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27/09/2014

Oscar et la dame rose d'Eric-Emmanuel Schmitt

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Oscar et la dame rose d'Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, 2002, 100p.

 

coup de coeur.jpgOscar a dix ans et il va mourir : Son cancer, qui lui vaut d'être surnommé Crâne d’œuf a l'hôpital des enfants, ne semble pas vouloir s'en aller malgré les opérations. Oscar sait qu'il va mourir et il déteste qu'on le lui cache ou comme s'il était quelqu'un d'autre. Il ne comprend pas que ses parents ou les médecins marchent sur des œufs avec lui. La seule personne a qui il peut s'ouvrir sans entrave et qui lui répond avec une décapante sincérité, c'est Mamie-Rose. Elle est une des dames roses de l'hôpital, chargée d'apporter un peu de gaité aux enfants. Elle fait mieux que ça avec Oscar : elle lui apporte de la compréhension, de la franchise, beaucoup d'humour (après tout, Mamie-Rose est une ancienne catcheuse qui n'a pas la langue dans sa poche) et surtout, de bonnes leçons de vie. Mamie-Rose, c'est tout simplement Socrate ou Sénèque entre le ring de catch et la quiétude d'une église. Car il importe deux choses à Oscar : comprendre que vie et mort ne font qu'un ; tout est renouveau, et que la peur s'envole avec la confiance et la joie ; tant que le présent est vécu intensément. C'est cela qu'il va comprendre grâce à Mamie-Rose et ce subterfuge qu'elle lui suggère d'écrire à Dieu et de vivre dix années en un jour. Au fil des lettres, Oscar s'ouvre et finalement, la mort ressemble à un commencement.

Je ne vais y aller par quatre chemins : mea culpa. Pendant pas mal d'années, E.E.Schmitt était, dans mon esprit, un écrivain dont on faisait beaucoup de foin pour pas grand chose - comprendre par là : je m'amusais à le mépriser cordialement sans en avoir jamais lu une ligne. Et ben voilà, j'ouvre un livre de lui et c'est le coup de cœur. Ça m'apprendra à péter plus haut que ma paire de miches. Pour la peine, je me fouetterai pendant dix jours avec des feuilles de blettes.

Oscar et la dame rose est un magnifique petit traité philosophique et métaphysique à l'usage des jeunes ados. Sous forme d'un dialogue imaginaire par lettres interposées, il s'agit de cheminer vers l'acceptation de la mort et vers une nouvelle vision de celle-ci. S'inspirant de ce que les philosophies antiques (et moins antiques) et les spiritualités de tous horizons ont conceptualisé et véhiculé à travers les âges, l'auteur nous invite à réfléchir sur la noirceur dont nous drapons un phénomène non seulement naturel mais qui donne tout son sens à notre existence. Et si nous envisagions la mort, non plus sous le masque d'un inconnu terrifiant mais sous le jour d'une nouvelle étape ? Ainsi, Oscar se sent-il plus en paix et souffre moins. Il profite de chaque instant qu'il lui reste et chaque jour devient une vie entière, pleine des rebondissements d'une aventure initiatique.
Il nous invite également à réfléchir sur le sens profond et, étymologique en quelque sorte, de la foi. Au fond, ce Dieu auquel écrit Oscar est avant tout l'incarnation presque métaphorique de la confiance et de la force qui doit nous habiter à chaque instant. Vivre sans confiance, est-ce vraiment vivre ?

Bien sûr, le lecteur adulte pourrait préférer se pencher directement sur la philosophie ou les écrits spirituels pour réfléchir sur ces questions (Tout est dans le questionnement sans fin, c'est Mamie-Rose qui le dit) mais franchement, il faut reconnaître le tour de force d'E.E.Schmitt de livrer sur un plateau aussi drôle, enlevé et brillamment mené des sujets aussi épineux et complexes pour de jeunes lecteurs.

 

10/06/2014

Waterloo Necropolis de Mary Hooper

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Waterloo Necropolis de Mary Hooper, Les Grandes Personnes, 2011, 314p.

