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09/09/2011

La Légende des fils de Laurent Seksik

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La Légende des fils de Laurent Seksik, Flammarion, 187p., Août 2011

 

 

J'ai retrouvé dans ce roman deux traits qui signe le style de Seksik : une pudeur lyrique sur des terres étrangères. Et cette manière de cueillir le héros à l'instant crucial de sa vie, dans un monde qui le heurte et l'emporte inexorablement.

Scott, adolescent sans âge dans l'Amérique de Kennedy espère ce qui s'appelle communément le bonheur - cette chose floue qui doit tout de même bien exister. Acculé à la terreur par un père hostile et violent que la guerre a détruit, il entrevoit la lumière grâce à sa mère déifiée, exacte négatif du père et dans ces instants de bavardages plein d'une vie complice avec son cousin.
De tableaux poétiques en longues réflexions de Scott sur l'amour, la haine, l'espoir et la prière, on s'avance petit à petit vers ce virage brutal que la vie impose pour mieux s'en relever.

Malgré un style manié avec talent, La Légende des fils m'apparait comme un roman inégal où l'intelligence du ton est ponctué par quelques faiblesses : Le décor des sixties apparait factice, la relation triangulaire du fils follement épris de cette mère idéale et follement détesté du père rappelle à trop grands traits un complexe d'Oedipe facile, et cet espoir presque mystique de Scott passe plutôt pour une naïveté un peu niaise.
Il manque peut-être un peu de consistance à l'ouvrage pour que la narration soit à la hauteur du style. Néanmoins un beau moment de lecture!

 

 

Un grand merci à Mélopée pour le prêt voyageur !

 

 

Challence rentrée littéraire 2011.jpgChallenge 1% de la rentrée Littéraire 2011

 

2/7

 

 

 

 

 

 

Extrait :

 

"Il devait suivre l'exemple de Jack. Marcher sur ses traces. Ne pas élever la voix. Ne pas céder à la panique. Rester maître de soi, dominer ses craintes. Ne pas aviver la colère. Ne pas provoquer par sa présence. Ne pas compter les minutes, ne plus compter les heures. Ne rien attendre de la nuit, ne rien attendre du jour. Ne pas faire étalage de soi, se dissimler, taire sa détresse, sa révolte, sa peine et jusqu'aux battements de son coeur. S'endurcir, rester de marbre, immobile, retenir son souffle, contenir ses larmes, saisir le soir et saisir l'ombre. Se mordre les lèvres, ne pas pleurer. Se soumettre à la loi des hommes, désapprendre la justice, oublier ce qui est vrai, tout ce qui a de la grandeur, ce qui éclate de beauté. S'éclipser, se fondre dans l'espace, le silence des forêts, se projeter en une terre lointaine au ceur d'un grand pays sublime, avancer les mains nues, le front lavé d'injures, avoir l'audace d'être rien, abandonner ses forces, ses espoirs, ses tristesses, quitter ce jour sans fin, sombrer dans le sommeil, se réveiller à l'aube, se couvrir de douleur, n'oser ni regarder, ni entendre, s'envelopper de mystère, hôte précaire du soir, prendre la vie en haine, devenir une pierre, se retirer du monde, courir sur l'abîme, errer parmi les anges, se rendre invisible, tomber dans l'oubli, effacer toute trace de soi. Disparaître."

 


27/08/2011

O Solitude de Catherine Millot

 

Que les choses soient claires dès le départ : je suis désappointée et c'est peu de le dire. Aussi, vous excuserez le ton acrimonieux de mon billet, il n'a d'égal que ma déception à chaud (ensuite, j'irai bouder dans un coin telle Sophie Senoble)


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O Solitude de Catherine Millot, Gallimard, coll. l'Infini, Août 2011


L'ouvrage est sous-titré roman. Ce doit être une petite facétie commerciale de l'éditeur car ce n'en est pas un. Cela se veut plutôt comme une longue méditation sur la solitude, ponctuée de petits plaisirs quotidiens, de soleil entre les rideaux, de flashbacks et de balades chez les grands auteurs référents. Où il serait question de joie intérieure et de territoires infinis.

SAUF QUE. Parce qu'il y a un "sauf que". Là où je m'attendais à goûter à quelque chose de lumineux, de poétique, d'aérien et, n'ayons pas peur des mots, de spirituel (et il faut dire que l'élogieuse critique de Télérama va en ce sens), je n'ai trouvé qu'un énième verbiage égocentrique avec ce sacro-saint JE usé jusqu'à la moelle. On apprend donc des choses passionnantes comme les détails de sa croisière en Italie, ses premiers amours, le fait qu'à douze ans, elle adorait les fêtes foraines etc. Autant dire que ce soir, j'irai me coucher remplie de tout un tas d'informations essentielles à ma survie.

Vous allez me dire, elle pourrait partir de là pour s'élever mais non. On en reste une psychanalyse ras la mousse.

Alors oui, il y a tout de même des passages constructifs et l'auteur a indéniablement un talent d'écrivain - pour preuve l'incipit cité en 4eme de couverture d'une magnifique poésie. Mais ils sont tellement noyés dans l'égocentrisme qu'on ne parvient plus vraiment à les apprécier.

Si je peux me permettre d'y aller de mon conseil perso, vous pouvez faire l'impasse sur ce bouquin pour la rentrée.

 

*

Un morceau au hasard :

 


"A treize ans, j'avais cru découvrir, en quittant la Finlande, dans l'imminence du départ qui donnait à toute chose une intensité jamais éprouvée, l'essence même du désir. Il naissait donc de la séparation et de la perte. J'en avais conçu, en ce temps où j'essayais de faire de nécessité vertu, un idéal de détachement par lequel je croyais faire miens ces arrachements. La perte, j'eus à cet âge la prétention de la vouloir, de la revouloir sans cesse, et conçus le projet d'imprimer à ma vie ce rythme d'exils alternés de retours. Mais de retours à quoi ? Car, en vérité, il n'y avait pas de retour, si ce n'est à un entre-deux, une sorte de no man's land. Le pays natal n'existait pas pour moi.

Est-ce pour cela qu'à rebours de ce que j'avais pris pour une révélation, je me suis, par la suite, appliquée à ne plus quitter cette ville de Paris que je n'aimais guère, ne pouvant plus, ne voulant plus vivre ailleurs que là où j'essayais désormais de m'arrimer?"

 


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