30.01.2012

Le prince et le moine de Robert Hasz

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Le prince et le moine de Robert Hasz, traduit du hongrois par Chantal Philippe, ed. Viviane Hamy, 2007, 428p.

 

Au coeur du Xe siècle, les territoires de l'Europe Centrale s'animent entre l'ouest Catholique et le sud-est Byzantin. Entre les deux, sur les plaines de l'actuelle Hongrie, évolue le peuple des Magyars, fiers cavaliers nomades venus des lointaines terres du nord-est. Conquérants et ambitieux, ils guerroient depuis de nombreuses générations sur ces terres nouvelles afin d'étendre leur royaume. 

Longtemps auparavant, les Magyars étaient gouvernés par deux souverains. La Gyula, seigneur des armées et des hommes, et le Künde, seigneur spirituel, voix du Dieu-Ancêtre. Ces deux entités assuraient l'harmonie et le partage du pouvoir. Pourtant, la conquête acharnée ayant ses propres raisons, un complot fût fomenté par le Gyula et le Künde fut assassiné ; le corps de son fils unique ne fut jamais retrouvé et son peuple fut exilé en un lieu que personne ne semble plus connaître. A l'heure du récit, le peuple Magyar est tronqué et orphelin de la voix du Dieu-Ancêtre et les jeunes générations oublient peu à peu les mythes fondateurs.

C'est dans ce contexte sombre et incertain que Stephanus de Pannonie, moine bénédictin vieillissant est envoyé sur ordre de son abbé parmi ces tribus païennes pour délivrer un message du Pape. Avant de partir, il lui remet une insigne dont il ne connait rien représentant un aigle - cela, lui dit-il, pourrait lui être utile. De ce long voyage, Stephanus reviendra pour mieux se cacher dans la forêt et vivre en ermite. Il aura la visite de son ancien protégé du monastère, Alberich de Langres, à qui il racontera son périple ponctué de trahisons et de lointaines légendes.

C'est cette voix, ce récit d'aventures et de mythes, que nous raconte Robert Hasz avec un souffle épique impressionnant et l'imagination des conteurs d'antan. Du mythe fondateur des Magyars, voici qu'il nous en déroule l'épopée saisissante - cela, je vous le dis, n'a rien à envier au Trône de fer ! Il s'agit d'un roman dense et fouillé sur lequel le temps n'a pas de prise, qui se lit comme une aventure fantastique et où tout nous parle d'humanité et de l'importance de se rappeler d'où l'on vient dans un univers en pleine mutation. A n'en pas douter, sous les atours dépaysants de la chanson de geste, Robert Hasz nous parle aussi de nous, ici et maintenant.

 

Vous trouverez ici une interview de l'auteur pour Evene.fr et ici l'excellente chronique de Laurent Geslin pour Le Monde Diplomatique.

 

 

*

 

Extrait :

 

"Voici le monde, je te le confie, veille sur mes animaux et sur mes prairies. Tu peux prendre ce dont tu as besoin mais pas plus qu'il ne t'est nécessaire. Le Dieu-Ancêtre dételé un des douze chevaux blancs de son char de fe et l'apporta à l'homme sur la Terre, disant : voici ton cheval, afin que sur la terre tu sois plus rapide que le vent, et que dans le ciel, tu voles plus haut que le faucon. Puis il lui donna aussi l'art d'or afin qu'il protège les animaux qu'il lui avait confiés. Enfin, le Dieu-Ancêtre planta un grand arbre qui touchait le ciel, et il dit à l'homme : Voici l'Arbre-qui-touche-le-ciel, il relie l'homme au Dieu-Ancêtre. S'il te faut quelque chose, grimpe jusqu'au sommet et tu trouveras dans le ciel ce dont tu as besoin."

 

 

*

28.01.2012

Onzains de la nuit et du désir de Jean-Yves Masson

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Onzains de la nuit et du désir de Jean-Yves Masson, Cheyne Editeur, 1995.
Prix Kowalski


Né en 1962, Jean-Yves Masson est professeur de Littérature comparée à l'université, traducteur d'écrivains irlandais, italiens et allemands, directeur de la collection de littérature allemande "Der Doppelgänger" aux excellentes éditions Verdier et (car tout cela ne suffit pas, il va sans dire) poète merveilleux.

