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13/11/2011

Pyongyang de Guy Delisle

 

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Pyongyang de Guy Delisle, ed. de l'Association, 2003, 176p.

 

 

La Corée du Nord est le pays le plus fermé au monde. Pourtant, elle accueille régulièrement des dessinateurs, les studio de films d'animations étant quasiment tous délocalisés en Asie (et oui, il n'y a pas que les usines, hmm) et c'est dans le cadre d'un de ces séjours professionnels que Guy Delisle passe deux mois dans ce microcosme tellement lisse qu'il en file la chair de poule.

Sous la crayon de Guy Delisle, on a pourtant souvent envie de sourire - de pertinence, de tendresse, de justesse. Il a l'oeil affûté pour croquer l'expérience de l'alterité en une série de courtes séquences rythmées. Le ton est enlevé et le gouffre des cultures créent quelques situations cocaces, à la limite de l'absurde, d'autres font plutôt froid dans le dos.

Ce n'est pas tant un reportage qu'un journal d'impressions et d'instantanés qui tend à mettre en lumière la différence à travers le quotidien d'une subjectivité.
Tout simplement savoureux !

 

Merci bcp à Elo de m'avoir offert ce roman graphique il y a un bail ! Comme quoi, il y a un temps pour chaque lecture et même si j'y ai mis du temps, ça valait le coup d'attendre !

 

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24/10/2011

Comment rêvent les morts de Lydia Millet

[Ante-Scriptum : Encore une dizaine de jours pour les inscriptions au swap de l'hiver ! Venez compléter notre impairitude ! Les renseignements ici et les inscriptions ici]

 

 

C'est l'histoire d'une inscription à un partenariat faite en 3sec chez Hérisson : "Ah tiens, il reste des bouquins?" "Ah tiens, le résumé lu en diagonal a l'air sympa". Et puis, hop, quelques jours plus tard, c'était dans ma boîte aux lettres.

Note pour moi-même : renouveler ce genre d'impro de temps en temps, ça a du bon.

 

 

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Comment rêvent les morts de Lydia Millet, Le Cherche-Midi, coll. Lot 49, sept. 2011

 

 

T. est un capitaliste né. Depuis son plus jeune âge, il nourrit une passion pour l'argent ; sa matérialité, son économie et plus tard son abstraction grisante. D'une apparence un peu austère pour ses collègues de fac qui ne jurent que par les fêtes orgiaques, T. calcule tout et construit patiemment son petit empire immobilier qui n'a que faire de la molle bien-pensance. Il est un pur archétype de notre société indivualiste. Self made man, certes. Condescendant et au détriment des autres, et alors?

 

"La stricte discipline de discrétion faisait partie de sa formation. Il était crucial, estimait-il, d'apprendre quels aspects de sa personne afficher à la vue de tous, et quels aspects garder cachés. L'honnêteté était rarement la meilleure stratégie dans les rapports sociaux, et la prôner comme un idéal, pensait-il, ne reflétait qu'un désir infantile de pure simplicité dans le domaine des échanges personnels. Ceux qui clamaient avec véhémence que l'honnêteté était une vertu souveraine avaient en fait simplement peur de tout ce qui est complexe."


En pleine ascension, des éléments commencent pourtant à grignoter l'édifice. La mort d'un coyote en pleine face puis son père qui déserte, laissant sa mère désorientée. Tout cela ébranle T. mais n'entâche pas la poursuite de sa routine pour autant. Mais lorsque Beth, cette femme aimée -et la seule jusqu'ici, meurt brutalement, l'existence de T. sombre dans une complète déréliction, révélant le vide ontologique de cette société du toujours plus.

 

"Des villes se construisaient, s'érigeaient vers le ciel, remparts de confort et utopies de consommation - l'essor de l'empire qu'il avait toujours chéri. Mais sous les fondations la croûte terrestre semblait bouger et s'ameublir, s'écroulant et s'incurvant sous elle-même."


