30.10.2011

La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé

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La Mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé, Actes Sud, 2002 ; Babel, 2004 ; Le Livre de Poche, 2006

 

Le puissant roi Tsongor, conquérant invaincu, prépare les noces de son unique fille Samilia avec le prince des Terres du Sel. Tandis que s'annonce le jour des cadeaux, un ami d'enfance reapparait après de longues années d'errance pour réclamer également sa main, arguant un serment d'enfance.
C'est la mort du roi, c'est la guerre fratricide et la destruction de la ville. Pendant ce temps là, le plus jeune fils de Tsongor, Souba, part honorer une promesse faite à son père afin de lui apporter le repos de l'âme. 
 

Deuxième lecture d'un Gaudé et décidément, on ne peut pas passer à côté de l'empreinte puissante des tragédies mythiques et de l'épopée. Ici bien plus que dans La porte des Enfers, même.  Les décors et les personnages sont des figures archétypales des mythes : La ville éclatante puis assiégée, le palais ; le roi puissant, le serviteur dévoué bien qu'ambigu, l'affrontement des jumeaux pour le pouvoir, le combat pour la femme aimée, la fatalité... Toutes les balises sont plantées, de même que l'écriture se revêt de cette forte inspiration théâtrale - les dialogues sont des déclamations tragiques - pour réécrire avec brio ces récits ancestraux où l'Homme fait son apprentissage. 

Merci à ma petite tarte aux fraises pour ce conseil de lecture! 



*


Extrait :


"Rassamilagh regarda longuement Danga. Sans haine. Mais avec distance.

- Je ne te connais pas, Danga, dit-il finalement. Nous sommes alliés par l'amitié que nous portons tous deux à Sango Kerim, mais ce n'est pas pour toi que je me bats. Que me fait à moi que ce soit toi ou ton frère qui règne sur Massaba? Ne l'oublie pas, Danga. Je ne fais rien pour toi.

C'est alors que Sango Kerim pris la parole. 

- De quoi aurais-je l'air, Rassamilagh, si je partais cette nuit, emportant comme un voleur la femme que je suis venu chercher? Elle est la fille du roi Tsongor. Ce ne sont pas les sentiers nimades du désert que je veux lui offrir pour dot, mais sa ville reconquise. Elle ne saurait vivre ailleurs. Son père me maudirait entre ses dents de mort s'il apprenait que j'ai fait de son héritière une errante. Cette ville est à nous. Il n'y a pas de victoire si nous ne parvenons pas à la prendre.

- J'ai dit ce que j'avais à dire et je ne regrette pas d'avoir parlé, répondit Rassamilagh. Aucun de vos arguments ne me convainc. C'est le goût de la victoire que j'entends dans vos bouches. Je le reconnais. Mais je vois que je suis le seul à penser au départ. N'ayez crainte. Je resterai avec vous. Rassamilagh n'est pas un lache. Mais souvenez-vous de cette nuit où tout aurait pu s'arrêtez et priez pour que nous n'ayons jamais à regretter sa douceur de myrte."

 

 

27.10.2011

Les vaches de Staline de Sofi Oksanen

[Ante-Scriptum : Encore une semaine pour les inscriptions au swap de l'hiver ! Venez compléter notre impairitude ! Les renseignements ici et les inscriptions ici]


 

 

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Les vaches de Staline de Sofi Oksanen, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, Stock, coll. La Cosmopolite, sept. 2011


Je n'ai pas cédé l'an dernier à la vague de Purge. Pas envie, pas le moment. 
Aussi, c'est avec le regard vierge que j'ai abordé cette lecture du premier roman de Sofi Oksanen - parce qu'au moment de choisir parmi tous les livres proposés par PriceMinister, c'est celui qui m'a sauté aux yeux.

Et de fait, ce roman saisit le lecteur par la peau du cou, lui met la tête dans l'écriture et ne le ménage pas.


Plusieurs générations y sont brossées, plusieurs pays et plusieurs H/histoires (avec la majuscule et la minuscule). 
L'Estonie des années staliniennes et les vies bouleversées d'Arnold et Sofia ; l'Estonie des années 70, toujours aussi rouge et le destin de Katariina qui part s'installer en Finlande avec son mari sans nom ; enfin la vie chaotique d'Anna prise entre deux cultures qui semblent ne pas pouvoir cohabiter - ainsi que son corps ne cohabite pas avec la nourriture. 