Ce recueil, une de ses premières publications en maison d'éditions après l'incontournable passage par les revues, exprime une voix mêlée de modernité, de fraîcheur et de lyrisme. Cent vingt et un poèmes se déroulent selon la même structure formelle, maniée avec une virtuosité qui offre la quintessence d'un souffle maitrisé - qui rappelle les pères fondateurs (je n'ai pu m'empêcher de penser à Rilke) tout en laissant libre court à une personnalité qui se construit, s'affirme, nait pleinement poète. Ce n'est pas l'affirmation d'un Je suprême et finalement stérile à force d'être rabâché mais bien d'un Je méditatif, aérien et confiant à travers la lumière diffuse des temps et des espaces.

Une extraordinaire évolution déjà virtuose où l'on respire l'harmonie des tons, l'adequation de l'être à la vie - A lire de toute urgence et sans modération !

 

 

*

 

 

VII

 

Même ce qui de moi demeure dans tes rêves,
disait l'ombre, ne reconnaîtrait plus ces chemins.
J'ai passé. Je suis herbe ou rivage et je danse
avec le vent parmi l'espace où je repose,
au fond des mers, je suis ardeur,
et glace au coeur du feu. Amour, implorait-il,
qui saura le secret de nos métamorphoses,
qui dénouera l'énigme que nous sommes,
Oedipe et Sphinx en même temps, et meurtriers
de ce qui nous engendre et nous surprend
un jour sur la route de notre éveil?

 

 

XLIII

 

Je fus. C'était l'hiver en mon pays d'orage,
c'était toujours l'hiver. J'étais voix sur la route,
j'étais cygne blessé, main tendue vers la neige,
vers la voûte du ciel et la vie à venir.
Je fus cri. Mes bras d'ombre étaient déjà la route,
ma chevelure éparse un ruisseau pour mourir,
toute de sang et d'aube il me fallait la terre
et j'accueillais le temps pour l'écouter dormir.
Je fus, je reviendrai. Tout cri est réversible,
toute pierre retourne en amont du torrent,
et moi, fée, je deviens oracle et je t'attends.

 

*

 

25.01.2012

Le capuchon du moine d'Ellis Peters

Situation dramatique n°1 : partir en week-end, emporter un unique bouquin (en plus du précédent quasi fini) et découvrir malgré un acharnement de plusieurs dizaines de pages que ce dernier ne plait pas du tout.
Mesure d'urgence  : courir les bouquinistes du quai St Michel qui, Dieu merci, sont ouverts le dimanche, et chopper un poche au gré de l'improvisation, sans le feuilleter, en se disant "on va bien voir, ça peut pas être pire que l'autre"

 

 

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Le capuchon du moine d'Ellis Peters, 10/18, 1989, 288p.

 

 

Cadfael, moine bénédictin d'origine galloise, occupe au sein de son abbaye les fonctions d'herboriste - les plantes et leurs pouvoirs n'ont aucun secret pour lui. Pourtant, on retrouve bientôt l'honorable maître Bonal, récemment installé à proximité de l'abbaye après avoir cédé son manoir à l'ordre bénédiction, tué par une des potions de Cadfael contenant de l'aconit, autrement appelé "capuchon du moine". Qui a bien pu détourner ainsi frauduleusement une lotion sensée soulager les douleurs articulaires pour la lui faire ingérer dans son repas? Sur ce point, Cadfael entend bien tout clarifier malgré les soupçons qui pèsent immédiatement et trop facilement sur le beau-fils de la victime.

Le concept de polar médiéval, voilà qui a interpelé ma curiosité. Comment donc mettre en scène au XIIe siècle les ficelles d'un genre qui apparait plutôt anachronique ? Non parce que, mener une enquête, interroger des témoins, chercher des indices... Au Moyen-Âge ? Voilà qui était un pari plutôt osé de la part de l'auteur, surtout quand il s'agit de faire mener l'enquête par un moine - les moines, comme chacun sait, étaient très libres de leurs mouvements et n'avaient rien d'autres à glander de leurs journées à cette époque. De fait, c'est d'une totale invraisemblance mais cela se laisse lire avec plaisir néanmoins. Après tout, la vraisemblance n'est pas l'enjeu majeure de la littérature. Les personnages sont agréables et bien croqués, le décor de l'abbaye pose une atmosphère originale. Je regrette quand même la faiblesse de l'intrigue. La quatrième de couverture annonçait un meurtre parfait qu'il allait être ardu de démêler. Bon, ben, non. Le coupable saute aux yeux assez rapidement, il y a pas de quoi casser trois pattes à un canard. C'est un bon livre de gare à lire pendant un trajet en train et puis voilà.

