16/12/2011
24 contes pour attendre Noël
24 contes pour attendre Noël racontés par Anne Lanoë, ed. Fleurus
A chaque jour de l'Avent correspond une histoire à lire en famille. Des contes, des mythes fondateurs, des récits traditionnels, des légendes d'ici ou d'ailleurs... - tous réécrits par Anne Lanoë pour ne pas excéder 3 pages et ainsi être lu d'une traite, au coin du feu.
Le principe est une très bonne idée pour les plus jeunes mais j'avoue que mon regard d'adulte à regretter les réécritures à ellipses. Quel dommage de voir le fameux Conte de Noël de Dickens, entre autres, ainsi esquinté. J'ai malgré tout découvert quelques jolis histoires comme Le rêve de Noël de Becky ou Snegourotchka que je vais garder dans un coin et réutiliser en temps voulu.
L'objet livre est par ailleurs d'un grand format et joliment illustré ; les petits pourront ainsi suivre la lecture en même temps que les grands. Pour ma part, je n'ai pas d'enfants, mais un petit compagnon s'est quand même glissé avec moi pendant la lecture, aha (il s'est fait charmer par le joueur de flûte de Hamelin, le coquin).
Bref, un avant-goût mignon de Noël.
Challenge La Magie de Noël
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09:00 Publié dans Challenge, Contes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : contes, noël
13/12/2011
Vie de Joseph Roulin de Pierre Michon
Il n'y a pas que des culs terreux, des vaches et du néant dans la Creuse, je vous jure. Il y aussi des artistes de talents et un silence propice à la paix et à la création fébrile. En l'occurrence, il y a Pierre Michon, écrivain génial de Vies Minuscules et Rimbaud le fils, dont Les Onze a reçu le Grand Prix du roman de l'Académie Française en 2009 et dont l'oeuvre est étudiée à l'université.*
Vie de Joseph Roulin de Pierre Michon, ed. Verdier, 1988, 67p.
Ce Joseph Roulin, illustre inconnu, était modeste employé des postes à Arles puis à Marseille à la fin du XIXe. Il était cet homme d'âge mûr, porté sur la boisson et fervent républicain que Van Gogh devait peindre plusieurs fois ainsi que sa femme Augustine et ses trois enfants. Tous, ces petites gens, ont été les témoins d'un des plus grands peintres du XIXe, de son quotidien, de ses motifs ; en somme témoins de l'Histoire, n'ayant pourtant pas de voix dans tout cela.
Ce qu'il y a chez Michon, c'est ce talent de la digression et de la phrase poétique qui vole. Chaque fois que je le lis, il me semble qu'il est peintre. Car, au fond, il ne raconte pas, il tatonne, il pose une touche puis une autre jusqu'à former des rubans de phrases tournicotés à la lumière ; chacune de ses touches, exactement, a sa raison d'être là. Le verbe est précis et tendre jusqu'à élever de modestes figures en mythes étonnants - archétypes d'une vie mystérieuse.
Il faut aimer la langue indéniablement. Si tel est le cas, alors s'assoir confortablement, prendre le temps qu'il faut et boire les mots de Michon avec un extatique recueillement.
Je relisais une interview qu'il a donné au Matricule des Anges à la sortie de l'ouvrage où il dit :
"Ecrire, ce n'est pas aller vraiment vers quelque chose de toujours plus enfoui, c'est danser autour, c'est chanter autour, mais chaque fois sans doute, cette chose que l'on cherche, on la creuse un peu plus..."
Alors, tout simplement, il suffit de le laisser nous faire danser.
*
Incipit :
"L'un fut nommé là par la Compagnie des postes, arbitrairement ou selon ses voeux ; l'autre y vint parce qu'il avait lu des livres ; parce que c'était le Sud où il croyait que l'argent était moins rare, les femmes plus clémentes et les ciels excessifs, japonais. Parce qu'il fuyait. Des hasard les jetèrent dans la ville d'Arles, en 1888. Ces deux hommes si dissemblables se plurent ; en tout cas l'apparence de l'un, l'aîné, plus assez à l'autre pour la peignît quatre ou cinq fois : on croit donc connaître les traits qu'il avait cette année-là, à quarante-sept ans, comme on connaît ceux de Louis XIV dans tous ses âges ou ceux d'Innocent X en 1650 ; et sur ses portraits en effet, il reste couvert comme un roi, il est assis comme un pape, cela suffit."
Portrait de Joseph Roulin, Van Gogh
*Ah, puis il y a moi aussi dans la Creuse, mais bon, ça c'est une autre histoire.
09:00 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : michon, joseph roulin, van gogh
10/12/2011
Hamlet par Mesguich
Hamlet, une des pièces les plus connues de Shakespeare, n'était connue de moi que pour cette fameuse question que je ne vous ferais pas l'affront de citer. En dehors de ça, c'était le désert dans mon esprit concernant le propos et le contexte de cette œuvre. Oui, honte à moi, quelque chose de concret.
C'est donc avec plaisir que j'ai sauté sur l'occasion de me faire une petite soirée culturelle instructive en allant voir la pièce mise en scène par Daniel Mesguich lors de son passage dans mon trou paumé!
Rapide pitch, puisque je suppose et espère ne pas être la seule ignorante concernant Hamlet : Le roi Hamlet est mort depuis deux mois. Tandis que sa veuve s'est remariée avec son frère ainé Claudius, nouveau roi du Danemark, son fils Hamlet le jeune s'enferme dans le deuil. Le fantôme de feu son père lui apparaît un soir et lui révèle qu'il n'est pas mort d'une morsure de serpent mais assassiné par Claudius. Afin de confondre son oncle, Hamlet simule alors la folie (ou pas d'ailleurs, c'est à se demander s'il n'est pas vraiment un peu fêlé avec tout ce merdier). Et là, j'ai envie de vous dire, ça se barre complètement en cacahuètes et quasi tout le monde crève à la fin. De la bonne pièce réjouissante comme on les aime donc. (C'est marrant, résumé comme ça, ça ressemble presque aux Feux de l'amour, vous trouvez pas?)
Concernant la représentation qui nous occupe, Mesguich livre un intéressant syncrétisme entre tradition et modernité (j'ai l'air de m'y connaitre en mise en scène en disant ça, hein?) avec son fiston dans le rôle titre et une mise en abyme assez stupéfiante. Celle-ci semble affirmer à quel point la pièce - sa folie, sa dureté - est un miroir de chacun de nous et de notre monde contemporain. En fait, il m'a semblé que tel était le message à retenir de cette mise en scène : Hamlet est une pièce contemporaine, sans cesse renouvelée. On y retrouve même ici une pointe de drôlerie assez inattende mais grandement savoureuse dans le jeu de la folie et dans le personnage de Polonius.
Mention spéciale, en outre, pour le jeu des acteurs. Mesguich fils n'a pas volé son rôle d'Hamlet qu'il joue avec force et finesse, de même pour tous les autres comédiens.
Le seul petit reproche - qui n'en est pas vraiment un - est que la pièce, avec ses circonvolutions de mise en scène, est TRES longue : 3h (+20min d'entracte). Il faut donc s'accrocher parce que 3h d'un texte du XVIe siècle, ça asmate les neurones de fort belle manière.
Ci-joint, le dossier de présentation de la pièce où vous trouverez notamment les dates des prochaines représentations à Angoulême, Orléans, Narbonne, tout ça.
(Et heu, sinon, dans la rubrique stupide et superficielle, vous trouvez pas qu'il a un côté Gad Elmaleh en blond le fiston Mesguich ?
Bon, ok, je sors)
09:00 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : hamlet, shakespeare, mesguich