Les vaches de Staline apparait comme un roman des origines, un décodage de l'être à travers son ancrage familial et le façonnage de la grande Histoire. Car c'est Anna qui ouvre et referme la narration, Anna qui construit - ou plutôt déconstruit - le récit à l'image de ses vomissements et de sa difficulté à être. C'est Anna qui creuse toutes ces générations comme elle creuse son ventre pour chercher dans les tréfonds qui elle est dans toute cette Histoire. C'est Anna qui déballe en vrac toutes ces pièces de puzzle et qui les étale pour mieux leur chercher du sens.

Entre le conflit des cultures et la plongée âpre dans l'auto-destruction, voilà un roman sacrément percutant - on n'est pas là pour se divertir, c'est certain ! Même si la lecture m'est apparue un peu fastidieuse sur la longueur, non à cause des épisodes crus de la boulimarexie mais par l'obsession répétitive de certains épisodes, il n'en reste pas moins que j'ai été scotchée par le regard aiguisé et sans concession de l'auteur qui saisit avec une profonde clairvoyance les enjeux de l'Histoire sur l'empreinte de l'être.
Un livre, sans nul doute, d'un grand talent et qui donne à réfléchir. 





matchs-rentree-litteraire-priceminister-L-I25G4B.jpegUn grand merci à PriceMinister pour cette participation aux matchs de la rentrée Littéraire 2011.








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Challenge de la rentrée littéraire 2011

9/7















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Extrait :


"Ca l'a fait rire comme si j'avais dit quelque chose de très très très amusant. Mais ce n'était pas amusant du tout, c'étaient des os froids et de la peau qui brûle, des coeurs noircis et des membres qui grattent. A chaque pas qui le rapprochait de moi, je reculais d'un kilo, tout en restant tellement figée sur place que je ne pouvais pas mettre un pied devant l'autre. Ce n'est qu'en maigrissant que je pouvais m'éloigner, m'enfuir, m'en aller, non, tu  ne pourras jamais m'attraper, ni toi ni personne, je ne laisserai personne m'attraper, même si le fait que je reste pétrifiée sur place pouvait signifier en réalité que je voulais rester là pour une fois, devant toi, devant toi qui t'approches, être ici... non ! Si le corps refuse d'obéir autrement, il ne reste qu'une façon de se déplacer : en rapetissant et en rétrécissant. Mon évasion par kilos est la seule échappatoire, puisque mes jambes refusent de coopérer."





24.10.2011

Comment rêvent les morts de Lydia Millet

[Ante-Scriptum : Encore une dizaine de jours pour les inscriptions au swap de l'hiver ! Venez compléter notre impairitude ! Les renseignements ici et les inscriptions ici]

 

 

C'est l'histoire d'une inscription à un partenariat faite en 3sec chez Hérisson : "Ah tiens, il reste des bouquins?" "Ah tiens, le résumé lu en diagonal a l'air sympa". Et puis, hop, quelques jours plus tard, c'était dans ma boîte aux lettres.

Note pour moi-même : renouveler ce genre d'impro de temps en temps, ça a du bon.

 

 

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Comment rêvent les morts de Lydia Millet, Le Cherche-Midi, coll. Lot 49, sept. 2011

 

 

T. est un capitaliste né. Depuis son plus jeune âge, il nourrit une passion pour l'argent ; sa matérialité, son économie et plus tard son abstraction grisante. D'une apparence un peu austère pour ses collègues de fac qui ne jurent que par les fêtes orgiaques, T. calcule tout et construit patiemment son petit empire immobilier qui n'a que faire de la molle bien-pensance. Il est un pur archétype de notre société indivualiste. Self made man, certes. Condescendant et au détriment des autres, et alors?

 

"La stricte discipline de discrétion faisait partie de sa formation. Il était crucial, estimait-il, d'apprendre quels aspects de sa personne afficher à la vue de tous, et quels aspects garder cachés. L'honnêteté était rarement la meilleure stratégie dans les rapports sociaux, et la prôner comme un idéal, pensait-il, ne reflétait qu'un désir infantile de pure simplicité dans le domaine des échanges personnels. Ceux qui clamaient avec véhémence que l'honnêteté était une vertu souveraine avaient en fait simplement peur de tout ce qui est complexe."


