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01/11/2012

L'étrange disparition d'Esme Lennox de Maggie O'Farrell

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L'étrange disparition d'Esme Lennox de Maggie O'Farrell, ed. Belfond, 2008 - ed.10/18, 2010, 232p.

 

C'est l'histoire parfaitement intolérable d'Esme Lennox, jeune fille anticonformiste et fougueuse, internée à l'âge de seize ans dans un asile d'Edimbourg. Ignorée de ses descendants, elle semble y avoir été oubliée méticuleusement : ce n'est que soixante ans plus tard qu'Iris, sa petite nièce, découvre son existence en même temps que la fermeture de l'asile. Entre l'aïeule dont l'histoire rétrospective se déroule en flash sous nos yeux et la jeune femme, propriétaire d'une friperie à la vie privée chaotique, une relation pleine de silence, d'efforts et de compréhension muette va se tisser - tendue jusqu'à un dénouement qui n'est que le début d'une autre histoire.

Quelle bonne surprise que ce roman là ! Un grand merci à Clochette de me l'avoir offert lors de notre swap épistolaire. Voilà pourquoi j'aime ces petits échanges de surprises littéraires en tout genre : c'est toujours l'occasion de découvrir des livres dont on avait absolument pas idée et qui, finalement, nous ravissent parfaitement !
Dans l'ouvrage que voilà, trois voix nous sont données à lire - et presque à entendre tant elles sont fortes et touchantes. Esme, tout d'abord, se remémore son histoire comme elle l'a sans doute fait chaque jour de chaque année d'internement, pour ne pas s'oublier dans cet océan de folie où elle n'avait pas sa place. On découvre alors une petite fille des colonies gaie et pleine d'allant qui devient progressivement cette jeune fille en fleur sujet d'inquiétude et d'exaspération pour son entourage : il ne faisait pas bon être un esprit libre dans une famille anglaise traditionnelle au début du XXeme siècle.
Vient ensuite Iris, la petite-nièce. Avec sa vie indépendante, volontaire mais instable, elle apparaît d'emblée comme le pendant d'Esme, comme celle qui sera capable, doucement, de la comprendre.
Puis la voix de Kitty, cette soeur aînée atteinte aujourd'hui d'Alzheimer, dont les souvenirs sont confus et totalement désordonnés. Que s'est-il passé pour que Kitty clame qu'elle était fille unique et pour que son fils puis sa petite-fille en soient également persuadés ?
Ainsi se déroule, grâce à cette pluralité des voix féminines morcelées, intercalées à saut et à gambade - mais surtout à dessein -, le destin d'Esme Lennox. Personnage emblématique de bien des vies brisées à une époque où il suffisait d'un mot de généraliste sur demande d'un proche pour interner une femme gênante, on ressent tour à tour de la douceur, un vent de liberté, de l'indignation et une douloureuse empathie pour ces personnages. Maggie O'Farrell réussit en outre le tour de force de ménager un certain suspens tout au long de ces pages :  Ainsi, on les tourne avec une tendresse mêlée de stupéfaction et on se laisse glisser doucement vers cette fin ouverte, juste retour des choses.

 

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15/10/2012

Rose de Tatiana de Rosnay

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Rose de Tatiana de Rosnay, ed. Héloïse d'Ormesson, 2011 / Le Livre de poche, 2012, 250p.

 

Voilà une quinzaine d'année que Rose Cadoux, veuve Bazelet, observe inquiète les travaux qui ravagent sa ville. Car les boulevards larges et le Paris moderne du baron Haussmann se taillent une route au travers des anciennes maisons où jadis, des familles ont vécu et aimé, sans un regard sur ce passé. Or, Rose tient plus que tout à sa maison. Elle a promis à feu son mari qu'à aucun prix elle ne la laisserait détruire et elle compte bien tenir sa promesse. Aussi, le jour où la fameuse lettre arrive ordonnant le passage de la rue de Rennes au travers de la rue Childebert, signant ainsi la fin de son édifice chéri, elle entame une longue lettre à son époux. Elle y retrace avec douceur et nostalgie leur vie dans cette maison, la vie de leur quartier et le déroulement des travaux. Dès le début, on connait l'issue : Rose tiendra sa promesse et si la maison doit tomber, elle tombera avec.

