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28/01/2014

Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig

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Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig, précédé de Amok et suivi de La Ruelle au clair de lune, Le livre de poche, 2007 [1922], 188p. (Lettre d'une inconnue en compte une soixantaine)

 

coup de coeur.jpgLe jour de son quarante-et-unième anniversaire, un célèbre écrivain reçoit une mystérieuse lettre. Près de vingt feuilles sans adresse ni signature. Seule une épigraphe : A toi qui ne m'a jamais connue. Saisi par l'étonnement, il découvre alors le flot d'une passion folle - au sens propre d'une terme - d'une jeune femme qu'il a connue par trois fois mais que jamais il n'a reconnue ni aimée. Elle lui écrit au lendemain du décès de son jeune fils. C'est ainsi qu'elle commence sa lettre et ainsi qu'elle en rythmera régulièrement le souffle. Elle déverse tout son amour contraint, secret. Comment elle a connu cet écrivain lorsqu'il emménagea en face de chez elle alors qu'elle avait treize ans. Comment elle se donna à lui à dix-huit. Enfin, comment ils eurent à nouveau une nuit de passion dix ans plus tard. Entre temps, sa passion n'eut jamais de failles et c'est l'élan puissant qui la portait vers lui qui dicta toute son existence. 

Je n'ai pas tout adoré de Zweig même si sa finesse psychologique et sa délicatesse sont sans égales. Il m'ait parfois arrivé de trouver qu'il évoquait une conception de l'amour obsolète et qui, du coup, souffrait d'un peu trop de niaiserie à mes yeux contemporains (c'était le cas dans le recueil L'Amour d'Erika Ewald et autres nouvelles que je chroniquais il y a quelques années). Mais lorsqu'il s'agit de la passion et de ses gouffres, il m'emporte toujours et me ravit. Lettre d'une inconnue prend place dans un recueil de trois nouvelles, composée d'Amok (la plus longue) et La Ruelle au clair de lune. Leur point commun (du moins, aux deux premières puisque je confesse ne pas avoir lu La Ruelle) est l'expression d'une passion obsessionnelle, délirante, maladive. Il n'est pas tellement question d'amour que d'une folie qui ravage et emporte tout sur son passage. J'avais assez peur de relire Lettre d'une inconnue, sachant que cette lecture qui m'avait fait connaître Zweig sur le tard avait été un véritable coup de cœur. On craint toujours de ne pas retrouver la même émotion, le même engouement. Mais encore une fois, la plume de l'auteur m'a baladée sans que je puisse décrocher de la nouvelle. Je l'ai lue comme l'écrivain anonyme lit la lettre dans le récit cadre, d'une traite, en apnée.

En parlant de cela, on retrouve dans cette nouvelle une construction similaire à celle d'Amok : un récit cadre, donc, qui ouvre et ferme le développement de la nouvelle et lui sert d'écrin. A l'intérieur, le récit rétrospectif d'une âme maladive, torturée par une passion trop grande pour elle et sans partage, rythmé par une série de leitmotiv qui font ressentir pleinement au lecteur le ressassement passionnel. Une construction extrêmement bien rodée donc, mais qui fonctionne à merveille grâce à l'art de Zweig de ciseler les consciences et de comprendre la nature humaine fragilisée comme personne.

Décidément, cette relecture me confirme que Lettre d'une inconnue reste dans mon panthéon des œuvres parfaites, émouvantes et délicates.

 

 Lu en lecture commune avec Manu que je vais lire de ce pas ! 

 

challenge-zweig.jpgChallenge Zweig chez Métaphore
3eme lecture

 

 

 

 

 

 

challenge-des-100-livres-chez-bianca.jpgChallenge Les 100 livres à avoir lus chez Bianca
10eme lecture

06/01/2014

Un coeur simple de Gustave Flaubert

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Un cœur simple de Gustave Flaubert, extrait de Trois Contes, 1877
Lecture numérique

 

Un coeur simple ou une petite centaine de pages pour suivre l'existence étonnamment pathétique et pourtant douce de la simple Félicité. Orpheline très tôt et séparée de ses sœurs, elle vivote comme servante dans des familles peu scrupuleuses et éprouve des sentiments qui ne sont jamais partagés. Elle rentre enfin au service de Madame Aubain chez qui elle restera toujours. Elle s'occupe de toute l'intendance et des deux enfants, Paul et Virginie. Félicité est celle qui vit dans l'ombre. Même lorsqu'elle agit en héros, elle n'en a pas conscience. Elle fait ce qui est à faire, vit au jour le jour sans jamais une arrière pensée ni une tergiversation. Elle n'est pas stupide ; elle vit simplement toujours au premier degré dans cette naïveté tantôt fraîche tantôt pitoyable. A cause de son grand cœur qui ne cherche pas plus qu'il ne voit, on la roule parfois dans la farine. On la traite parfois comme un meuble, sans aucun égard pour sa douleur ou sa santé.
Malgré tout, Félicité continue. Dans sa solitude, elle découvre Dieu puis un perroquet et va nourrir pour tous deux un même mysticisme, un même amour fervent, jusqu'à les confondre dans ces vieux jours en un Saint Esprit chatoyant.