 

22.01.2012

Dimanche graphique

 

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La théorie de la contorsion de Margaux Motin, Marabulles, 2010

 

Voilà, j'avoue tout : je suis fan de Margaux Motin. C'est pas tellement une découverte, je suis son blog depuis pas mal de temps et j'avais déjà lu avec délectation J'aurais adoré être ethnologue. Là, sans surprise, je me suis remise à glousser comme un jeune dindon à chaque page. Décidément, elle a l'art de croquer juste les petits trucs de la vie quotidienne et finalement, il y a de quoi se rendre compte qu'on est toutes pareilles. Le must, en prime, c'est son humour pipi caca prout à la limite du vulgaire (seulement à la limite hein) que j'adoooore. Ben oui, la fille est aussi un être humain comme les autres!

Bref, c'est un régal !

http://margauxmotin.typepad.fr/

 

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*

 

 

margaux motin

Dieu n'a pas réponse à tout (mais Il est bien entouré) de Benacquista (au scénario) et Barral (au dessin), Dargaud, 2007

Prix Uderzo 2007 du meilleur album de BD

 

Dieu doit gérer la planète et Dieu sait que ce n'est pas chose aisée, entre les dépressifs, les talentueux contrariés ou les timides qui ne parviennent pas à s'imposer. Heureusement pour lui, il a dans son paradis tout un tas de personnalités des temps passés pour l'épauler dans cette tâche.

Aussi, nous suivons six historiettes de quelques pages répondant au même schéma narratif : la présentation du malheureux en détresse, l'appel de Dieu à un de ses défunts hôtes pour descendre sur Terre et lui faire redresser la barre, le redressement de barre et l'offre de Dieu de répondre à une requête du défunt en l'échange de sa réussite.

Un album somme toute classique mais surtout drôle et enlevé. Les historiettes donnent du rythme et de la cohérence. En outre, le lecteur se prend au jeu et tente de deviner, à l'image de Dieu, quel illustre personnage il pourrait envoyer sur Terre en fonction de la situation et les choix sont souvent audacieux (Al Capone pour aider une bande de flics, il fallait y penser!). On aurait tort de se priver de cette occasion de se mettre à la place de Dieu. 

 

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19.01.2012

La terre d'Emile Zola

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La terre de Zola, 1887, 500p.


Quinzième tome des Rougon-Macquart, La Terre s'attaque à l'univers paysan avec une âpreté qui n'a d'égal que ce sol hiératique.
Sur une période de dix ans, il s'articule autour de la famille des Fouan - parents, oncles et tantes, enfants puis petits-enfants - dont il brosse la descente aux enfers avec toute une cohorte de personnages-satellites mesquins, ignards et ivrognes sous le ciel de Rognes. C'est Jean Macquart, fils d'Antoine Macquart, qui représente ici l'illustre famille zolienne. Il apparaissait déjà dans La Fortune des Rougon où il était apprenti menuisier. Tiré au sort par la suite pour participer aux batailles de son siècle dont il sort physiquement indemne, c'est en Beauce, comme ouvrier agricole, qu'il aspire à couler des jours paisibles après les horreurs de la guerre. C'est ainsi qu'on le croise, semant son blé aux premières lignes du roman.

Le coeur de toute cette affaire, le véritable héros muet du roman, c'est la terre. Erigée en dieu inflexible, ce n'est pas tant ce qu'elle produit ou le travail qu'elle réclame qui aiguise les tempéraments mais bien sa possession. Avec une fureur bestiale, il s'agit d'avoir à tous prix car c'est l'avoir qui définira l'être, c'est ainsi qu'il pourra enfoncer ses racines et s'élever aux détriments des autres. Rien n'est épargné de la déchéance physique et morale de cette espèce avide, ni l'alcool, ni l'impudeur des relations, pas même le meurtre.

La terre comme dieu et les hommes comme bêtes, ainsi pourrait se croquer cet ouvrage. L'auteur continue d'explorer sans concession les aspects les plus sombres de l'homme, sans qu'aucune lueur d'espoir n'éclaire l'horizon, avec l'emprunte du siècle toujours en filigrane - notamment la révolution industrielle qui oppose les intérêts des ouvriers à ceux des paysans.
C'est là l'oeuvre riche et noire d'un bas peuple qui se débat et se grignote sans sa propre fange et que le lecteur ne pourra que lire comme on reçoit une claque magistrale.