Je vais être tout à fait franche avec toi, lecteur : Je ne suis pas partie avec un excellent a priori de Tatiana de Rosnay. Un certain nombre de bons amis à l'esprit critique averti m'avait brieffé sur l'auteur en ne m'en faisant pas que des éloges, aussi j'ai abordé cet ouvrage avec l'esprit un poil orienté et l'oeil dubitatif. Sont-ce ces a priori qui sont à blâmer, je ne saurais dire, mais le fait est que je ne ressors effectivement pas emballée.
Disons que le contexte historique est passionnant : les chamboulements haussmaniens, le Paris moderne confronté au désarroi des expropriés de leurs maisons ancestrales. Voilà un thème fait pour moi et un excellent noeud pour mettre en perspective petite et grande Histoire. Pourtant, je n'ai pas spécialement accroché au traitement qui en est fait ici. Sans doute parce que l'entier de l'ouvrage nous est offert du point de vue de Rose et qu'il souffre d'un défaut majeur que personnellement, j'ai beaucoup de mal à apprécier : la mièvrerie.
J'ai lu pas mal de propos à droite à gauche sur la blogosphère concernant le côté touchant, poignant et j'en passe de ce personnage. J'avoue le trouver surtout gentillet dans le mauvais sens du terme - ce qui a tendance à ne pas du tout me toucher. Du coup, même les passages à caractère historique revêtent cet aspect un poil trop sentimental et ne m'ont pas embarquée.
En outre, d'autres éléments me semblent pécher : ce fameux "secret" sur lequel Rose ménage le suspens jusqu'à la fin devient cousu de fil blanc. D'une parce qu'elle repète à plusieurs reprises en début de chapitres "mais il faut que je vous parle de ce secret", ce qui devient lassant, de deux parce qu'on saisit assez rapidement de quoi il s'agit et que ça casse pas trop pattes à un canard.
Le récit épistolaire de Rose est également entrecoupé de lettres de son passé et ces lettres là, pour le coup, tiennent le pompon du niais, en plus de ne servir à rien.
Enfin, un petit mot sur le style. Ce n'est certes pas mal écrit, entendons-nous bien. Les phrases s'enchaînent sans mal, la lecture est agréable, rapide même, comme tout bon livre de plage ou de voyage en train. C'est juste trop lisse pour moi, trop poli. Il n'y a, me semble-t-il à peu près rien à en retirer. Je n'ai pu m'empêcher de penser, tout le long de ma lecture, à ce que dit Zola des mêmes évènements historiques dans les Rougon-Macquart et notamment dans ces chapitres d'Au bonheur des dames où une petite boutique de parapluies vieille comme la ville (sont-ce bien des parapluies ? J'ai soudain un doute) se bat bec et ongles pour ne pas se faire avaler par le grand magasin. Exactement la même thématique mais un autre talent d'écrivain : là je peux vous dire qu'on est vissé au siège, la tristesse, la rage et le dégoût du marchand dans nos propres tripes. Dans Rose, c'est différent : on est plutôt en train de siroter un thé en trouvant l'instant plaisant mais sans plus et en cogitant déjà sur le livre suivant.

 

Cela étant dit, je vous livre quand même une phrase qui m'a bien plu, sans doute parce qu'elle fait montre d'un certain pouvoir évocateur :

 

"Qu'était devenue ma cité médiévale, ce charme pittoresque, ses allées sombres et tortueuses? Ce soir-là, j'eus le sentiment que Paris s'était transformée en une vieille catin rougeaude se pavanant dans ses jupons froufroutants."

 

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Et même si ma lecture n'est pas fort élogieuse, je tiens à remercier Clochette pour cet ouvrage qu'elle m'a offert pour notre swap épistolaire ! Je pourrais maintenant parler de Tatiana de Rosnay en connaissance de cause !

