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01/11/2015

Paul à Québec de Michel Rabagliati

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Paul à Québec de Michel Rabagliati, La Pastèque, 2009 187p.

 

Paul à québec 3.jpegJe prends aujourd'hui la route du Québec comme des vacances (tandis que les miennes se terminent, fichtre!), au hasard des petites perles que m'a offertes Topinambulle en mai dernier. D'humeur BD ce matin, j'ai embarqué Paul à Québec dans mon fauteuil moelleux et j'ai profité du soleil levant automnal, entre le froid et le doux, pour cheminer avec lui en territoires inconnus.

Tout commence par un week-end en famille bien agréable. Tout le monde se retrouve dans la maison des grands-parents Roland et Lisette, dans un village proche de Québec. Frères, sœurs, parents et cousins s'amusent, se promènent et jouent. Pourtant, au retour, Lucie, la femme de Paul, apprend que la santé de son père décline. Une première rémission offre encore de beaux moments à la famille tandis que Roland et Lisette reviennent s'installer à Montréal. Mais le cancer gagne à nouveau du terrain. C'est alors le moment de profiter intensément des dernières semaines, des derniers jours... C'est aussi le moment pour Roland de dévoiler un peu de son histoire et d'accepter la fin prochaine.

Il faut dire tout d'abord que je ne m'attendais pas du tout à cette histoire ! Je pensais lire une sorte de carnet de voyage léger, émaillé de petites réflexions acidulées ou vibrantes ici ou là, sur le modèle de Guy Delisle. Point du tout ! Si un voyage à Québec est bien le départ du récit (et j'apprends au passage qu'on y finit les croûtes de pizza avec du beurre !), l'essentiel se trouve rapidement ailleurs, dans la profondeur des liens familiaux et l'accompagnement d'un être cher en fin de vie. Sujet éminemment difficile, parce qu'on peut très vite dériver dans le pathos gluant. Au contraire, Michel Rabagliati dose juste : la tristesse est toujours tenue, pudique et très vraie et n'empêche pas des éclats de rire comme la vie sait en produire même dans les pires moments (j'ai particulièrement souri à l'instant fumette nocturne des trois soeurs ! Les contes d'Anusbury, c'est quand même bien trouvé, héhéhéhé). En somme, une excellente surprise dont on ressort à la fois serein et presque mélancolique. Disons qu'il s'agit de ces lectures qui, toute en subtilité et l'air de rien, nous emmène à retrouver cette gratitude d'être en vie et entouré de ceux qu'on aime.

PS : Ce n'est pas exactement le sujet de la BD, par ailleurs, mais la française que je suis ne peut s'empêcher de souligner les nombreuses expressions et autres tournures langagières typiquement québécoises qui rendent le récit si savoureux !

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Québec en novembre.jpgQuébec en novembre 2015 chez Karine et Yueyin

1ère participation

04/08/2015

Vrac de BD feel good

Tout part à vau l'eau, voyez vous. Je lis à tout casser vingt pages par jour - autant dire que Le rouge et le noir n'avance guère bien que je le trouve passionnant - et la perspective de rédiger des chroniques m'ennuie un brin. Mais au fond, j'ai envie quand même. C'est juste que je me prélasse depuis un mois dans une paresse totale et décomplexée, une paresse dont je profite comme d'un mets rare et délicieux - sachant par avance les dix mois qui m'attendent à partir du 1er septembre. Cela dit, il m'arrive d'avoir envie de feuilleter quelque chose de sympa plus d'une demi-heure d'affilée, à l'occasion. Et dans ces moments-là, mon choix se porte vers la BD ; vers une BD amusante, légère de préférence, vers l'antithèse de la prise de chou réflexive en somme (exception faite du Paradis perdu chroniqué dernièrement devant lequel on ne peut que se pâmer quoiqu'il en soit). Voici donc un florilège, en vrac, de ce qui m'a collé le sourire ces dernières semaines, sans trop en dire parce qu'au fond, tout est très simple : on s'amuse bien à lire ces BD, un point c'est tout.

 

Les vieux fourneaux.JPGLes vieux fourneaux, comme le macaron promotionnel l'indique sur le deuxième tome, c'est parfaitement drôle et irrésistible. Prenez une bande de vieux - n'ayons pas peur des mots, à bas le conventionnel "personnes du troisième âge" - totalement déjantés, qui n'hésitent pas à avoir des envies de meurtre ou de révolution entre deux considérations plus prosaïques, prenez tant qu'à faire une gouaille pas possible entre le juron et la harangue perpétuelle, prenez enfin un tracé de bulles qui rappelle les vieilles BD de notre enfance et paf, vous avez de quoi sourire pendant quarante-cinq minutes. C'est évidemment n'importe quoi en terme d'intrigue - si tant est qu'on puisse parler d'intrigue - mais c'est surtout divertissant, tout à fait original dans son genre et son propos et ça fait du bien. Dès la troisième page du tome 1, je me suis dit que j'espérais vraiment pouvoir vieillir façon vieux fourneaux. J'aurais plus besoin de me retenir de parler comme un charretier tralala !

Les vieux fourneaux de Cauuet et Lupano (2 tomes), ed. Dargaud.