En pleine ascension, des éléments commencent pourtant à grignoter l'édifice. La mort d'un coyote en pleine face puis son père qui déserte, laissant sa mère désorientée. Tout cela ébranle T. mais n'entâche pas la poursuite de sa routine pour autant. Mais lorsque Beth, cette femme aimée -et la seule jusqu'ici, meurt brutalement, l'existence de T. sombre dans une complète déréliction, révélant le vide ontologique de cette société du toujours plus.

 

"Des villes se construisaient, s'érigeaient vers le ciel, remparts de confort et utopies de consommation - l'essor de l'empire qu'il avait toujours chéri. Mais sous les fondations la croûte terrestre semblait bouger et s'ameublir, s'écroulant et s'incurvant sous elle-même."


Son quotidien n'est alors plus qu'apparence. Il se questionne sur la place de l'être, revoit ses relations anciennes et en développe de nouvelles - avec Casey par exemple. En secret, il nourrit un grand intérêt pour les espèces animales en voie de disparition qui va peu à peu friser l'obsession. Comme si, après s'être fondu dans les lumières du capitalisme, il cherchait à nouveau à se fondre totalement ; comme s'il cherchait une nouvelle dissolution.

 

"Un empire n'avait d'allure que lorsqu'il était construit sur un fond d'océans et de forêts. C'était une nécessité. Si les océans se mouraient et que les forêts étaient remplacées par des chaussées, même un empire serait dépouillé de son importance. Seul, pensa-t-il - c'est un mot qui lui venait de plus en plus souvent à l'esprit, dans un rythme monotone, comme moqueur. Dans le zoo, les animaux rares auraient pu être orphelins, capturés ou même nés en captivité. Il ne savait absolument pas d'où ils venaient, ne pouvait pas être au courant de leurs histoires individuelles. Mais il connaissait leur position, tout comme il connaissait la sienne : tels des pionnies, ils étaient aux avant-postes de la solitude. Ils étaient les messagers envoyés en éclaireurs voir à quoi ressemblait le nouveau monde."

 

Ce livre là, au fond, n'est pas tant le plaidoyer d'une certaine écologie moralisatrice que l'exposé de l'absurdité de notre époque : à avoir travaillé durant des siècles à se couper de nos racines matérielles, sociales et spirituelles dans l'espoir orgueilleux de devenir des êtres libres - oubliant alors que sans balises, point de liberté -, les hommes ne sont parvenus qu'à créer un chaos existentiel dépouillé de toute profondeur. L'homme ne sait plus vivre que selon le modèle qui lui est présenté, il est un perpétuel enfant. Et même lorsqu'il cherche à s'en détacher, à l'image de T., il ne fait que plonger dans un autre modèle, tout aussi extrême.


La réponse n'est pas dans la recherche de nouveaux modèles. C'est seule la profondeur des racines - c'est s'en rappeler - qui garantit une certaine mesure et du sens au quotidien.
C'est là, me semble-t-il, l'enjeu majeur de cet excellent roman que je vous conseille chaleureusement!

 

Un grand merci à Hérisson et à Solène P. des éditions du Cherche Midi pour l'opportunité de ce partenariat.

 

 

 

rentrée littéraire,animaux,enjeu contemporain,racines,sensChallenge 1% de la rentrée littéraire 2011

8/7

 

 

 

 

 

 

*

 

21.10.2011

Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan

[Ante-Scriptum : Encore 2 semaines pour les inscriptions au swap de l'hiver si le coeur vous en dit! En plus, on est en nombre impair pour l'instant alors n'hésitez pas! Tous les renseignements ici et les inscriptions ici.]

 

 

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Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan, JC Lattès, 2011, 437p.

 

 

 

La mère de l'auteur s'est suicidée le 25 janvier 2008. Elle lance alors son fol amour à la création du plus beau des tombeaux : celui de papier. Quelle femme était sa mère et quelle était cette souffrance?