 

 

 

11/10/2012

Apportez-moi la tête du prince charmant de Roger Zelazny et Robert Sheckley

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Apportez-moi la tête du prince charmant de Roger Zelazny et Robert Sheckley (Tome 1 du Concours du Millénaire), ed. Folio SF, 328p.

 

Le premier millénaire après Jésus-Christ approche et les forces surnaturelles sont en ébullition : A cette occasion doit avoir lieu un concours entre le Bien et le Mal pour déterminer lequel des deux camps mènera la danse des hommes pour les mille ans à venir. Tandis qu'il raccompagne sur Terre une âme égarée en Enfer par erreur (ça arrive), le démon Azzie a l'idée lumineuse qui pourrait faire remporter la partie à son camp : reconstituer morceau par morceau deux personnages emblématiques des contes de fées, le prince Charmant et la princesse Scarlet, et leur faire jouer une parodie de conte sensée se finir fort mal et ainsi démontrer la nature maligne des hommes. Ni une ni deux, son projet est accepté par les hautes autorités démoniaques et le voilà près de Augsbourg en compagnie de son valet bossu Frike et de la sorcière Ylith pour mettre le plan à exécution.

Dans ma quête actuelle au royaume de la Fantasy, ce livre m'a été suggéré par une bonne âme de hasard qui m'avait dit l'avoir trouvé "bien fendar". Il se trouve que je suis bon public et qu'en prime, dès qu'il s'agit de détourner les contes et légendes, je suis toujours partante ; j'ai donc sauté sur l'occaz - ou plutôt dessus à la biblio afin de parfaire mon inculture du genre. Et bien, je vais vous dire, grand bien m'en a pris de ne pas l'acheter parce que concrètement... c'est quand même un peu nul.
Je m'explique.
Les personnages, tout d'abord, sont caricaturaux dans le mauvais sens du terme. Le coup du démon à tête de renard, la sorcière qui apparaît à moitié à poil, le valet bossu - oui bon, ok. Vu, vu et revu.
Le propos ensuite, qui m'avait fort séduite sur le principe, est super mal traité : l'intrigue met mille ans (aha) à décoller pour se finir en queue de cerise complètement bâclée. Si encore le reste était passionnant... Mais même pas hein. On se perd en petits évènements sensés créer du rebondissement dans la mise en place du projet démoniaque qui ne créent concrètement rien du tout si ce n'est une perte de temps et une latence aussi creuse que mon estomac quand j'ai sauté le pti déj.
Le syncrétisme des croyances enfin, n'est que prétexte à gros foutoir. Il ne véhicule rien d'un peu profond comme chez Gaiman. Les auteurs se sont visiblement simplement amusés à piocher ce qui leur venait sous la main - parfois Hermès, parfois un archange, et pourquoi pas Ansel et Gretel - pour en fait un ramassis de n'importe quoi. Dans la même lignée, ils se sont acharnés à faire de l'Enfer l'archétype d'une administration bouchée dont on ne tire rien de bon - ce qui aurait pu être drôle mais ne l'est plus très rapidement. De manière générale, la conclusion que je pourrais faire de cette lecture, c'est qu'il ne suffit pas de mélanger diverses influences et d'en faire un beau bordel pour faire quelque chose de drôle et d'original. Ce sont là deux choses différentes. Visiblement, les auteurs sont passés à côté de cette évidence.

Sinon, oui, ça se lit. Très facilement même, puisque pour poursuivre dans ma lignée critique, le style est d'un niveau assez bas (problème de traduction ou pas, je ne saurais dire, l'ayant lu en VF). S'il ne vous reste que trois neurones opérationnels le soir comme c'était mon cas cette semaine, cela vous permettra de vous endormir tranquillement sans trop vous prendre la tête. Dans des conditions intellectuelles plus fiables, je vous conseille d'éviter : vous repaireriez trop vite la mauvaise qualité de l'ouvrage.
(Et paf, le chien)

 

72427108.pngChallenge Mythologies du monde

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