 

Les gens honnêtes.jpgLes gens honnêtes commencent moyennement bien, il faut bien le dire (Les vieux fourneaux aussi d'ailleurs, notez bien. Comme quoi, on peut vraiment rire de tout). Le premier tome est mi-figure mi-raisin, on ne sait pas si on doit être plein d'espoir façon "ce qui ne me tue pas me rend plus fort" ou bien s'affliger d'une réalité contemporaine pas très reluisante. On avance ainsi à tâtons sans trop savoir et puis, petit à petit, la légèreté s'installe - elle n'a jamais vraiment disparue, finalement, mais se tenait en retrait le temps des nuages - et redonne vie à Philippe Manche. C'est lui, le protagoniste. Lui, qui va changer plusieurs fois de carrières au fil des tomes de la série, qui va rencontrer des personnalités improbables et attachantes - la palme revient, en ce domaine, au bouquiniste amoureux de littérature et de bons crus (Autant vous dire que ça donne des idées ! A quand le club de lecture et picole associées, je vous le demande ?). Lui qui nous transporte au fil d'une vie presque banale et pourtant hautement colorée : au fil de la Vie, avec un grand V.

Les gens honnêtes de Durieux et Gibrat (3 tomes), ed. Dupuis

 

perles et pirates.jpgSur ce, on quitte la vie quotidienne, on quitte les retraités et les chômeurs (ça a beau être dit sur le ton de l'humour, on a un peu envie de voyager quand même !) et on embarque sur le bateau pirate de la blague (vous avez remarqué, je finis toujours par caser un pirate ou deux par été, ni vu ni connu, j't'embrouille). Dans cette aventure rocambolesque - et surtout improbable - il est question, comme l'indique le sous-titre, de perles et de pirates. Oui, m'sieur dames. Mais de femmes pirates exclusivement, qui ne daignent pas accueillir d'hommes à leur bord, et qui terrorisent des flottes entières de britanniques armés. Des femmes qui ne tiennent pas l'alcool, qui font parfois n'importe quoi mais finissent par sauver des familles esseulées, c'est ti pas beau ? Il est aussi question d'un gouverneur au costume grotesque (je n'en dis pas plus car j'ai franchement ri à la lecture de cette idée géniale), d'une armée qui ne sert à rien, d'un père un poil indigne et, bien évidemment, d'un trésor qu'il faut absolument trouver grâce à soixante-quinze indices disséminés aux quatre coins du globe. C'est frais, c'est fin (c'est très fin, ça se mange sans faim), ça renverse les codes du récit de piraterie - ce qui n'est pas dégueulasse à l'occasion, et c'est d'une drôlerie telle qu'à plusieurs reprises, je n'ai pas pu m'empêcher de rire comme une baleine. Que du bon !

Perles et pirates de Zaoui et Clotka, ed. Casterman

 

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter d'excellentes lectures et tranches de rire, en compagnie des indispensables lunettes de soleil, éventail et mojito. En d'autres termes, bon mois d'août !

24/04/2015

Les 3 Fruits de Zidrou et Oriol

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Les 3 fruits de Zidrou et Oriol, Dargaud, 2015, 80p.

 

coup de coeur.jpgLe roi a eu tout ce dont il rêvait : une femme aimante et douce ; trois fils vaillants et une fille délicieuse ; un royaume paisible et prospère. Une seule chose lui échappe et qu'il désire pourtant conserver plus que tout : la vie. Car le roi est vieux et terrifié à l'idée de mourir. Cette peur viscérale le conduit à sacrifier tous les savants qui avouent leur impuissance face à l'inéluctable puis à accepter l'étrange pacte d'un mage inconnu en échange de la vie éternelle : manger la chair du plus courageux de ses trois garçons. Afin de les départager, le roi les engage à partir dans une quête dont ils devront sortir vainqueurs. 

Zidrou, au scénario, signe une réécriture sombre et enchantée du mythe faustien. Tout se joue sous le signe des contrastes : à l'ignominie hallucinée du roi s'oppose la lumière et l'amour sans faille de la mère pour ses fils ; aux archétypes parentaux - le yin et le yang en somme - se dessinent les nuances des enfants : chaque fils, et surtout le plus jeune, propose un portrait entre l'orgueil d'être le meilleur et une démarche sincère à l'égard de la quête. Et que dire de la fille qui reste longtemps dans l'ombre, veille et attend pour mieux apparaître comme celle qui maintient et réunit lorsque tout s'effondre ? La toute fin m'est restée particulièrement opaque, néanmoins. Je n'ai pas su comment interpréter la réaction des frères. Je laisserai chacun s'en faire son avis, curieuse de le lire ensuite.

Quant à Oriol au dessin, il m'a séduite au plus au point et c'est à lui que je dois sans conteste mon coup de cœur. J'ai flashé pour ce graphisme contrasté, indécis, d'une grande nervosité qui imprime au conte de Zidrou cette puissante ambiance macabre et onirique. Au fond, on ne sait trop si l'on a affaire à un univers fantasmé ou au contraire à un univers profondément organique. Sans doute les deux, d'ailleurs et c'est la forme du dessin merveilleusement expressif d'Oriol de nous embarquer dans mille territoires qui tous cohabitent sous nos yeux.

Voilà donc deux auteurs de BD au service d'un album qui se dévore et s'admire (il m'arrive souvent depuis ma lecture de rouvrir l'ouvrage pour le plaisir de me replonger dans la beauté du graphisme, c'est dire !). Quelle ne fut pas ma déception, par contre, lorsque j'ai découvert que la précédente collaboration d'Oriol et Zidrou, La peau de l'ours, n'était pas du tout dans la même ambiance à tous points de vue... J'ai voulu le tenter malgré tout mais le charme n'a absolument pas opéré comme avec Les 3 fruits. J'en resterai donc à ce titre pour l'instant, en espérant un prochain dans le même esprit !

 

Les 3 fruits planche 1.jpg

Les 3 fruits planche 6.jpg

 

 

le mois belge.jpgLe mois belge d'Anne et Mina, édition 2015

Rendez-vous autour d'une bande-dessinée

4eme lecture