 

coup de coeur.jpgGrace, 16 ans et sa soeur Lily, d'un an son aînée mais d'une simplicité d'esprit qui en fait sa cadette, vivent dans les bas-fonds du Londres victorien. Orphelines, elles subsistent en vendant du cresson dans la rue et rentrent le soir dans leur chambre miteuse de Seven Dials. Comment en sont-elles arrivées là ? Elles se destinaient pourtant à un avenir honorable, si ce n'est prestigieux, grâce aux formations de femme de chambre et d'institutrice dispensées dans un pensionnat. Elles s'en sont pourtant enfuies et le roman s'ouvre sur Grace, fille-mère d'un bébé mort-né, sur le quai du Waterloo Necropolis. Cet express mortuaire menait alors au nouveau cimetière en bord de ville. Sans argent pour payer un enterrement correct, Grace glisse son petit paquet dans le cercueil de Suzanna Solent. C'est lors de cet épisode qu'elle rencontre deux personnes cruciales pour son avenir, sans le savoir encore : James Solent, le frère de Suzanna. Jeune avocat ému par sa peine, il lui propose de l'aider si besoin. Grace gardera toujours sa carte et n'hésitera pas à se tourner vers James. Puis les Unwin, entrepreneurs de pompes funèbres véreux. Mrs Unwin propose à Grace une place de pleureuse d'enterrement, que celle-ci décline sur l'instant, terrifiée à l'idée côtoyer la mort comme un vautour. Mais de même, la carte de ce contact se révèlera salvateur sur bien des points...

Tout comme dans La messagère de l'au-delà, Mary Hooper ne donne décidément pas dans le sujet décontracté et très abordable. Après l'infanticide et la peine de mort, il est ici question de la misère terrible des londoniens à l'époque victorienne et de la corruption malsaine qui s'étalait à tous les étages de la société. Mary Hooper n'y va pas avec le dos de la cuillère, ne ménage pas son lecteur. A tel point que, si ce roman saura séduire un public adulte indulgent à l'égard des gentillesses de l'intrigue pour apprécier la pertinence historique et la crudité de certains faits, on peut se demander ce qu'en penserait un public plus jeune. Ce n'est tout de même pas évident à 12-13 ans de se retrouver plonger in medias res dans le récit d'une jeune fille de 16 ans tout juste accouchée, miséreuse, dans un train funéraire entourée du cercueils. Et encore, le récit ne va pas en s'arrangeant sur sa première moitié. Et pourtant, malgré ces incertitudes quant à l'adhésion du public auquel le roman est destiné, je me dis qu'il est justement bon de proposer des lectures de ce type. Des lectures qui ne sont pas là pour caresser dans le sens du poil ou pour faire croire encore au prince charmant (avec ou sans crocs). Merci, très franchement, à Mary Hooper de proposer une littérature ado de qualité, bouleversante, violente mais terriblement sensible et qui fait la part belle à l'Histoire.

 

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Car c'est peut-être bien la période victorienne la véritable protagoniste de ce titre, outre la douce et courageuse Grace et son attachante soeur. En lisant, il m'a semblé parcourir à nouveau les rues d'un roman de Dickens. Odeurs, bruits, couleurs dégagent une atmosphère fantomatique, grise et angoissante. Le brouillard plane bien souvent et le froid se fait mordant dans la chambre sans vitre ni couverture. Le carrosse vient même à passer en ville et Grace, éblouie, trouve le prince Albert si beau. Nous assistons également au deuil national qui envahit l'Angleterre après la mort du prince consort. Dans une affliction fortement invitée par la reine, le peuple s'habille de noir et plombe un peu plus l'hiver 1861.

Tout comme je l'avais déjà dit à la fin de La messagère de l'au-delà, indéniablement, on ressort un brin frustré en tant qu'adulte. On aimerait plus de consistance dans une intrigue qui s'avance cousue de fil blanc. Mais en même temps, le début du roman est si sombre ; je crois qu'il faut bien ce brin de happy end pour égayer le jeune public et ne pas le rebuter totalement. Après tout, Dickens lui-même n'a pas fait différemment dans son Oliver Twist.
Bref, encore emballée, encore un coup de coeur pour Mary Hooper, dont j'aime l'audace, la crudité sans concession et avec qui j'aime plonger dans des périodes historiques passionnantes. Foi de lectrice qui n'aime d'habitude pas la littérature jeunesse : c'est vraiment excellent !

 

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Le cimetière de Brookwood

 

 

Logo mois anglais2.jpgC'est parti pour le mois anglais de Lou, Titine et Cryssilda

1ere participation


LC Mary Hooper avec Titine, Malice, Mirontaine, Syl., Novelenn, Anne et George.

 

 

03/03/2014

La messagère de l'au-delà de Mary Hooper

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La messagère de l'au-delà de Mary Hooper, Les Grandes Personnes, 2012, 239p.

