dit, l'écriture d'un second livre pourrait bien se profiler entre ses découvertes...

Alors oui, éclaircissons immédiatement un point de mésentente entre lecteurs au sujet de ce roman : les académiciens ont très clairement fumé la moquette (et de la bonne) à la veille de décerner leur Grand Prix à ce titre. Avec toute l'objectivité dont on se doit de faire preuve à la lecture de n'importe quel bouquin, il faut s'accorder à dire que celui-ci est écrit avec les pieds. Je serais même tentée de dire avec le gauche seulement et les yeux bandés. Nous avons ainsi fait toute la lumière sur la qualité du style, la profondeur des dialogues et la subtilité de l'histoire d'amour entre Harry et Nola.

Cela dit, faisons aussi la part des choses : ce roman avançait-il une quelconque prétention à ces niveaux-là ? Honnêtement, je ne crois pas. On lui reproche ces lacunes au regard du prix qu'il a reçu par la suite - et tant mieux pour lui - mais lui n'avait rien demandé, que je sache. Il faut bien plutôt se concentrer sur ce qu'il propose effectivement : un roman policier. Et de ce point de vue là, bien hypocrite serait celui qui trouverait à redire sur l'excellente habileté de Joël Dicker à emballer le lecteur comme un pot de miel le fait avec les mouches, à nous enjoindre fermement de lire, lire et lire encore parce qu'on est tout simplement hypnotisé par l'histoire rocambolesque qui se déroule sous nos yeux. Tout commence, comme bien des polars, par une évidence tout à fait erronée, que le protagoniste, aidé du sergent Gahalowood (que j'ai personnellement adoré), va s'échiner à effeuiller. La vérité, comme chaque lecteur de polar sait, est toujours la microscopique petite aiguille cachée dans une meule de foin. Et bien, La vérité sur l'affaire Harry Québert est une fantastique meule de foin à tiroirs (comme j'vous l'dis - ça peut aussi servir de buffet) et toutes les pièces que l'on y découvre sont savoureuses. Je ne vous parle même pas de la fin, qui rebondit avec maestria.

Certes pas ce qu'on attend d'un Grand Prix de l'Académie française mais indéniablement ce que l'on attend d'un très bon roman policier. Je l'ai pris comme tel ; j'ai donc été servie ! Merci à Joël Dicker pour la bonne tranche de lecture addictive !

Lu en lecture commune avec ma copine Ellettres, avec qui j'ai adoré échanger sur le sujet. Allons voir son billet !

 

challenge-un-pave-par-mois.jpgChallenge Un pavé par mois chez Bianca

Participation d'octobre !

01/09/2015

Le grand sommeil de Raymond Chandler


Le grand sommeil de Raymond Chandler, Folio policier, 1999 [1939], 252p.

 

J'aime globalement le roman policier à toutes les sauces.  Les drôles et les flippants, ceux qui jouent sur le sang ou les ressors psychologiques ; j'aime même les bons vieux whodunit avec un détective moustachu ou les policiers rigolos qui tournent à peu près tout en dérision. Mais mon petit penchant court indéniablement vers le roman noir américain des années 30 à 60, où les femmes sont toujours plus belles et désarmées, les détectives plus solitaires et surtout plus alcooliques que jamais (l'un est souvent la conséquence de l'autre d'ailleurs) et où chaque ligne se lit encore mieux avec un vieux morceau de jazz en fond sonore. Alors évidemment, pour cette raison et parce que Raymond Chandler fait partie des écrivains canoniques de ce genre littéraire, je ne pouvais débuter l'auguste mois américain de Titine avec un autre titre que cet excellent Grand Sommeil !

Il nous offre pour la première fois le très privé Philip Marlowe. Seul, impertinent et efficace, il fait partie de ces loups solitaires trop hors normes pour travailler dans la police mais suffisamment brillant pour être recommandé de partout. Il se trouve appelé par le vieux général Sternwood à l'article de la mort pour résoudre quelque affaire de chantage - conséquence sans originalité de la vie dissolue de ses deux filles : Vivian accumule déjà trois mariages au compteur et joue à la roulette comme une dératée ; Carmen renifle, bois ou fume à peu près tout ce qui passe, se retrouve à poil dans n'importe quel plumard et fait, à l'occasion, une ou deux crises d'épilepsie. Autant dire que Sternwood n'est plus à un chantage près avant de mourir. Philip Marlowe est engagé pour éclaircir cette histoire et, si possible, mettre le corbeau hors d'état de nuire. Un point c'est tout. C'est néanmoins beaucoup trop simple, vous vous en doutez, tant un certain nombre de rencontres et d'indices tendent à orienter Marlowe vers une autre affaire - qui pourrait bien être reliée à la première : la disparition mystérieuse du dernier mari en date de Vivian. Vue l'insistance avec laquelle tout le monde lui parle de ce cas, Marlowe finirait presque par être titillé...

Ne vous méprenez pas sur le titre ! Bien que L'Assommoir assomme fréquemment quelques lecteurs, vous ne vous endormirez pas sur vos lauriers avec Le Grand Sommeil. Autant il m'est arrivé de trouver de la lenteur au vieux polars noirs américains, et un côté suranné qui tendait plus vers l'ennui ou le rire (forcément, avec le poids des ans, pas mal de ressors sont devenus des clichés) que vers la nostalgie heureuse - ça avait été le cas avec ma découverte de Dashiell Hammet -, autant ça n'a pas été le cas ici. J'ai vraiment trouvé une qualité narrative et stylistique des plus plaisante à ce roman de Chandler. Ok, certains passages et notamment l'incipit ne cassent pas trois pattes à un canard : les écrivains de ce genre littéraire ne sont pas connus pour leurs descriptions subtiles ou enlevées. Le descriptions ici sont plutôt d'une platitude intersidérale. Soit. Par contre, le roman en lui-même est parfaitement savoureux. On reconnaît parfaitement cette ambiance typique du roman noir : rencontres brèves, phrases saccadées, mystère qui monte en épingle, personnages pleins de gouaille et de faiblesses, dialogues de sourds entrecoupés de whisky et de cigarettes, cynisme à tire l'arigot... Indéniablement, la plume de Chandler est l'archétype génial de ce qui deviendra un style à part entière plus tard ; un archétype qui n'a rien de figé malgré les années et qui se lit encore avec un délice certain.

Quant à l'intrigue, par laquelle souvent le bât blesse aussi, elle n'est ni ennuyeuse ni surfaite. Chandler a l'intelligence de renouveler son propos en apportant simultanément, à mi-parcours du bouquin, la réponse à une énigme et une nouvelle interrogation. Ainsi, l'intérêt du lecteur et le souffle narratif se trouvent relancés sans artifice, toujours dans une cohérence subtile, qui fait progresser le regard avec une joie non dissimulée.

Et puis, s'il vous fallait une raison supplémentaire de tester ce classique du genre, vous aurez le deuxième effet kiss cool de la joie en découvrant qu'il a été adapté au cinéma en 1946 par Howard Hawks avec les excellentissimes, que dis-je les légendaires Humphrey Bogart et Lauren Bacall. RRrrr, rien que d'y penser, j'en frissonne encore !

 

Le mois américain.jpgLe mois américain 2015 chez Titine

1ère lecture