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06/09/2011

Les soeurs Grimm de Michael Buckley

 

 

C'est officiel : je suis une gamine. Je glousse niaisement sous la couette avec le Petit Chaperon Rouge et c'est fantastique.

 

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Les soeurs Grimm de Michael Buckley, les 6 premiers tomes chez Pocket Jeunesse - le 7eme toujours pas paru en France, 2007-2009


 

 

Tout ce qu'on vous a fait croire sur l'imaginaire des contes de fées est faux. Clairement, on vous prend pour des billes, on vous endort : tout est VRAI. Les contes ne sont ni plus ni moins que des chroniques historiques parfaitement avérées et vous allez plonger en plein dedans avec cette série d'ouvrages pour jeunes ados.

Sabrina et Daphné sont deux soeurs ballotées de foyers en familles d'accueil depuis la mystérieuse disparition de leurs parents jusqu'à ce qu'une grand mère qu'elle croyait morte réapparaisse. Les filles découvrent en même temps que cette mamie Grimm une réalité totalement loufoque et terrifiante : tous les personnages de contes existent, se font appeler les Findétemps et habitent la bourgade de Port-Ferries depuis 200 ans. Oui oui oui. Et ce n'est pas rose tous les jours. C'est là que la famille Grimm rentre en jeu : enquêter sur les affaires suspectes impliquant des Findétemps.

Bon, à partir du moment où on a dépassé les 13 ans, il faut avoir garder une âme de gosse. Etant dans ce cas et ne décrochant pas des bouquins (même les ouvrages de la rentrée littéraire ne font pas le poids actuellement, c'est vous dire), je peux néanmoins reconnaître que certaines intrigues sont capillotractées (oui bon allez, toutes depuis que je suis dedans). Mais c'est tellement bon de vagabonder aux côtés des personnages qu'on a adoré pendant nos années couche culotte et de les découvrir sous un autre angle qu'on fait comme si de rien n'était sur ces petits côtés poussifs de la narration. Et demain, je vais me louer les 4 et 5eme tomes : je suis au taquet.

 

Pour les 9/13 ans (et les autres)

 

 

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02/09/2011

Autobiographie d'un fantôme et autres fictions d'Eva Almassy

 

 

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Autobiographie d'un fantôme et autres fictions d'Eva Almassy, L'école des loisirs, coll. Médium, 2007, 107p.

 

 

Telle est la malédiction de Madeleine Delande : dès qu'elle tente d'écrire, elle écrit sa vie et ses souvenirs. Elle se souvient de ci, de ça et elle n'en finit pas. Elle découvre pourtant un remède à cette tendance intempestive à l'autobiographie : porter des gants. Car les mains nues, ces lignes de vie s'impriment sur le clavier et sur l'écran, mais si elle porte des gants... 

"Madeleine Delande se rappela encore une fois les paroles de la comédienne. Mais c'est ça ! Il faudra mettre des gants. Dès demain, elle habillera ses mains pour écrire des histoires toutes différentes, avec des personnages qui ne lui ressembleront pas."

De cette idée lumineuse, Madeleine Delande entame une petite collection de gants et mitaines en tout genre. Des précieux, des anciens, des troués, des costaux et tous la mènent vers une histoire différente, en des temps et des lieux qu'ils inspirent au gré de leur bon vouloir.

Autobiographie d'un fantôme se déploie en petites nouvelles fantaisistes où il est question d'amour, de temps jadis et de jeux de langage.
Certains textes m'ont paru un peu simplistes.
D'autres, par contre, inspirent une jolie réflexion sur l'imagination et le travail de l'écrivain. La Lettre de René et la nouvelle "des gants noirs avec un petit trou à l'auriculaire de la main gauche" m'ont particulièrement plu pour les jeux de langue drôles et plein de finesse. Parfait pour faire comprendre allitération et assonance aux plus jeunes! Un texte qui plaira aux ado amatteurs d'écriture.

 

Pour les 9/13 ans

 



*

 

Extrait :

 

"Lettre de René, en e, ê, è, é...

 

Chère Thérèse,

Mes élèves préférées, Esther et Estelle, se ressemblent. Nées en été, elles pensent être éternellement en été.

Entre septembre et décembre, les rêves errent vers des fenêtres fermées. Esther et Estelle se désespèrent, se perdent en les ténèbres. Ces excellentes têtes s'emmêlent les pensées. Ensemble, elles reprennent les évènements réels - entendez : réellement rêvés - et créent de belles légendes. Permettez en exemple cette brève scène d'été.

L'herbe verte, les trèfles, le vent léger, le temps de fées.

Fête. Crème légère, crêpes, gelée, thé, pêches.

Venez, mes belles, venez, venez. Mettez les verres en cercle.

Esther sert le thé.

- Esther, dépêche! Prends ce mets.

- Semé?

- Ce mets. Ce dessert.

Berk. Esther déteste les crêpes, excepté celles de ces frères, Clément et Serge, experts en tendre crêpes dentelle de Brest. Rebelle elle cherche les prétextes, se défend des crêpes revêches. Elle serre le verre.[...]"

13/08/2011

Bliss de Shauna Cross

Autant vous l'avouer: la part d'ado en moi (peut-être plus développée que le laissent à penser mes châles et mon addiction pour le thé dans des tasses à fleurs) a les bouclettes en ébullition! Bénies soient les petites choses de la vie qui nous émoustillent comme à 17 ans. Bon, en l'occurence la petite chose est encore un bouquin, mais ça, c'est parce que je suis un indécrottable petit rat de bibliothèque. 

