Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/11/2011

Le Noël d'Hercule Poirot d'Agatha Christie

[Edit : Rooooh ça alors! Le hasard (mais existe-t-il d'abord?) est merveilleux : Le Poirot diffusé aujourd'hui sur TMC est précisément l'adaptation du roman chroniqué ici par votre humble servante ! J'en suis toute émoustillée (non, il ne m'en faut pas peu, c'est juste tellement merveilleux, voyons!)
Verdict : c'est bien mieux que le bouquin]

 

Un de mes premiers réflexes lorsque je me suis inscrite au challenge "La Magie de Noël" de Mia : Regarder du côté des Agatha Christie, voir s'il n'y n'avait pas un Poirot de Noël quelque part. Je ne suis pourtant pas une inconditionnelle de l'auteur à part quelques bouquins lus il y a fort longtemps mais je suis par contre totalement fan du personnage lorsqu'il est incarné par David Suchet dans la série de la BBC (oui, je suis parfois une vraie grand-mère devant TMC, j'ai (même pas) honte). Et bien évidemment, dans son oeuvre prolifique, Agatha Christie a bien pondu un Poirot de Noël. Nickel ! Voyons voir ce que cela donne en version originale papier!

 

Hercule Poirot2.jpg

Le Noël d'Hercule Poirot d'Agatha Christie, 1938, réédité des centaines de fois avec des centaines de couvertures différentes - j'ai choisi ici une des plus jolies (celle que j'ai réellement dans la main est assez moisie, il faut bien le dire)

 

Le vieux et détestable Simeon Lee décide de réunir toute sa famille pour Noël. Loin d'un ultime acte altruiste de vieillard pour retrouver la paix, il semble plutôt animé par l'envie sadique d'attiser les haines latentes entre ses fils. Et lorsqu'il est retrouvé assassiné le soir du 24 décembre, dans une pièce mystérieusement fermée de l'intérieur, on comprend que c'était jouer avec le feu.
Sont immédiatement sur l'enquête le surintendant Sugden, le colonel Johnson et Hercule Poirot - car Hercule Poirot est toujours là comme par magie où se trouve un meurtre! Tous l'oeil et les cellules grises à l'affût pour démêler ce huit clos où chaque membre de la famille est le suspect idéal.


Pour tout vous dire, je suis assez déçue par ce petit bouquin. J'avais gardé un souvenir émoustillant d'Agatha Christie, elle était pour moi la romancière qui tient en haleine et qui, à tous les coups, nous prend par surprise.
Ici, j'ai été saisie par une superficialité générale - du style tout d'abord- en même temps, après avoir lu James Ellroy, je ne suis sans doute pas objective, mais tout de même, c'est plat comme la Belgique-, des personnages ensuite - survolés et caricaturaux même si j'aime cette ambiance anglaise surannée -, de l'intrigue - Elle manque de détails, de consistance ; elle semble tirée par les cheveux. Pas mystérieuse pour autant puisque pour une fois, j'avais trouvé le meurtrier avant le dénouement. Juste inconsistante.
Et puis le personnage de Poirot est finalement peu présent et manque de charisme dans cette enquête là. Bien sûr, c'est son génie qui débrouille tout mais pendant le déroulement, il reste en retrait. Il ne parle de lui qu'une seule fois à la 3eme personne, vous imaginez ?!

 

Bref, j'en viens à me demander si ce n'est pas l'adaptation télé de la BBC qui donne du charme à une oeuvre dont l'intérêt principal est finalement son caractère prolifique?
Mais avant de me résoudre à affimer cette hypothèse, je vais aller fouiller dans d'autres Agatha Christie pour tenter d'y retrouver mes souvenirs d'enfance. Après tout, je suis peut-être tombée avec malchance sur un des rares pourris de la série.
Vous qui peut-être êtes inconditionnels de l'auteur, que me conseillez-vous pour continuer ?

 

hercule poirot,noël,polar

Challenge "La Magie de Noël"

1




hercule poirot,noël,polarChallenge Agatha Christie

1

27/10/2011

Les vaches de Staline de Sofi Oksanen

[Ante-Scriptum : Encore une semaine pour les inscriptions au swap de l'hiver ! Venez compléter notre impairitude ! Les renseignements ici et les inscriptions ici]


 

 

51riaUMHE1L._SL500_AA300_.jpg

Les vaches de Staline de Sofi Oksanen, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, Stock, coll. La Cosmopolite, sept. 2011


Je n'ai pas cédé l'an dernier à la vague de Purge. Pas envie, pas le moment. 
Aussi, c'est avec le regard vierge que j'ai abordé cette lecture du premier roman de Sofi Oksanen - parce qu'au moment de choisir parmi tous les livres proposés par PriceMinister, c'est celui qui m'a sauté aux yeux.