Pour une fois, Flaubert ne fait pas preuve d'ironie. Il ne faut pas voir dans ce coeur simple la moquerie condescendante des esprits sans fioriture. Ce serait bien mal connaître Flaubert qui fustigeait au contraire cet esprit petit-bourgeois dogmatique. Il offre le destin sans fard de ceux qu'on ne voit jamais, qui passe sans jamais être saisis. L'hommage se joue dans la prose délicate qui mêle l'héroïsme au profond pathétique.
J'ai été particulièrement émue de cette existence - et au fond, de cette force vive dont fait preuve celle à qui la vie ne sourit jamais vraiment. Une belle découverte classique, encore une ! Décidément, s'occuper un peu de sa PAL a vraiment du bon !

 

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Un coeur simple de Marion Laine avec Sandrine Bonnaire et Marina Foïs


Challenge XIX.jpgChallenge XIXème chez Fanny, dans le manoir aux livres
3eme lecture

26/12/2011

L'Amour d'Erika Ewald et autres nouvelles de Stefan Zweig

Je suis tombée amoureuse de Zweig dès ma première lecture, qui s'est faite, il faut bien le dire, sur le tard. Lettre d'une inconnue et La confusion des sentiments m'ont littéralement et littérairement enchantée. Néanmoins, j'ai décidément un problème avec les livres qui parlent d'amour, et j'avais trouvé dans Vingt-quatre heures de la vie d'une femme un sentimentalisme un peu empoulé et démodé qui m'avait malheureusement ennuyée.

Et pour le coup, le présent ouvrage ne déroge pas à cet ennui bien subjectif.

 

 

 

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L'Amour d'Erika Ewald et autres nouvelles de Stefan Zweig, le livre de poche, 179p.

 

 

Publié en 1904 (et traduit en français en 1990), ce recueil fait partie des premières oeuvres de Zweig. Il se compose de quatre nouvelles de tailles inégales avec le point commun de brosser l'amour au sens large.
Dans les deux premières, il s'agit plutôt du sentiment amoureux avec tout ce que cet élan très humain implique d'illusion, de flammes, d'idéalisme et de tragique.
L'amour d'Erika Ewald expose la passion d'une jeune professeur naïve et chaste pour un musicien qui ne saurait sacrifié son art à aucun amour. Où il est question d'abnégation, de tension entre des sentiments purs, entiers et romantiques et le gouffre du désir qui ne souffre pas de refus.
Dans L'Etoile au dessus de la forêt, c'est cette fois un jeune serveur qui s'éprend en secret d'une femme inaccessible, et ça finit mal.

Les deux suivantes s'attachent plutôt à l'amour de Dieu.
Étonnant petit morceau, on retrouve dans La marche la journée d'un fervent croyant pour rencontrer Jésus à Jérusalem. Il le rate pourtant pour céder à un désir absolument pas transcendant et ignore du coup que son prophète tant aimé vient d'être crucifié.
Les prodiges de la vie, enfin, plus longue nouvelle du recueil (plus de 90 pages) plonge dans l'Anvers de la renaissance. Truffé de références historiques, artistiques et évidemment religieuses, le texte brosse la peinture d'une vierge à l'enfant à travers les questionnements mystico-picturaux de l'artiste et l'éblouissement mystico-maternel de la belle et jeune modèle.


Je fais, s'il était besoin de le préciser, un bilan assez mitigé de cette lecture. Je se saurais nier les qualités stylistiques de Zweig et cette capacité qui me fascine tant chez lui à sonder l'âme humaine avec une acuité et une tendresse si virtuose. On sent un amour profond de ses personnages, comme une délicate précaution à leur égard tout en ne faisant aucune concession à leurs élans paradoxaux et sans gloire, notamment dans La marche ou Les prodiges de la vie. Ce sont d'ailleurs les deux nouvelles qui m'ont le plus intéressée par ces raisons là - et parce qu'elles parlent le moins de sentiment amoureux.
Car, la conception de l'amour qu'expose l'auteur ici souffre d’obsolescence. En d'autres termes, ça a mal vieilli. Aussi, je n'ai pas du tout réussi à accrocher à ces mièvreries passionnées et cette fameuse délicate précaution que Zweig prend à l'égard des personnages, alors même qu'ils sont ridicules, n'a réussi qu'à me les rendre d'autant plus grotesques. Erika Ewald est d'une platitude accablante au point que je n'ai pas même réussi à la prendre en pitié. Un peu de fierté, que diable, au lieu de s'étaler ainsi qu'une serpillère au nom d'une passion de roman à l'eau de rose, raaaah.

Bref, je ne suis pas très bonne cliente de ces affaires amoureuses datées. Ce livre là ne restera pas parmi mes coups de cœur de Zweig mais je ne doute pas, bien sûr, qu'il en passionnera d'autres.

 

challenge-zweig.jpgChallenge Zweig chez Métaphore

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