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20/02/2014

La poésie du jeudi avec Joséphine Bacon

Poésie jeudi.jpgPour ce nouveau jeudi poétique, je vous propose la découverte de Joséphine Bacon, poète innue et québécoise. Sa poésie, qu'elle écrit dans les deux langues français et innu, s'imprègne de sa culture amérindienne d'origine. Ainsi le titre du recueil dont est extrait le morceau d'aujourd'hui, Bâtons à message / Tshissinuatshitakana, publié en 2009, évoque les repères marqués qui permettaient aux nomades de s'orienter dans les terres sauvages et de retrouver leur voie. En l'occurrence, et par un joli parallèle aussi métaphorique qu'homophonique, c'est la voix de sa nation que Joséphine Bacon propose de retrouver à travers l'écriture littéraire.

Belle découverte et bon jeudi poétique à tous !

 

 

Le Nord m’interpelle

 

Ce départ nous mène
vers d’autres directions
aux couleurs des quatre nations :
blanche, l’eau
jaune, le feu
rouge, la colère
noir, cet inconnu
où réfléchit le mystère.

Cela fait des années que je ne calcule plus,
ma naissance ne vient pas d’un baptême
mais plutôt d’un seul mot.

Sommes-nous si loin
de la montagne à gravir ?

Nos sœurs de l’Est, de l’Ouest,
du Sud et du Nord
chantent-elles l’incantation
qui les guérira de la douleur
meurtrière de l’identité ?
Notre race se relèvera-t-elle
de l’abîme de sa passion ?

Je dis aux chaînes du cercle :
Libérez les rêves,
comblez les vies inachevées,
poursuivez le courant de la rivière,
dans ce monde multiple,
accommodez le songe.

Le passage d’hier à demain
devient aujourd’hui
l’unique parole
de ma sœur,
la terre.

Seul le tonnerre absout
une vie vécue.

 

 

30/01/2014

A la grâce de Marseille de James Welch

A la grâce de Marseille.jpg
A la grâce de Marseille de James Welch, ed. Albin Michel, coll. Terres d'Amériques, 2001, 467p.

 

Charging Elk, jeune lakota à la stature imposante et la peau brune, grandit en même temps que l'émergence des réserves sur sa terre ancestrale. Tandis que ses parents acceptent de vivre comme les wasichus, lui s'échappe avec son compagnon Strikes Plenty pour vivre au Bastion, ce coin de nature sauvage où vivent encore quelques membres dissidents de son peuple. Mais cette vie libre n'a pas que des joies : le quotidien est dangereux, la nourriture rare et les hivers rudes. Tandis que Strikes Plenty décide donc de réintégrer la réserve pour s'établir et se marier, Charging Elk est engagé dans la troupe du Wild West Show de Buffalo Bill et part avec d'autres lakotas pour le vieux continent. Pendant plusieurs semaines, il va rejouer la chasse au bison ou les combats contre les cowboys ; toutes ces scénettes qui deviendront autant de clichés de "l'Indien". Cette vie s'arrête net un jour qu'il chute de cheval à Marseille car atteint par la grippe, et se blesse. La troupe du Wild West Show quitte la ville et le laisse seul, à l'hôpital, sans une seule connaissance - pas même celle de la langue - dans ce pays inconnu. Cet évènement, sur lequel début le roman, est le virage radical d'une vie qui devra dorénavant se jouer entre le vieux port et les quartiers animés du sud de la France. Chaque rencontre que fera Charging Elk influera sur son évolution chaotique, souvent faite d'embûches mais aussi d'instants de douceur.

 

Buffalo_Bills_Wild_West_Show,_1890.jpg
Buffalo Bill Wild West Show (1890)

 

Après avoir exploré l'Histoire Blackfeet aux prises avec les colonisateurs dans Comme des ombres sur la terre, James Welch fait ici le voyage inverse et projette son héros amérindien sur le vieux continent où tout lui est différent. Charging Elk est l'étranger par excellence. Le choc des cultures est total. Même les personnages qui tâchent de l'aider ont tendance à voir toujours en lui ce "sauvage en voie de disparition". Charging Elk est comme un animal exotique : il était passionnant lorsque observé depuis un gradin de spectacle mais terrifiant dès qu'il se balade librement dans les rues. Dans ce roman, Welch nous invite à réfléchir sur cette dichotomie entre connu et étranger, sur le rejet et la possibilité d'une intégration. Au delà d'une histoire amérindienne (qui lui a été inspirée lors d'une dédicace en France par un de ses visiteurs dont la grand-mère était amérindienne), il s'agit d'une histoire universelle et plus que jamais d'actualité. On le voit bien ici, l'intégration se révèle difficile tant du point de vue de Charging Elk qui peine à se plier à de nouveaux modes de vie sans pour autant perdre son identité, que du point de vue des marseillais divers et variés qui éprouvent toute une gamme d'opinions - du rejet à l'affection - mais qui, quoiqu'il en soit, ne le considèrent jamais comme leur égal. C'est ce regard supérieur qui fera souvent chuter Charging Elk bien plus durement que justifié. Sa "sauvagerie", son incompréhension, loin de fonctionner comme des circonstances atténuantes sont souvent aggravantes.