*

Extraits :


"Alors, en quelques mots lents et pénibles, il résuma inconsciemment toute cette histoire : la terre si longtemps cultivée pour le seigneur, sous le bâton et dans la nudité de l'esclave, qui n'a rien à lui, pas même sa peau ; la terre, fécondée de son effort, passionnément aimée et désirée pendant cette intimité chaude de chaque heure, comme la femme d'un autre que l'on soigne, que l'on étreint et que l'on ne peut posséder ; la terre, après des siècles de ce tourment de concupiscence, obtenue enfin, conquise, devenue sa chose, sa jouissance, l'unique source de sa vie. Et ce désir séculaire, cette possession sans cesse reculée, expliquait son amour pour son champ, sa passion de la terre, du plus de terre possible, de la motte grasse, qu'on touche, qu'on pèse au creux de la main. Combien pourtant elle était indifférente et ingrate, la terre ! On avait beau l'adorern elle ne s'échauffait pas, ne produisait pas un grain de plus. De trop fortes pluies pourissaient les semences, des coups de grêle hachaient le blé en herbe, un vent de foudre versait les tiges, deux mois de sécheresse maigrissaient les épides ; et c'était encore les insectes qui rongent, les froids qui tuent, des maladies sur le bétail, des  lèpres de mauvaises plantes mangeaient le sol : tout devenait une cause de ruine, la lutte restait quotidienne, au hasard de l'ignorance, en continuelle alerte. Certes, lui ne s'était pas épargné, tapant des deux poings, furieux de voir que le travail ne suffisait pas. Il y avait desséché les muscles de son corps, il s'était donné tout entier à la terre, qui, après l'avoir à peine nourri, le laissait misérable, inassouvi, honteux d'impuissance sénile, et passait aux bras d'un autre mâle, sans pitié même pour ses pauvres os, q'elle attendait."

 

"- Ah! Tout fout le camp! cria-t-il avec brutalité. Oui, nos fils verront ça, la faillite de la terre...Savez-vous bien que nos paysans, qui jadis amassaient sou à sou l'achat d'un lopin, convoité des années, achètent aujourd'hi des valeurs financières, de l'espagnil, du portugais, même du mexicain! Et ils ne risqueraient pas cent francs pour amender un hectare! Ils n'ont plus confiance. Les pères tournent dans leur routine comme des bêtes fourbues, les filles et les garçons n'ont que le rêve de lâcher les vaches, de se débarasser du labour pour filer à la ville... Mais le pis est que l'instruction, vous savez! la fameuse instruction qui devait sauver tout, active cette émigration, cette dépopulation des campagnes, en donnant aux enfants une vanité sotte et le goût du faux bien-être..."

 

"Tous deux, le cultivateur et l'usinier, le protectionniste et le libre-échangiste, se dévisagèrent, l'un avec le ricanement de sa bonhommie sournoise, l'autre la hardiesse franche de son hostilité. C'était l'état de guerre moderne, la bataille économique actuelle, sr le terrain de la lutte pour la vie."





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13/20







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Janvier 2012

16.01.2012

Beauté, Morale et Volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde

 

 (un petit aparté non littéraire, ça a du bon aussi)

 

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L'Aesthetic Movement est, en quelque sorte et très grossièrement (mais je ne suis pas historienne de l'art donc je me permets quelques grossièretés) le pendant anglais du mouvement parnassien français : se désolidariser des contraintes morales, d'éventuelles visées didactiques ou politiques et des sujets imposés depuis la nuit des temps pour considérer "l'art pour l'art" - qui n'aurait pas à être utile ou vertueux mais uniquement beau et sensuel.