 

Delphine de Vigan brosse avec une belle émotion dénuée de pathos le portrait de cette mère qu'elle met à distance avec un pseudonyme ("Quelques années plus tard, lorsque Lucile a écrit un texte sur Nébo, elle me l'a soumis pour relecture avant de l'envoyer, sous le pseudonyme de Lucile Poirier (Lucile, en quelque sorte, a donc choisi elle-même son nom de personnage"). Elle ne cherche pas à l'embellir mais à la montrer telle qu'en elle-même, estimant à juste titre que la franchise est le plus bel hommage à lui faire - Aussi, rien ne nous est épargné, bien qu'écrit avec pudeur, de son histoire et des affres de sa bipolarité.
Ponctué de réflexions de l'auteur sur sa démarche d'écriture et ses doutes, l'ouvrage offre en outre un regard permanent de ses coulisses et nous laisse à voir le livre en train de s'écrire.

 

J'avoue néanmoins avoir fini par m'essoufler au court de ma lecture. Bien que terriblement poignant et bien écrit, ce roman ne m'a pas transcendée littérairement parlant. Peut-être est-ce du au passage instinctif à la première personne dès lors que l'auteur nait dans la narration - cette composition entre biographie et autofiction m'a peu emballée par son manque d'originalité. De manière générale, c'est sans doute le classicisme de la forme et de l'entreprise sans renouvellement particulier - l'auteur, d'ailleurs, fait montre de lucidité sur ce point en début d'ouvrage - qui ne m'a pas totalement conquise au point de trouver l'ouvrage génial. C'est un bel hommage, écrit avec pudeur et amour et on en ressort, sans nul doute, profondément ému - et c'est déjà pas mal.

 

 

*

 

Extraits :

 

 

"A Pierremont, les voix finissaient toujours par monter dans les aigus, les portes claquaient, et au moment où l'on en venait presque aux mains, le minuteur en forme de pomme sonnait pour nous rappeler qu'il était grand temps de sortir le gratin du four.

A côté de nous, posée sur un tabouret, Lucile revendiquait son exception mutique et culinaire, n'avait d'avis sur rien, consentait parfois à éplucher quelques pommes de terre."

 

"Lorsqe j'ai su que Jours sans faim allait paraître, je lui ai donné à lire le manuscrit. Un samedi soir où elle devait venir chez nous pour garder nos enfants, Lucile est arrivée ivre, le regard dilué. Elle avait passé l'après-midi à lire le roman. Elle l'avait trouvé beau mais injuste. Elle a répété : c'est injuste. Je me suis isolée avec elle, j'ai tenté de lui dire que je comprenais que cela puisse être douloureux, que j'en étais désolée, mais il me semblait que le livre révélait aussi, si besoin en était, l'amour que j'éprouvais pour elle. Dans un sanglot, Lucile a protesté : ce n'était pas vrai, même au pire de la torpeur, elle n'était pas comme ça. Je l'ai regardé, j'ai dit : si.

Je ne lui ai pas dit qu'elle avait été pire, pire que ça."

 

 

Challence rentrée littéraire 2011.jpgChallenge 1% de la rentrée littéraire

7/7

19.10.2011

Challenges !

 

 

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Allez hop, un nouveau challenge organisé par Karine! (Même s'il y a tjs pleins d'autres bouquins en attente sur ma PAL mais ceci est un autre débat). Il s'agit de lire d'ici le 31 décembre au moins 3 livres parmi tous ceux que lit Rory tout au long de la série Gilmore Girls (je parle comme si je la connaissais mais en fait quedalle, d'ailleurs je vais de ce pas me procurer l'intégralité des saisons)


Cinq lectures me tentent pour l'instant et je réparerais ainsi quelques honteuses omissions dans ma vie de lectrice (oui, Jane Austen, je vais tâcher de m'attaquer à toi)

 

- Orgueil et préjugés de Jane Austen

- Au coeur des ténèbres de Conrad

- Les possédés de Dostoïevski

- 100 ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez

- Quand l'empereur était un Dieu de Julie Otsuka

 

 

(Quelques temps plus tard parce que j'ai laissé le billet en plan)

Bon là, j'ai Les possédés sous les yeux. 800 pages. Hmm... Note pour moi-même : tjs se méfier des russes, ce sont de fourbes prolifiques. Il a intérêt à être bien ce bouquin, j'vous l'dis !

 

 *

 

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Et  puisque je dois bourriner dans les lectures de Noël pour préparer un atelier d'écriture en décembre, je cumule un autre challenge chez Mia qui me motivera à bosser : La magie de Noël. Il s'agit de lire des ouvrages comportant "Noël" dans le titre. Plusieurs catégories sont ouvertes ; je me suis inscrite dans celle des lutins de Noël pour lire entre 3 et 10 bouquins. Motivée!