Progressivement néanmoins, il apprend à vivre au contact de cet Ancien Monde. Il n'a plus honte d'être lui-même, il apprécie les nouveaux espaces. D'autant qu'il a l'intime conviction que son monde de jadis n'existe plus. Il s'agit pour lui de se créer son propre monde, d'opérer une sorte de syncrétisme duquel peut émerger une nouvelle existence. Malgré de nombreux épisodes sombres, le roman est finalement poignant et plein d'espoir. Il existe toujours l'opportunité d'un aboutissement ; le cheminement n'est jamais vain. C'était déjà sur cette note que se terminait Comme des ombres sur la terre. En finissant ce nouvel opus, James Welch me fait vraiment l'effet d'un romancier pour qui l'exploration du passé, sa connaissance, sert avant tout à un nouveau souffle d'avenir. Ce n'est pas nostalgie ou ressassement mais plutôt lumière pour avancer vers de nouvelles perspectives.

Bref, malgré un petit bémol car j'ai trouvé le début un peu long - l'histoire met un moment à démarrer vraiment - c'est là un roman que je vous encourage vivement à découvrir si ce n'est pas déjà fait ! Pour ma part, je ne compte pas arrêter là l'exploration de son œuvre !

 

Challenge améridiens.jpgChallenge Amérindiens

13eme lecture

 

 

 

 

challenge US.jpgChallenge USA chez Noctenbule

9eme lecture

 

 

 

 

21/01/2014

Frenchman de Patrick Prugne

frenchman-couv.jpg
Frenchman de Patrick Prugne, ed. Daniel Maghen, 2011, 76p. (+ une quinzaine de pages de croquis préparatoires)

 

coup de coeur.jpgEn 1803, Bonaparte cède la Louisiane aux jeunes États-Unis. A cette occasion, des régiments français sont envoyés à La Nouvelle Orléans parmi lesquels le jeune paysan Alban Labiche, enrôlé de force après une magouille du comte local. Au débarquement, il s'insurge contre un homme prêt à battre injustement son esclave noir et le tue. Le soir même, tandis qu'il est prisonnier, un frenchman - c'est ainsi qu'on désignait les acadiens (canadiens français) réfugiés aux États-Unis après la cession des territoires canadiens du nord et de l'est aux britanniques - le sauve. La tête d'Alban est alors mise à prix. Les deux hommes entament un périple pour remonter à l'embouchure du Mississippi et du Missouri en vue de s'embarquer pour la célèbre expédition de Lewis et Clark dans le grand ouest. Ils sont suivis de près par trois chasseurs de prime. L'un deux n'est autre qu'un de ses amis, le fils du fameux comte local, qui souhaite racheter la magouille du père en ramenant Alban. C'est sans compter les Pawnees qui peuplent ses territoires sauvages et qui vont compliquer la tâche.

J'ai mis pas mal de temps à lire cette BD louée à la médiathèque (je ne suis pas trop d'humeur BD en ce moment, je crois) mais je ne regrette pas une seconde de finalement m'y être collée : j'ai eu un gros coup de cœur !! Non seulement pour la trame narrative très intéressante et l'arrière plan historique extrêmement juste et bien rendu, mais surtout pour le graphisme d'une grande beauté. Patrick Prugne travaille à l'aquarelle et livre des illustrations dignes d’œuvres d'art. Les nuances sont profondes et douces, les paysages grandioses. J'ai appris, en surfant sur le net pour en savoir plus sur l'auteur, qu'ils vendaient certaines de ses planches originales et je comprends complètement cette démarche quand on voit la qualité de son travail. J'ai également constaté qu'une suite de Frenchman intitulée Pawnee était sortie fin août 2013 et en commande à ma bibliothèque. En attendant de pouvoir la louer, je vais aller dévaliser les autres BD de l'auteur - pour lesquelles il a collaboré avec Tiburce Oger au scénario : Canoé Bay et la trilogie de L'auberge du bout du monde.

J'ai également beaucoup apprécié qu'une quinzaine de page en fin de volume soit consacrée au travail préparatoire : croquis, études de personnages, de couleurs, notes diverses. Le lecteur est ainsi plongé dans les coulisses de l'illustrateur, qui révèlent l'ampleur de la tâche et apportent encore plus de relief (s'il était besoin) au produit fini.

Pour résumer : A lire et surtout à admirer sans hésitation !
Je joins quelques extraits photos du volume pour vous donner l'eau à la bouche, même si je trouve, très franchement, qu'elles ne rendent pas totalement justice à la beauté du travail de Patrick Prugne. Allez plutôt le feuilleter en librairie ou biblio, si vous en avez l'occasion, pour achever de vous convaincre !

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Frenchman2.jpg

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Challenge améridiens.jpgJ'inclus du coup ma première BD dans Le challenge amérindien !
12eme lecture