C'est ce mouvement de l'époque d'Oscar Wilde que se proposait d'explorer le musée d'Orsay dans une exposition ouverte jusqu'à hier (et je m'y suis incrustée dans les derniers instants, ouf!) à travers plusieurs arts. Celui de la littérature, avec des aphorismes impertinents de l'auteur pré-cité au gré des murs, puis à travers la peinture, la photographie, les arts décoratifs et la mode. Le tout dans une ambiance feutrée toute en violet et vert qui donne juste envie de refaire son salon (ceci était le détail hautement nécessaire à cette chronique)

J'émettrais tout d'abord un petit bémol: pour traiter un sujet aussi vaste et fourmillant, l'exposition apparaît forcément un peu superficielle. Dans une volonté justifiée d'exposer plusieurs arts afin de montrer l'étendue du mouvement qui n'était pas seulement posture créatrice mais art de vivre, j'ai été quelque peu déçue de la brièveté de l'exposition ou plus justement du choix des pièces. Ne pas y découvrir les pièces les plus connues de Millais ou Waterhouse (une seule peinture de ce dernier était présente à l'exposition - celle de l'affiche) m'a attristée! En toute honnêteté j'y allais principalement pour ces deux peintres, c'était donc raté!

Mais enfin, il fallait bien faire des choix ! Et l'exposition, malgré tout, était enchanteresse, et dégageait une atmosphère cohérente et hors du temps, entre un passé fantasmé, une beauté sensuelle enfumée et une pointe de pessimisme sous les grands apprêts du dandy.

En somme, il n'y avait pas meilleure manière de commencer un samedi - et se poser ensuite dans un jardin des tuileries ensoleillé et quasi désert pour papoter entre amies et faire la provinciale clichée, ça n'a pas de prix.

 

(Plus concrètement, je vous invite à lire ce passionnant article concernant l'expo sur le site de Maglm)

 

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Sainte Cécile de Waterhouse

 

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Pavonia de Leighton

 

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Motif plume de paen d'Arthur Silver

 

 

"Une oisiveté éprise de culture me semble être l’idéal de vie le plus élevé"

Oscar Wilde

 

 

13.01.2012

Monsieur Walser et la forêt de Gonçalo M. Tavares

 

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Monsieur Walser et la forêt de Gonçalo M. Tavares, ed. Viviane Hamy, 2011, 50p.

 

 

Gonçalo M. Tavares explore depuis quelques ouvrages des figures étonnantes, des types au patronyme célèbre qui peuplent le Bairro - le village, le quartier en portugais. Après Monsieur Brecht ou Monsieur Calvino, voici Monsieur Walser, habité d'une envie de retour aux forêts. Pour cela, il se fait construire une cabane au milieu des bois, en marge du village. Pas tant une envie de nature qu'une envie de coloniser cette nature par la construction pointue d'un lieu neuf où se retrancher, avoir la paix. Le jour d'entrée dans la maison, Monsieur Walser se délecte de tout ce mobilier, cet habitat flambant, douillet, rassurant, impeccable. Jusqu'à l'arrivée d'un ouvrier qui dit devoir réparer un élément défectueux, puis un deuxième puis toute une floppée qui envahit les lieux et trouble le personnage. La maison ainsi que sa tranquilité partent en déliquescence.

Ce livre est comme un petit conte drolatique et piquant, un croquis par type de nos travers. J'avoue que je ne m'attendais pas à ça mais à quelque chose de plus fouillé, de plus complexe dans la réflexion - il faut dire que je ne m'attendais pas à un bouquin aussi fin. Ici, l'auteur suggère, invite à la réflexion par la mise en scène de cet épisode presque théâtral - à nous de creuser plus loin. Une lecture intéressante sur divers points mais qui ne m'a pas habitée à cause de cette posture formelle et très détachée qui a tendance à me laisser assez froide.

 

*

 

Extrait :

 

"Comme Walser est content ! A peine ouvre-t-on la porte de sa maison - il le sent bien - que l'on pénètre dans une autre monde. Comme s'il ne s'agissait pas seulement d'un mouvement physique dans l'espace - avancer de deux pas - mais aussi d'un déplacement  - autrement plus puissant - dans le temps. Entre le pied de derrière, dont il se dégage encore une odeur de terre et la sensation, en rien objective, mais qui existe bel et bien, d'être entouré de choses vivantes mais qu'on ne comprend pas complètement et qui ne nous comprennent pas non plus - les éléments de la forêt - , entre ce pied de derrière, donc, et ce pied de devant, qui a déjà franchi le pas de la porte, la distance parcourue ne doit pas se mesurer en centimètres mais en siècles, voire en millénaires."

 

 

walser,forêtet hop, encore une lecture pour le challenge de la rentrée littéraire 2011 tant qu'à faire!

11.01.2012

En parlant de lire des classiques... Challenges 2012 au taquet !

Quelle meilleure manière de parfaire mon inculture classique que de m'inscrire à quelques challenges pour me motiver?