 

*

 

Let's play !

Binôme créatif

 

Sur un site communautaire foisonnant bien connu de la toile, un petit défi créatif en binôme a été lancé sur le thème de l'automne :

Une photo/un texte - l'un au choix inspire l'autre

 

C'est avec Charline, l'inspiratrice du défi, que j'ai le plaisir d'être en équipe et notre collaboration se trouve des plus stimulantes - l'essentiel étant, après tout, de se faire plaisir!

 

Voici nos petites créations :

 

1. Mon texte d'abord, sa photo en réponse :

 

Entre les branches du saule
l'automne s'insinue
et mange les derniers fruits

 

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2. Ses photos d'abord, mes textes en réponse :

 

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On pourrait appeler ça Lumière et secouer les grands mots à coup de pelle
Ou bien s’assoir dans l’herbe
Et ne rien dire du tout.

 

*

 

C’est l’avant- mort toute cette lumière
Elle se travaille à la joie sur tant d’années

Avec la mort, on croit rêver ; on parle d’âme frileuse – où donc est-elle ?
Pourtant, je chemine encore et les rivières invisibles avec moi

De toute cette fragilité, je convie les plaies,
Les ouvre à perdre pied : je suis certaine des dérobades :
C’est le lot de la grâce et de ce qui viendra sans cesse

 

*

 

 

 

 

18.10.2011

Transat d'Aude Picault

 

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Et ben, je sais pas ce que j'ai en ce moment, mais je me lance dans les romans graphiques, en fait.
Oui oui, je disais que je n'aimais pas ça dans mon article sur Billy Brouillard et c'est totalement vrai. Sauf qu'une part de moi sait qu'il y a de la qualité là-dedans et a quand même envie de goûter à cette qualité (ça doit bien être possible, nom d'un chat en mousse?)

 

Donc, je fouille consciencieusement la médiathèque municipale et hop, je tombe là-dessus :

 

 

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Transat d'Aude Picault, ed. Shampooing, 2009

 

 

Aude, qui bosse comme une dératée devant son ordinateur parisien, en a ras la moustache. Elle decide donc de traverser l'Atlantique en bateau alors qu'elle n'a jamais navigué : normal.

Voilà un roman graphique à la fois léger et profondément pertinent, ancré dans son époque ; celle des trentenaires speed et overbookés mais qui, au final, peinent à trouver du sens. Cette traversée initiatique truffée de personnages truculents (Kiki est mon héros) nous offre une piste alternative - pas besoin de tout quitter mais il est parfois bon de s'extraire quelques jours et de se poser les bonnes questions.

Et puis bon, j'ai clairement été sensible au talent de l'auteur qui sait autant croquer furtivement une scène de vie quotidienne, un instant choisi en 3 dessins que nous faire un poème en prose de la mer en une double page de noir et blanc. C'est piquant et profond. J'adhère!

 

 

*

 

 

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15.10.2011

Le palais de mémoire d'Elise Fontenaille

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Le palais de mémoire d'Elise Fontenaille, Calmann-Levy, 2011, 154p.

 

 

Dans la Mandchourie du XVIIIe, le jésuite Artus de Leys déambule dans son palais de mémoire -aidé de quelques fumées d'opium-  et égrène les instants de sa relation perdue avec le prince Jade.
Le récit se tisse de fragments amoureux et poétiques où pointe en filigrane l'histoire des campagne de christianisation de l'Orient et du martyr des jeunes convertis.

 

La faute à mes récentes lectures denses et fouillées sans doute, mais je ne me suis pas sentie investie par cette lecture. Le propos de base pourtant me passionnait mais son traitement me laisse un arrière-goût de superficiel. Je n'ai pas senti la richesse foisonnante de la Chine d'alors, ni le contexte spirituel dans lequel s'inscrit le récit. L'histoire d'amour m'a semblé assez simpliste, la manière de s'exprimer du personnage et l'utilisation de l'opium comme vecteur du rêve/souvenir assez artificiels (parce que mine de rien, les souvenirs du jésuite sont sacrément ordonnés et cohérents pour un gars sensé être défoncé jusqu'au trognon et sa manière de parler sacrément anachronique - en fait, il a pas du tout l'air d'être ce qu'il est si ce n'est un personnage construit de toutes pièces). Le style de l'auteur est pourtant plaisant, poétique, doux ; certains morceaux vraiment très agréables à lire. Mais, je suis restée là, sur ma faim, avalant les pages en 2h comme s'il ne s'était pas passé grand chose. Dommage!