Et de fait, ce roman saisit le lecteur par la peau du cou, lui met la tête dans l'écriture et ne le ménage pas.


Plusieurs générations y sont brossées, plusieurs pays et plusieurs H/histoires (avec la majuscule et la minuscule). 
L'Estonie des années staliniennes et les vies bouleversées d'Arnold et Sofia ; l'Estonie des années 70, toujours aussi rouge et le destin de Katariina qui part s'installer en Finlande avec son mari sans nom ; enfin la vie chaotique d'Anna prise entre deux cultures qui semblent ne pas pouvoir cohabiter - ainsi que son corps ne cohabite pas avec la nourriture. 

Les vaches de Staline apparait comme un roman des origines, un décodage de l'être à travers son ancrage familial et le façonnage de la grande Histoire. Car c'est Anna qui ouvre et referme la narration, Anna qui construit - ou plutôt déconstruit - le récit à l'image de ses vomissements et de sa difficulté à être. C'est Anna qui creuse toutes ces générations comme elle creuse son ventre pour chercher dans les tréfonds qui elle est dans toute cette Histoire. C'est Anna qui déballe en vrac toutes ces pièces de puzzle et qui les étale pour mieux leur chercher du sens.

Entre le conflit des cultures et la plongée âpre dans l'auto-destruction, voilà un roman sacrément percutant - on n'est pas là pour se divertir, c'est certain ! Même si la lecture m'est apparue un peu fastidieuse sur la longueur, non à cause des épisodes crus de la boulimarexie mais par l'obsession répétitive de certains épisodes, il n'en reste pas moins que j'ai été scotchée par le regard aiguisé et sans concession de l'auteur qui saisit avec une profonde clairvoyance les enjeux de l'Histoire sur l'empreinte de l'être.
Un livre, sans nul doute, d'un grand talent et qui donne à réfléchir. 





matchs-rentree-litteraire-priceminister-L-I25G4B.jpegUn grand merci à PriceMinister pour cette participation aux matchs de la rentrée Littéraire 2011.








mod_article5199934_1.jpg
Challenge de la rentrée littéraire 2011

9/7















*


Extrait :


"Ca l'a fait rire comme si j'avais dit quelque chose de très très très amusant. Mais ce n'était pas amusant du tout, c'étaient des os froids et de la peau qui brûle, des coeurs noircis et des membres qui grattent. A chaque pas qui le rapprochait de moi, je reculais d'un kilo, tout en restant tellement figée sur place que je ne pouvais pas mettre un pied devant l'autre. Ce n'est qu'en maigrissant que je pouvais m'éloigner, m'enfuir, m'en aller, non, tu  ne pourras jamais m'attraper, ni toi ni personne, je ne laisserai personne m'attraper, même si le fait que je reste pétrifiée sur place pouvait signifier en réalité que je voulais rester là pour une fois, devant toi, devant toi qui t'approches, être ici... non ! Si le corps refuse d'obéir autrement, il ne reste qu'une façon de se déplacer : en rapetissant et en rétrécissant. Mon évasion par kilos est la seule échappatoire, puisque mes jambes refusent de coopérer."





24/10/2011

Comment rêvent les morts de Lydia Millet

[Ante-Scriptum : Encore une dizaine de jours pour les inscriptions au swap de l'hiver ! Venez compléter notre impairitude ! Les renseignements ici et les inscriptions ici]

 

 

C'est l'histoire d'une inscription à un partenariat faite en 3sec chez Hérisson : "Ah tiens, il reste des bouquins?" "Ah tiens, le résumé lu en diagonal a l'air sympa". Et puis, hop, quelques jours plus tard, c'était dans ma boîte aux lettres.

Note pour moi-même : renouveler ce genre d'impro de temps en temps, ça a du bon.