Son quotidien n'est alors plus qu'apparence. Il se questionne sur la place de l'être, revoit ses relations anciennes et en développe de nouvelles - avec Casey par exemple. En secret, il nourrit un grand intérêt pour les espèces animales en voie de disparition qui va peu à peu friser l'obsession. Comme si, après s'être fondu dans les lumières du capitalisme, il cherchait à nouveau à se fondre totalement ; comme s'il cherchait une nouvelle dissolution.

 

"Un empire n'avait d'allure que lorsqu'il était construit sur un fond d'océans et de forêts. C'était une nécessité. Si les océans se mouraient et que les forêts étaient remplacées par des chaussées, même un empire serait dépouillé de son importance. Seul, pensa-t-il - c'est un mot qui lui venait de plus en plus souvent à l'esprit, dans un rythme monotone, comme moqueur. Dans le zoo, les animaux rares auraient pu être orphelins, capturés ou même nés en captivité. Il ne savait absolument pas d'où ils venaient, ne pouvait pas être au courant de leurs histoires individuelles. Mais il connaissait leur position, tout comme il connaissait la sienne : tels des pionnies, ils étaient aux avant-postes de la solitude. Ils étaient les messagers envoyés en éclaireurs voir à quoi ressemblait le nouveau monde."

 

Ce livre là, au fond, n'est pas tant le plaidoyer d'une certaine écologie moralisatrice que l'exposé de l'absurdité de notre époque : à avoir travaillé durant des siècles à se couper de nos racines matérielles, sociales et spirituelles dans l'espoir orgueilleux de devenir des êtres libres - oubliant alors que sans balises, point de liberté -, les hommes ne sont parvenus qu'à créer un chaos existentiel dépouillé de toute profondeur. L'homme ne sait plus vivre que selon le modèle qui lui est présenté, il est un perpétuel enfant. Et même lorsqu'il cherche à s'en détacher, à l'image de T., il ne fait que plonger dans un autre modèle, tout aussi extrême.


La réponse n'est pas dans la recherche de nouveaux modèles. C'est seule la profondeur des racines - c'est s'en rappeler - qui garantit une certaine mesure et du sens au quotidien.
C'est là, me semble-t-il, l'enjeu majeur de cet excellent roman que je vous conseille chaleureusement!

 

Un grand merci à Hérisson et à Solène P. des éditions du Cherche Midi pour l'opportunité de ce partenariat.

 

 

 

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8/7

 

 

 

 

 

 

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18/10/2011

Transat d'Aude Picault

 

 [Ante-Scriptum : Les inscriptions pour le swap de l'hiver sont toujours d'actualité, elles se font ici et sr swap.de.lhiver@gmail.com]

 

Et ben, je sais pas ce que j'ai en ce moment, mais je me lance dans les romans graphiques, en fait.
Oui oui, je disais que je n'aimais pas ça dans mon article sur Billy Brouillard et c'est totalement vrai. Sauf qu'une part de moi sait qu'il y a de la qualité là-dedans et a quand même envie de goûter à cette qualité (ça doit bien être possible, nom d'un chat en mousse?)

 

Donc, je fouille consciencieusement la médiathèque municipale et hop, je tombe là-dessus :

 

 

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Transat d'Aude Picault, ed. Shampooing, 2009

 

 

Aude, qui bosse comme une dératée devant son ordinateur parisien, en a ras la moustache. Elle decide donc de traverser l'Atlantique en bateau alors qu'elle n'a jamais navigué : normal.

Voilà un roman graphique à la fois léger et profondément pertinent, ancré dans son époque ; celle des trentenaires speed et overbookés mais qui, au final, peinent à trouver du sens. Cette traversée initiatique truffée de personnages truculents (Kiki est mon héros) nous offre une piste alternative - pas besoin de tout quitter mais il est parfois bon de s'extraire quelques jours et de se poser les bonnes questions.

Et puis bon, j'ai clairement été sensible au talent de l'auteur qui sait autant croquer furtivement une scène de vie quotidienne, un instant choisi en 3 dessins que nous faire un poème en prose de la mer en une double page de noir et blanc. C'est piquant et profond. J'adhère!

 

 

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