 

 

Classique-final-4.jpgC'est chose faite avec celui de Cécile qui propose de lire un classique par mois cette année.Sans restriction aucune de périodes, langues ou auteurs, c'est dans la liberté qu'on pourra replonger dans la littérature d'hier.

 

 

 

 

 

71762180_p.jpgIl m'arrivera de grouper ce challenge avec celui de Lili galipette, Miss Bouquinaix et George qui proposent de lire l'intégrale des Rougon Macquart! Et oui, je ne suis pas la seule folle à me lancer ce défi. Au lieu de le faire en solitaire, je le partagerai donc avec mes consoeurs bloggeuses :)

 

 

 

 

 

Un petit rappel des 20 Rougon-Macquart :

La Fortune des Rougon (1871)
La Curée (1872)
Le Ventre de Paris (1873)
La Conquête de Plassans (1874)
La Faute de l'abbé Mouret (1875)
Son Excellence Eugène Rougon (1876)
L'Assommoir (1877)
Une page d'amour (1878)
Nana (1880)
Pot-Bouille (1882)
Au Bonheur des Dames (1883)
La Joie de vivre (1884)
Germinal (1885)
L'oeuvre (1886)
La Terre (1887)
Le Rêve (1888)
La Bête humaine (1890)
L'Argent (1891)
La Débâcle (1892)
Le Docteur Pascal (1893)

 

J'ai coloré en violet ceux que j'ai déjà lu (je ne pense pas néanmoins en rédiger des billets, certains datant de plusieurs années, je ne suis pas sûre de m'en rappeler suffisamment bien pour en faire un article un peu construit) mais je chroniquerai les prochains - notamment La Terre qui est en cours de lecture.

Cela dit, même si je n'en fais pas de billets, je vous recommande particulièrement La Fortune des Rougon et La Conquête de Plassans, tous deux absolument savoureux sur les mécanismes de l'arrivisme et L'Oeuvre, où l'on se prend de plein fouet les affres de la création d'un peintre raté ou trop en avance sur son époque (fortement inspiré de Cézanne - ce qui a valu une brouille entre les deux artistes d'ailleurs). Evidemment, il y a L'Assommoir, Germinal, également exceptionnels... Mais ceux là sont suffisamment connus pour ne pas avoir besoin d'être conseillés. 

 

Ca promet !

10.01.2012

Top Ten : Les livres qu'on retient de 2011 et ceux qu'on a envie de dévorer en 2012

Bon, je suis en gros décalage avec The Broke and the Bookish qui a publié ces Top Ten il y a quelques semaines + j'en fais deux en même temps, mais c'est pas grave. 

 

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Les 10 livres que je retiens de 2011 (et que je vous conseille avec force et yeux de biche)


 Romans :

- La piste mongole de Christian Garcin. Enorme coup de coeur. Un univers atypique, bordélique, érudit et halluciné, une lecture voyage de folie servie par une plume d'une grande qualité. Pour vous dire, c'est le premier bouquin qui me vient à l'esprit lorsque je pense à mes lectures marquantes de 2011

- Le mur invisible de Marlen Haushofer. Une jeune femme se retrouve seule avec son chien, coupée du monde en pleine forêt autrichienne après l'apparition d'une étrange coupole invisible qui l'isole de tout. A l'extérieur, le monde s'est figé. C'est un peu une robinsonnade absurde et immobile où il s'agit de réapprendre à vivre et surtout de continuer à le faire. Un livre simple, sans grande pompe mais essentiel, délicat, inspiré et pertinent. Une merveilleuse découverte.

- Bliss de Shauna Cross. Oui, je sais, celui-là je le ressors tout le temps mais bon, un roman ado qui me scotche et m'enthousiasme, devrais-je dire qui me fait frétiller de plaisir, c'est suffisamment rare pour être noté plusieurs fois.

- Tout est illuminé et Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer. L'humour et le langage maniés avec une intelligence et une inventivité vraiment ébouriffante. Qu'on aime ou qu'on déteste, on ne peut pas rester insensible au travail de cet auteur.

 

Poésie :

- Lettres en provenance de la nuit de Nelly Sachs. L'auteur lance des missives poétiques et embrûmées à sa mère disparue. On ressent à la fois le manque cruel et la lumière de la vie qui veut encore se battre.