 

 

616xcyvQz1L._SS500_.jpg

Comment rêvent les morts de Lydia Millet, Le Cherche-Midi, coll. Lot 49, sept. 2011

 

 

T. est un capitaliste né. Depuis son plus jeune âge, il nourrit une passion pour l'argent ; sa matérialité, son économie et plus tard son abstraction grisante. D'une apparence un peu austère pour ses collègues de fac qui ne jurent que par les fêtes orgiaques, T. calcule tout et construit patiemment son petit empire immobilier qui n'a que faire de la molle bien-pensance. Il est un pur archétype de notre société indivualiste. Self made man, certes. Condescendant et au détriment des autres, et alors?

 

"La stricte discipline de discrétion faisait partie de sa formation. Il était crucial, estimait-il, d'apprendre quels aspects de sa personne afficher à la vue de tous, et quels aspects garder cachés. L'honnêteté était rarement la meilleure stratégie dans les rapports sociaux, et la prôner comme un idéal, pensait-il, ne reflétait qu'un désir infantile de pure simplicité dans le domaine des échanges personnels. Ceux qui clamaient avec véhémence que l'honnêteté était une vertu souveraine avaient en fait simplement peur de tout ce qui est complexe."


En pleine ascension, des éléments commencent pourtant à grignoter l'édifice. La mort d'un coyote en pleine face puis son père qui déserte, laissant sa mère désorientée. Tout cela ébranle T. mais n'entâche pas la poursuite de sa routine pour autant. Mais lorsque Beth, cette femme aimée -et la seule jusqu'ici, meurt brutalement, l'existence de T. sombre dans une complète déréliction, révélant le vide ontologique de cette société du toujours plus.

 

"Des villes se construisaient, s'érigeaient vers le ciel, remparts de confort et utopies de consommation - l'essor de l'empire qu'il avait toujours chéri. Mais sous les fondations la croûte terrestre semblait bouger et s'ameublir, s'écroulant et s'incurvant sous elle-même."


Son quotidien n'est alors plus qu'apparence. Il se questionne sur la place de l'être, revoit ses relations anciennes et en développe de nouvelles - avec Casey par exemple. En secret, il nourrit un grand intérêt pour les espèces animales en voie de disparition qui va peu à peu friser l'obsession. Comme si, après s'être fondu dans les lumières du capitalisme, il cherchait à nouveau à se fondre totalement ; comme s'il cherchait une nouvelle dissolution.

 

"Un empire n'avait d'allure que lorsqu'il était construit sur un fond d'océans et de forêts. C'était une nécessité. Si les océans se mouraient et que les forêts étaient remplacées par des chaussées, même un empire serait dépouillé de son importance. Seul, pensa-t-il - c'est un mot qui lui venait de plus en plus souvent à l'esprit, dans un rythme monotone, comme moqueur. Dans le zoo, les animaux rares auraient pu être orphelins, capturés ou même nés en captivité. Il ne savait absolument pas d'où ils venaient, ne pouvait pas être au courant de leurs histoires individuelles. Mais il connaissait leur position, tout comme il connaissait la sienne : tels des pionnies, ils étaient aux avant-postes de la solitude. Ils étaient les messagers envoyés en éclaireurs voir à quoi ressemblait le nouveau monde."

 

Ce livre là, au fond, n'est pas tant le plaidoyer d'une certaine écologie moralisatrice que l'exposé de l'absurdité de notre époque : à avoir travaillé durant des siècles à se couper de nos racines matérielles, sociales et spirituelles dans l'espoir orgueilleux de devenir des êtres libres - oubliant alors que sans balises, point de liberté -, les hommes ne sont parvenus qu'à créer un chaos existentiel dépouillé de toute profondeur. L'homme ne sait plus vivre que selon le modèle qui lui est présenté, il est un perpétuel enfant. Et même lorsqu'il cherche à s'en détacher, à l'image de T., il ne fait que plonger dans un autre modèle, tout aussi extrême.


La réponse n'est pas dans la recherche de nouveaux modèles. C'est seule la profondeur des racines - c'est s'en rappeler - qui garantit une certaine mesure et du sens au quotidien.
C'est là, me semble-t-il, l'enjeu majeur de cet excellent roman que je vous conseille chaleureusement!

 

Un grand merci à Hérisson et à Solène P. des éditions du Cherche Midi pour l'opportunité de ce partenariat.

 

 

 

rentrée littéraire,animaux,enjeu contemporain,racines,sensChallenge 1% de la rentrée littéraire 2011

8/7

 

 

 

 

 

 

*