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08/11/2013

Concerto pour la main morte d'Olivier Bleys

 

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Concerto pour la main morte d'Olivier Bleys, ed. Albin Michel, 2013, 234p.

 

Quatrième découverte de cette rentrée littéraire avec un voyage musical en Sibérie!
Olivier Bleys nous emmène dans l'obscure hameau de Mourava ou règnent la solitude et la vodka. A peine quelques maisons délabrées, la vacuité des jours sans travail - sauf pour l'épicier et le bistrotier - et une saleté incessante que Vladimir Golovkine s'emploie à nettoyer. Il aspire à s'en aller. La compagnie des grands espaces ne lui suffit plus ; à son âge avancé, il veut enfin voir le monde. A cette aventure ratée, car il se fait piteusement refouler de l'avant-dernier bateau de la saison, va se substituer une toute autre aventure : héberger un étranger fraîchement débarqué, visiblement perdu à tous points de vue. Colin Cherbaux, qui devient Kolincherbo dans la bouche de Volodia, est un pianiste assidu mais médiocre et surtout paralysé par le trac. Il espère trouver dans sa retraite impromptue au pays de nulle part une solution à sa main droite paralysée dès qu'il joue le concerto n°2 de Rachmaninov. De cette tentative désespérée va naître une relation amicale teintée de drôlerie où chacun des deux hommes apportent à l'autre l'opportunité d'une renaissance : Ce qu'il faut pour partir pour l'un ; ce qu'il faut pour rester pour l'autre.

Concerto pour la main morte se lit comme on écouterait un morceau de piano : une même facilité aérienne, jubilatoire pourtant pointue et poétique. Cette écriture musicale nous livre une parabole de la quête de soi - qui suis-je et qui ai-je vraiment envie d'être ? - dans les grands espaces de la Sibérie profonde. Aussi hostile que magnifique, pleine de déchéance alcoolique comme de surprises au détour d'un bois, elle est le théâtre parfait pour brosser l'ambiguïté des hommes et mettre à nu leur complexité cachée. Après tout, la forêt n'est-elle pas l'endroit des contes, où se trament tous les caractères fous et typiques qui débloquent les malédictions ?!
Ce Concerto est une vague qui fait rêver, à l'envers. De l'incompréhension, de ce dernier chiffre 7 -magique lui aussi- pour aboutir au numéro 1, du départ vers l'inconnu jouissif, on se laisse griser par la langue, le voyage, les incongruités et les notes de piano qui résonnent autant sur les pages que dans l'esprit amusé. Il n'en faut pas plus pour faire un bon livre ; en même temps voilà un cocktail déjà plus que savamment distillé (et à consommer avec moins de modération que la vodka artisanale de Sergueï).

Merci Anne pour ce livre voyageur ! Et par ici son chouette billet qui m'avait donné l'eau à la bouche !

 

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Naufrage - Yro (2007)
Source

 

challenge-des-notes-et-des-mots-4.jpgPar la même occasion, je valide une 2eme lecture pour son challenge Des mots et des notes

 

 

 

 

 

 

rentrée littéraire 2013.jpgEt une 4eme pour le challenge 1% de la rentrée littéraire 2013 chez Hérisson

07/11/2013

La poésie du jeudi avec Arthur Rimbaud

Poésie jeudi.jpgPour ce nouveau rendez-vous poétique grâce à Asphodèle, je voudrais vous faire partager un poète qui m'a beaucoup marquée pendant mes années universitaires : Arthur Rimbaud. Pendant mon adolescence, je l'ai plutôt fréquenté de loin. Il faut dire que son génie est aussi ébouriffant qu'il est souvent obscur au lecteur. Et puis, à l'université, j'ai eu la chance d'avoir un professeur de XIXème fantastique, de ses profs qui vous font vivre la littérature. Il déclamait régulièrement des poèmes avec une fougue et un emportement qui m'a définitivement fait comprendre que si l'on ne comprend pas toujours tout aux vers, ils sont avant tout une musique à l'oreille et à au cœur. Et cela saisi, j'ai eu un coup de foudre pour Arthur Rimbaud, poète par excellence des sensations et des folies de l'être.

Voici donc un de ces poèmes déclamés, extrait des merveilleuses Illuminations rimbaldiennes. Je serais infoutue d'en expliquer la moindre signification - bien que le professeur nous en ait sûrement donné quelques pistes - mais j'ai encore le souvenir vivace de l'instant magique où je l'ai entendu pour la première fois et où je me suis dit qu'il y avait là la quintessence de la vie et de la littérature (ce qui, n'est-ce pas, est un peu un pléonasme)

 

À une raison


Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et commence la nouvelle harmonie.