- Le gardeur de troupeaux de Fernando Pessoa. Je souhaite en faire un billet depuis sa lecture mais parler de poésie m'est tellement difficile. La simplicité à l'état brut mâtinée de spirituel pas cucul. Une merveille.

- Onzains de la nuit et du désir de Jean-Yves Masson. Idem. Il faut que j'arrive à pondre ces billets, d'autant que la poésie est essentielle pour la santé, si si. Ici, il y a ce petit côté suranné de la forme qui titille. Puis le propos, à la fois terriblement d'actualité, bien plutôt intemporel, et le ton qui laisse deviner Rilke qui s'enlacent avec virtuosité. Les éditions du Cheyne sont les meilleurs en poésie de toutes façons :p

 

Romans graphiques :

L'année 2011 m'a enfin vue ouvrir un roman graphique. Il était temps. J'ai globalement bcp apprécié tout ce que j'ai lu mais je retiendrai essentiellement ces deux là :

- Pyongyang de Guy Delisle.

- Maus d'Art Spiegelman.

Tous deux pour leur propos, leur intelligence, leur cohérence dans le croquis d'instantanés. Deux très belles découvertes.

 

*

 

Les 10 livres que j'ai mis dans les starting blocks de 2012

 

Plus je lis, plus je me rends compte que j'ai d'impressionnantes lacunes en matière de classiques. Il y en a tellement aussi, franchement. Et puis certains font peur - vous avez vu les pavés? Bref, comme les années précédentes, je vais quand même tâcher cette année de soigner un peu mon inculture.

- Les Rougon-Macquart restants de Zola. Ceci dans le cadre du challenge très très privé que je me suis lancée il y a quelques temps afin d'en lire l'intégrale. En ce moment, je suis sur La Terre. Il ne m'en restera plus que 7 ensuite. Je tiens le bon bout (et sinon, je confirme que je ne suis pas masochiste, j'aime vraiment lire Zola :D)

- Au coeur des ténèbres de Conrad

- 1984 de George Orwell

- La chartreuse de Parme et Le rouge et le noir de Stendhal

- 100 ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez

- Les possédés de Dostoïevski (mais vu la taille du pavé, j'ai les miquettes)

- L'homme qui rit de Victor Hugo

- Un peu de Shakespeare. Je sais pas encore quoi, mais ce serait pas du luxe.

- Moby Dick de Melville

Et bien d'autres bouquins...


Et ben, y a du pain sur le planche !

08.01.2012

Le croque-mort a la vie dure de Tim Cockey

(Oui, je pique pleins d'idées de lecture chez Manu en ce moment, j'avoue tout)

 

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Le croque-mort a la vie dure de Tim Cockey, ed. Points, 2009, 402p.

 

 

Hitchcock Sewell a la trentaine bien sonnée et dirige une entreprise de pompes funèbres avec sa tante. En dehors des enterrements qui rythment joyeusement sa vie, il fait du théâtre amateur, remet le couvert à l'occasion avec son ex-femme nymphomane et farfelue, promène son chien et tombe par hasard sur une inconnue voulant organiser ses propres funérailles. Jusque là, rien que la normale. Sauf lorsqu'arrive sur sa table une belle endormie répondant au même nom que l'inconnue mais sans être elle. La question est, qui était-elle donc? Hitch va le savoir, pas tellement de suspens là-dessus, et ça va l'embarquer dans un embrouillamini chevaleresque et politique.

Le croque-mort a la vie dure est un polar rafraîchissant, pince-sans-rire, à l'humour continuel, bien choisi - clairement télévisuel : je suis d'accord avec toi, Manu, on aimerait en voir une adaptation version HBO! L'enquête est bien menée et se savoure avec plaisir même si elle ne fait pas montre d'une folle originalité. Je lui ferais même le petit reproche de connaître un démarrage trop long et une fin qui se déroule étonnamment trop vite mais ça encore, ça rend quelque chose de très télévisuel. Pour moi, l'intérêt réside essentiellements dans les personnages truculents, aux personnalités vives et bien marquées. Ce sont eux qui donnent envie de poursuivre la série. Et puis, ce cher croque-mort. On imagine ces professionnels comme d'austères dépressifs vieillis avant l'âge et voilà qu'on se trouve un fringant beau gars (spéciale dédicace) théâtreux, galant et buveur de bière. Les croque-morts en deviendraient presque craquants dis donc !

La suite au prochain numéro.

 

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