 

*

 

Extrait :

 

"A peine descendu des collines, le Fils du Ciel s'étiola, s'alita et fit un rêve dont il ne se remis pas ; la musique et la gaieté de cette journée de printemps avaient consumé ses dernières forces. Son songe le ramena des années en arrière...

Vêtu de soie blanche, en deuil de son maître et ami, le jésuite Verbiest, celui qui lui avait enseigné l'ars memoriae dans son enfance à la demande de sa grand-mère tant aimée, Kangxi pénètre dans son palais de mémoire.

En Chine, le deuil se dit l'absence de couleur, et c'est beauté ; comme nos habits de ténèbres semblent triviaux, à côté. Car la mort, bien sûr, c'est cela : toute coleur nous est ôtée. Le noir est une orgie de couleurs, jusqu'à l'anéantissement ; la blancheur seule sait dire ce qui nous manque. Sur la poitrine du Fils du Ciel, neuf dragons perle chevauchent un nuage de neige ; un ruban de vison souligne l'immaculé de la robe, la rendant plus livide encore.

Et c'est splendeur, puissance, sérénité."

 

 

rentrée littéraire,mémoire,chine,jésuites,li po,elise fontenaille,amourChallenge de la rentrée littéraire 2011

6/7

 

12.10.2011

Tout est illuminé de Jonathan Safran Foer

 

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Tout est illuminé de Jonathan Safran Foer, Ed. de l'Olivier, 2003, 331p.

 

 

 

J'avais beau lorgner sur cet ovni depuis un moment, mon début de lecture était pas gagné. Alors avant toute chose, j'y vais de mon conseil avisé : ne lâchez pas ce livre même si le Broken English du narrateur vous donne envie de mourir parce que d'1 : il s'arrange, de 2. le bouquin n'est pas raconté exclusivement de son point de vue et de 3. ce livre est juste ébouriffant, nom d'un croissant au beurre.

Une situation de départ simple : Jonathan, jeune écrivain juif new-yorkais (tiens tiens) part en Ukraine à la recherche de ses origines et par la même occasion, de cette mystérieuse Augustine, sensée avoir sauvé son grand-père pendant la guerre.
Dans ce voyage, il est assisté d'Alex - le fameux narrateur au langage qui tue - qui parle anglais comme je parle le papou sous alcool, du grand-père d'Alex et de la chienne Samy Davis Junior Junior (oui, deux fois Junior)

Ca, c'est le départ parce que c'est en fait beaucoup, BEAUCOUP plus que ça. Il aurait été trop simple, en effet, de se limiter au récit d'une quête des origines - filon narratif vieux comme le monde. Jonathan Safran Foer se paye le luxe en prime de jouer du burlesque avec une imagination généalogique hallucinatoire où s'articule cette vieille dialectique du rire et du sacré ni vu ni connu j't'embrouille. Il se paye également le luxe de ne pas être caricatural sur la Shoah, de montrer l'humain dans toute sa complexité - et parfois, on fait de mauvaises choses alors qu'on est une bonne personne, et oui. Enfin, il se paye le luxe - le petit coquinou - de nous distiller quelques réflexions sur le roman à travers la correspondance d'Alex et de le renouveler avec cette brillante harmonie de bouffonnerie, d'Histoire, de méta-roman, d'expérimentation typographique (et là c'est rien comparé à son dernier opus) et d'autofiction.

Franchement, je suis décoiffée. Pour un premier roman, ce bonhomme en a sacrément sous le pied. Cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps de tomber sur un tel jeu des codes romanesques, sur un tel renouvellement de la forme allié à une tel maîtrise du fond.
Bref, vous l'aurez compris, Extrêmement fort et incroyablement près va tarder à y passer et je vous conseille vivement de faire pareil !