Un pas de toi, c'est la levée des nouveaux hommes et leur en-marche.

Ta tête se détourne : le nouvel amour ! Ta tête se retourne, — le nouvel amour !

« Change nos lots, crible les fléaux, à commencer par le temps », te chantent ces enfants. « Élève n'importe où la substance de nos fortunes et de nos vœux», on t'en prie.

Arrivée de toujours, qui t'en iras partout.

 

*

04/11/2013

Adieu Gloria de Megan Abbott

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Adieu Gloria de Megan Abbott, ed. Le Livre de Poche, 2012, 230p.

 

La narratrice, dont on ne connaîtra jamais l'identité, est une jeune fille d'une vingtaine d'années. Elle oscille entre des cours de compta le matin et un petit job sans envergure dans une boîte de nuit grâce au piston de son père. Très rapidement, les patrons lui demandent de trafiquer les chiffres, ce qu'elle fait sans rechigner : elle sent l'opportunité d'avoir plus que cette vie rangée et médiocre qui ne lui convient guère. L'arnaque est repérée par Gloria Denton, LA femme fatale. Élégante, riche et surtout vénéneuse, elle contrôle la plupart des entreprises criminelles du secteur pour les parrains du milieu. Mais c'est surtout la jeune comptable qui est repérée par Gloria : il est temps pour elle de former sa future héritière. La jeune comptable devient donc jeune pouliche, apprentie criminelle de haute volée, moulée dans de beaux tailleurs et formée à rester impassible et sans concession. Le plan fonctionne à merveille jusqu'à ce qu'elle tombe entre les pinces d'un joueur certes minable mais au pouvoir de séduction certain. La relation symbiotique entre le maître et l'élève se fissure dès lors dangereusement.

J'ai découvert Megan Abbott avec la lecture d'Absente en janvier dernier. J'en étais restée sur une lecture en demi-teinte, reconnaissant les qualités littéraires de l'auteur et son excellent rendu de la décennie 50-60's mais souffrant d'une comparaison avec le Dahlia Noir pour ce titre là. J'étais donc curieuse de lire un autre de ses romans, qui écarterait toute comparaison. Malheureusement, je me retrouve devant le même constat qu'il y a quelque mois. Je suis toujours admirative de son phrasé, de son style. En outre, le fait de ne pas marquer précisément l'époque, la ville, ni même l'identité de la narratrice tend à mythifier cette Amérique des gangsters classieux, pleins de flegme et de violence malsaine. D'autant que les gangsters ici sont des femmes. Particulièrement belles et vénéneuses, elles mènent la danse et ne s'en laissent pas compter par les hommes. Elles ne sont pas ses petites dindes mielleuses et facilement dévergondées que l'on retrouve souvent dans le polar noir où l'homme tient la tête d'affiche. Megan Abbott joue brillamment avec les codes du polar noir, tantôt pour les rendre vivants à la virgule près, tantôt pour les déjouer avec un panache tout féministe. Néanmoins, soyons clairs, Gloria Denton et sa pouliche ne relèvent pas tellement le niveau de leurs collègues masculins : la manipulation, la cupidité et le sang restent les maîtres mots même dans le corps de beautés hollywoodiennes.

Cela étant dit, encore une fois, je suis passée à côté ! Et puisqu'ici, il n'est pas question de comparaison avec une autre œuvre qui m'avait marquée, qu'au contraire j'adore ce genre policier, je ne comprends absolument pas ce qui m'a fait rester en dehors du roman. Je n'ai pas accroché ni à l'ambiance, ni aux personnages. D'habitude, ce qui m'accroche avec les policiers de cette époque, c'est un mélange de détestation et de fascination. Ici, je n'ai pas connu ce mélange particulier d'émotions. Je n'ai pas vibré, ni fascinée, ni rebutée. L'ensemble m'a fait l'effet d'un très belle exercice de style, poli et précis mais un peu lisse. Je crois que c'est ça : j'ai éprouvé un manque d'aspérité. Ce petit plus qui fait tilt.

Mais très honnêtement, je cherche la petite bête pour exprimer mon manque d'adhésion car objectivement, je trouve que c'est un bon polar noir. Allez savoir pourquoi, parfois, on passe complètement à côté de ses lectures !

 

2061720019.jpgChallenge Polar Historique
5eme lecture





challenge US.jpgChallenge US chez Noctenbule
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