Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/05/2012

Ce qui a dévoré nos coeurs de Louise Erdrich

ce-qui-a-devore-nos-coeurs.jpg

Ce qui a dévoré nos coeurs de Louise Erdrich, Albin Michel, 2007/Le Livre de poche, 2010, 343p.

 

Entendez-là chanter, cette voix qui appelle à la communion des âmes à travers les ans et les plaines. Entendez-là secrètement murmurer au rythme du tambour ancestral et laissez-là pénétrer en vous comme doit pénétrer tout chant qui porte le coeur de l'humanité. Fermez les yeux et laissez-vous transporter.

Ce chant jadis oublié dans un sombre grenier, c'est Faye Travers qui lui redonne lumière. Tandis qu'elle procéde à l'inventaire des biens de feu John Jewett Tatro, ancien agent du Bureau des Affaires Indiennes, elle découvre un tambour peint parmi une collection d'anciens objets ojibwés. Et ce tambour de lui souffler à l'oreille son chant magnétique dès lors que le regard de Faye se pose sur lui. Allant contre son éthique professionnelle, elle entend sa supplique : Ce tambour doit être rendu à son propriétaire véritable.
L'histoire glisse alors jusqu'à la voix de Bernard Shaawano et vers les limbes du temps jadis, dans le silence d'une veillée improbable. Où l'on nous conte l'histoire que porte le tambour et tout cet amour à la fois puissant et douloureux qu'il véhicule avec les années.

Comme beaucoup de très belles histoires, il faut être patient. La véritable douceur n'arrive pas tout de suite et il faut, dans ce cas précis, en passer par une première partie un peu longuette et anecdotique, qui nous gratifie de détails sur la vie sentimentale de Faye Travers qui n'apportent rien et dont on se fout éperduement. Mais une fois cela fait, si tu as suffisamment de foi en le talent de Louise Erdrich pour t'accrocher sur ces 120 pages, chers lecteurs, tu prends enfin le large du temps, entend la mélodie si délicate de l'auteur et rejoins les lointaines légendes ojibwés. Entre la modernité et les racines ancestrales, elle tisse de sa voix de conteuse, le pont des êtres, le corps des âmes et redonne aux passions toutes leur universalité poétique. Un monde toujours aussi riche et profondément touchant, un chant qui s'écoute et se boit sans mot dire, sans voir passer les heures avec l'impression émue de toucher quelque chose de juste.

 

"La vie te brisera. Personne ne peut t’en protéger, et vivre seule n’y réussira pas davantage, car la solitude, et son attente, te brisera aussi. Tu dois aimer. Tu dois ressentir. C’est la raison pour laquelle tu es ici sur terre. Tu es ici pour mettre ton coeur en danger. Tu es ici pour être engloutie. Et quand il adviendra que tu sois brisée, trahie, abandonnée, blessée, ou que la mort te frôle, autorise-toi à t’asseoir au pied d’un pommier et écoute les pommes tomber en tas tout autour de toi, gaspillant leur goût sucré. Dis-toi que tu en as goûté autant que tu as pu."

 

 

ojibwés,amérindiens,louise erdrich,tambour,légendes,mythesChallenge Amérindiens

Billet rétroactif 2

02/04/2012

Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse de Louise Erdrich

8ebca2ae4b48b47bed333ddb42f532f8-300x300.gif

Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse de Louise Erdrich, traduit de l'américain par Isabelle Reinharez, ed. Albin Michel, 2003 / Le livre de poche, 2009, 530p.

 

Réserve indienne de Little No Horse, Dakota du Nord. Le très vieux père Damien, témoin de vie des Ojibwés depuis le début du XXe siècle, pourvoyeur d'amour et d'une foi plus universelle que catholique, n'a jamais cessé d'écrire au Pape. Dans ces nombreuses missives, il a consigné tous les évènements "ordinaires et extraordinaires" du quotidien de la réserve ainsi que ces interrogations mais n'a jamais reçu aucune réponse. Jusqu'au jour où, à l'aube de sa vie, il reçoit la visite du père Jude Miller, en mission d'étude pour la sanctification de soeur Leopolda. A partir de leurs entretiens, et surtout de leur non-dits, va se dérouler sous nos yeux une série de mystères délicats comme autant de pétales qui s'effeuillent.

Etonnant roman fleuve que voilà qui ballotte mais surtout ravit le coeur du lecteur. L'histoire incroyable de Little No Horse se déploie en longues ramifications poétiques aussi savoureuses que complexes tant se joue une multitude de détails et de personnages. C'est vrai, il n'est pas du bois des romans facilement lus et oubliés mais tient plutôt de ces pages magnifiques et fouillées que l'on égraine avec lenteur jour après jour. Louise Erdrich compose la symphonie d'un univers lumineux où l'amour, coeur vivant du propos, est servi par une langue musicale aux accents divins.

Eblouissant travail d'écrivain, ce roman brasse l'émotion et la vie à pleins mots, et transcende toutes ces notions qui trouvent enfin ici un sens, bien loin des dogmes sclérosants : L'abnégation, le pardon, la rédemption, l'amour. Comme dit si bien le père Damien : Qu'est donc la totalité de notre existence sinon le bruit d'un amour effroyable ?

 

*

 

amour,foi,miracles,dakota du nord,etats-unis,usa,prêtre,soeurs,indiens,ojibwés,légende,histoire,damien,kapshaw,secretChallenge Amérindiens

Billet rétroactif 1