 

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Pour cette fois, pas d'extrait. Un aperçu de l'ouvrage serait trop biaisé, si je vous cite Alex ou l'histoire familiale. Je vous laisserai donc satisfaire votre curiosité à la source ^^

08.10.2011

Muse de Joseph O'Connor

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Bien que toujours passionnément chérie et désirée, il y a de ces périodes, chers visiteurs, où la lecture, est juste laborieuse. Mais vraiment, hein. Un premier livre puis un deuxième tombent des mains ? Peu t'importe, c'est la faute du livre. Sauf que c'est pareil pour tous les suivants pendant plusieurs jours et on s'ennuie toujours comme un rat. Pendant ce temps là, on est en manque en mots, évidemment. En gros, c'est l'angoisse - yeux hagards, mains moites, écume aux lèvres et hallucinations aux coins des murs etc.

Heureusement (car il y a un happy end), un livre m'a sauvé de ce désert littéraire.

 

 

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Muse de Joseph O'Connor, traduit de l'irlandais par Carine Chichereau, Phébus, 2011, 278p.

 

 

De loin, et surtout avec cette liberté qui sied si bien aux artistes, Joseph O'Connor s'inspire de faits ayant réellement existés. Molly Allgood alias Maire O'Neill a vraiment vécu et l'on sait qu'elle a eu une liaison avec le dramaturge John Millington Synge pendant l'écriture de son Baladin du monde occidental - au début du XXe siècle. Ce dernier mourra cependant avant que leur union soit officialisée, à 37 ans. Molly Allgood avait 19 ans.

Le reste relève de l'imagination talentueuse de Joseph O'Connor qui bâtit un chant du cygne à deux temps, aussi poignant qu'acéré. Le premier temps est dilaté et cruel ; il est une des dernières journées de Molly qui n'est déjà plus que son ombre. Quasiment plus de rôles, beaucoup d'alcools et l'écrasante solitude de la déchéance. On la suit au gré de Londres, il semble qu'on épaule son dernier chemin avec cette narration à la deuxième personne. Elle reste pourtant digne "Tu es Maire O'Neill. Tu ne ficheras pas en l'air une scène. Le spectacle doit continuer quel qu'en soit le prix."
C'est le deuxième temps qui est son souffle, le rappel vivant - vraiment vivant - de son cher Vagabond, son vieux Millington Trillington Monchoullington. Ce temps ponctue systématiquement le premier et donne la vie. Molly a vécu depuis Synge, pourtant. A eu deux maris, deux enfants. Mais au fond, il est toujours là, l'amour imparfait mais puissant, celui qui a fait d'elle l'enchanteresse. Tous leurs souvenirs semblent être d'hier.

C'est poignant, sensuel, d'un éclat taillé dans le vif où la réalité ne fait aucune concession à l'amour - ou bien est-ce plus certainement l'inverse.
C'est tout simplement beau. Oui, je pourrais me creuser un peu plus le cerveau pour vous trouver un commentaire plus recherché mais très franchement, je n'en vois pas de plus approprié (et puis d'abord, le mieux est l'ennemi du bien). C'est une voix, une vie et c'est un amour.

 

 

 

muse,joseph o'connor,synge,yeats,irlande,théâtre,amour sans mièvrerieChallenge de la rentrée littéraire 2011

5/7

 

 

 

 

 

 

*

 

extrait :

 

"Elle considère le cancer qui le dévore comme une armée de minuscules lumières envahissant peu à peu ses entrailles sans laisser le moindre recoin intact. Elle se voit elle-même les éteignant une par une, à chaque fois qu'elle se montre gentille avec lui. Cela vient d'un sermon qu'elle a entendu petite, dans le grand bastion voûté de l'église de St Nicholas of Myra. Le prêtre avait dit que la grâce était un rassemblement de bougies attendant que le pêcheur les allume Cette métaphore lui est toujours restée, même quand sa foi a cédé du terrain devant l'âge adulte. Dieu, la providence, le baume de Galaad - il faut les regarder de loin.

S'il tousse en sa présence, elle le bénit en silence. S'il a le souffle court, elle fait une prière pour lui. Comme si elle observait une grande ville à l'approche de l'aurore, elle voit les lumières de son cancer s'éteindre l'une après l'autre. Elle imagine ses poumons - rayonnant de douleur - et l'éteignoir de sa bienveillance se met à l'oeuvre. Si seulement elle pouvait les toucher - les toucher physiquement -, l'air qui est en eux s'en trouverait adouci, purifié, renouvelé, et les flammes qui ne cessent de les consumer s'évanouiraient en fumée, telles des mèches pincées entre ses doigts."

 

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