Tout n'était pourtant pas gagné : moi et la littérature ado, on a du mal à se comprendre. C'est pas faute de participer au groupe de lecture grands ado au boulot* pour améliorer mon inculture dans ce domaine et réviser mon point de vue. Mais jusque là, côté plaisir et satisfaction culturelle, c'était plutôt le désert de Gobi. Et là, bam, un roman qu'on me rapporte sans que j'ai pu le choisir fait office de révélation :

 

 

Bliss de Shauna Cross, Milan Macadam, 2011 (en VO, Derby Girl, Henry Holt and Co, 2007)

 

Toute ressemblance avec le titre d'un film dont je vous ai parlé dernièrement n'est pas fortuite. C'est d'ailleurs Shauna Cross qui a transposé l'histoire en scénario pour Drew Barrymore.

Je vais donc vous épargner une redite de l'histoire à base de Roller Derby très fidèlement retranscrite dans le film et me concentrer sur le fait que Bliss est fantastique! 

 

 

Ado Super Géniale au Top de la Coolitute (ASGTC)

Elle donne juste envie de revenir dix ans en arrière et d'être sa meilleure amie pour décrypter le monde avec le mordant de l'idéalisme en écoutant un bon vieux Velvet Underground. 
Parce que bien sûr, Bliss n'est pas de ces midinettes rose bonbon pour qui l'élection de Miss Bleuet et le conformisme sont une fin en soi. Elle est plutôt l'atypique dopée au rock qui emmerde les conventions et cherche à se tirer de son trou paumé - le tout avec une bonne dose d'intelligence et de lucidité histoire de parfaire le tout. 

Ce côté cinglant et rebelle est d'ailleurs beaucoup plus appuyé dans le livre tandis qu'Ellen Page en donne une interprétation plus flegmatique et discrète (ce qui explique sans doute que j'ai plus le coup de foudre pour le personnage du bouquin). Ici, Bliss s'assume pleinement (comprendre, à la limite de l'outrance et du mauvais goût) - Elle ne porte pas de lunettes et garde ses cheveux bleus, s'habille avec des collants opaques fluos agrémentés d'épingles à nourrices, se pointe en cours d'éco avec un tee-shirt customisé "Mr Smiley est mon Dieu". En un mot : la classe internationale!

 

Vas-y que je te croque

Elle excelle dans l'art de croquer son environnement et sa personne sans aucune concession et la narration étant à la première personne (narration extrêment bien maîtrisée), j'aime autant vous dire que ça dégomme sec. 
Petit morceau choisi d'une missive écrite à sa voisine de casier avec sa meilleure amie Pash - on devrait envoyer la même à toute les maniaques du string :

 

"Chère Lisa, 

Il a été porté à notre  connaissance l'exposition publique de votre postérieur à chaque passage devant votre casier. Que cette exhibition soit inconsciente, motivée par une recherche de courant d'air, ou par un désir de faire carrière dans l'industrie pornographique, elle doit cesser.

Vos camarades se trouvent forcés d'apercevoir vos dessous discutables et cette distraction n'a rien de plaisant. S'il est possible que vous preniez du plaisir à dévoiler votre string au reste du monde, le reste du monde n'a pas forcément envie de le voir.

Aussi nous vous prions instamment , Lisa, de rentrer le sparadrap qui vous sert de culotte et les fesses qu'il ne dissimule pas dans votre jean trop serré, et de nous épargner la nausée qu'il nous inspirent. 

Bien à vous,

La ligue de défense des strings maltraités."

 

 Et puis l'amour... 

Ah l'amour... Merci à Shauna Cross de ne pas être de ces mièvres écoeurantes. Comme quoi, on peut parler d'amour, de vrais sentiments, de pelottage de lycée et de coups de foudre avec une heureuse distance, sans s'empêtrer dans une guimauve boueuse (et Dieu sait qu'après plusieurs bouquins pour ado, c'est un message qu'il faudrait vraiment faire passer aux auteurs - ça et le fait d'arrêter les histoires de vampires/fantômes/loups garou et autres créatures paranormales à deux sesterces sauf si c'est fait avec génie).  

Exemple :

"On se met à parler. Enfin, presque. Je sais : sur le papier, c'est l'échange le plus stupide de l'histoire des conversations, mais, si on lit entre les lignes, la communication est profonde."

Ou bien

"J'ignorais totalement qu'un type pouvait être aussi tolérant vis-à-vis d'une fille poilue. Je l'imaginais déjà filer vers la sortie, pris de nausées. C'est juste Oliver, ou sont-ils tous aussi cool ? Bizarre : personne ne vous dit jamais ces choses là."

 

Vous l'aurez compris...

Ce livre m'a mis dans une joie toute bondissante et prépubère! Une vraie cure de rajeunissement! Je vais cependant m'arrêter là pour ne pas vous en faire risquer l'overdose. Mais n'hésitez pas à prendre Bliss sous le coude un de ces 4 si vous avez 3h à tuer, vous ne regretterez pas ce petit voyage dans le passé (avec ou sans les rollers).

 

PS : Point négatif de la traduction, les pseudo des derby girls. Franchement, Anna Gasaki et Dinah Mite, ça pue. Il aurait mieux valu garder les originaux. 

 
*Les volontaires des secteurs adultes lisent et commentent des romans grands ados au fil des publications pour orienter les acquisitions des autres collègues adultes et jeunesse du réseau