 

J'avais repéré Mary Hooper chez Bianca il y a quelques mois. Depuis, elle était restée patiemment dans un coin de ma mémoire, jusqu'à ce que je découvre le titre d'aujourd'hui et Waterloo Necropolis dans une librairie d'occasion début février. Ni une ni deux, je n'ai pas hésité une seconde à sauter le pas de la découverte !

La messagère de l'au-delà s'inspire d'une histoire vraie qui défie les lois de l'imagination !

Dans l'Angleterre de 1650, une loi particulièrement odieuse permet d'accuser d'infanticide toute femme victime d'une fausse-couche, accouchant d'un enfant mort-né ou dont ce dernier décèderait de la mort subite du nourrisson. La malheureuse est alors présumée coupable tant que son innocence n'est pas prouvée. Évidemment, peu de nobles ont souffert de cette loi qui touchait surtout les femmes de basse condition.

C'est donc d'infanticide que se trouve accusée la toute jeune Anne Green, quatorze ans. Servante dans la maison du seigneur Thomas Reade, elle se laisse avoir par les promesses fallacieuses du jeune maître Geoffrey et s'en trouve enceinte ; l'enfant pourtant n'arrivera pas à terme et elle accouchera d'un petit être à peine formé et sans vie à six mois de grossesse. Anne Green pense enterrer l'enfant dans un coin du domaine et cacher tout cela au reste du personnel. Malheureusement, elle est découverte et Thomas Reade apprécie bien peu que la réputation de son petit-fils soit salie par Anne. Dès lors, elle est emprisonnée puis jugée coupable d'infanticide malgré le témoignage d'une sage-femme. Sa peine est la pendaison jusqu'à ce que mort s'en suive, puis son corps sera légué à la science pour être disséqué. Ce qui devait être le point final d'une existence bien douloureuse est pourtant le théâtre d'un évènement hors du commun : Anne Green, sur la table de dissection, cligne des paupières et donne des signes de vie ! Incroyable mais vrai : la jeune Anne Green a survécu à sa pendaison !

L'auteur raconte dans une mini-note finale ce qu'on sait de cette affaire aujourd'hui et les hypothèses qui permettent d'expliquer ce "miracle" ; probablement une sorte de cryogénisation du cerveau due au grand froid le jour de l'exécution qui aurait évité à celui-ci d'être privé d'oxygène.
Supposition scientifique mise à part, Mary Hooper souhaite imaginer toute cette histoire du point de vue de la principale intéressée. C'est donc dans la pénombre de son coma que nous la retrouvons au début du roman. Elle ne comprend pas, alors, ce qui lui arrive, elle espère voir bientôt le paradis et craint l'enfer et surtout, elle se rappelle tout ce qui l'a conduite dans cette situation. Parallèlement, un autre récit s'écrit entre les souvenirs d'Anne Green : celui des médecins qui, pensant pratiquer une dissection, constatent peu à peu les signes de vie et tentent de la sauver.

Au-delà des qualités éminemment romanesques de l'affaire dont s'inspire Mary Hooper, elle nous propose également une plongée fascinante dans l'Angleterre inique, précaire, sombre d'Oliver Cromwell. Une période historique que je ne connaissais absolument pas et qui m'a vivement intéressée. L'auteure fait preuve d'un passionnant souci du détail pour un texte de littérature ado et donne vraiment envie d'en connaître plus sur les faits et la période explorés. En outre, elle ne ménage pas son lecteur et certaines scènes sont décrites de manière tout à fait réaliste, notamment celle de l'accouchement d'Anne Green dans les latrines de la laiterie. Si celle-ci ne choquera certainement pas un lecteur adulte, elle fera probablement forte impression sur un 12-13 ans.

Cela dit et malgré mon âge autrement plus avancé que la cible visée, j'ai vraiment adoré ce livre. Je l'ai dévoré goulument et j'ai tout simplement hâte de découvrir le titre suivant présent dans ma PAL. Bien sûr, il faut avoir conscience qu'on lit de la littérature pour ados lorsqu'on attaque ce livre. Cela évitera d'en espérer plus que ce qu'il ne peut offrir. Pour ma part, il est évident que j'apprécierais à présent en lire une version "pour adulte" qui, tant qu'à faire, ne s'arrêterait pas au réveil d'Anne Green mais ferait aussi la part belle à son existence postérieure de "messagère de l'au-delà". Quelqu'un aurait-il l'inspiration de s'y coller ? Avis aux écrivains de talent !

 

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challenge melange des genres.jpgChallenge Le mélange des genres chez Miss Léo

1ere participation pour la catégorie "Roman jeunesse"