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23/06/2017

Raison et sentiments de Jane Austen

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Elle était plus fort seule, et son bon sens la soutenait si bien que sa maîtrise d'elle-même était aussi sûre, son apparence de gaieté aussi invariable qu'il était possible de l'imaginer sous l'empire de regrets aussi poignants et aussi récents. p. 140

C'est dingue comme on évolue. Il y a seulement quatre ans, je confessais que Jane Austen me tombait des mains à chaque tentative et que l'engouement qu'elle suscitait me laissait fort dubitative. Et puis j'ai fini par me départir de mon orgueil et de mes préjugés à son endroit pour lire et, à ma grande surprise, me délecter de son roman le plus célèbre un an et demi plus tard. Northanger Abbey , et à présent Raison et sentiments, ne font que confirmer cette nouvelle accointance. Au delà d'un facile mais vrai y a que les cons qui ne changent pas d'avis, cette prime difficulté - fréquente - à apprécier l'oeuvre de la romancière révèle aussi une qualité cruciale de son écriture : la subtilité. On parle beaucoup de son ironie mais on ne dit pas assez à quel point elle est fine. Résultat : l'écueil de la lire au premier degré est terriblement tentant (ce que j'ai longtemps fait) et c'est là qu'on se fait chier comme un rat mort que le bât blesse. 

Disons le clairement : Jane Austen travaille avec du fil de soie. Dès le premier roman que voilà, on découvre tout le matériau de ses œuvres postérieures : quelques familles de la gentry - très peu, au final, et de la gentry exclusivement - la campagne anglaise confrontée à la capitale ou à quelque autre lieu cosmopolite dont il s'agira de questionner le rapport, les relations humaines - familiales et évidemment amoureuses - et l'argent. Cette énumération, brève, des thématiques d'Austen pourrait servir à ses six romans, si j'en crois la plupart des commentateurs et je suis assez tentée d'abonder dans ce sens au vu des trois romans que j'ai eu le plaisir de découvrir. On dit de bien des auteurs qu'ils écrivent finalement toujours le même livre ; c'est particulièrement prégnant chez Austen qui ne se cache pas d'un champ d'exploration extrêmement ténu : celui de son milieu. On pourrait presque voir en elle une entomologiste affûtée à qui la distance littéraire permet la critique passionnante.  

Mrs Dashwood plut également à lady Middleton. Il y avait chez toutes les deux un égoïsme et une sécheresse de cœur qui les attiraient mutuellement ; et elles communiaient, l'une, l'autre, dans une insipide correction et un manque complet d'intelligence. p. 228

Dans Raison et sentiments, elle choisit d'incarner à travers deux sœurs pourtant très proches des caractères fondamentalement opposés à l'égard des relations humaines. Elinor, l'aînée, est réfléchie. Elle voit en la mesure et la pondération les garants, si ce n'est du bonheur, du moins de l'équilibre et de la sérénité. Marianne, la cadette, incarne la passion exacerbée (à remettre dans le contexte de 1811) et un certain penchant à concevoir la sensibilité comme guide éclairé en toute situation.
Dessaisies de toute possibilité d'héritage, comme de juste, au profit de leur demi-frère aîné d'une radinerie qui n'a d'égale que sa certitude erronée d'être bienveillant, elles se voient dans l'obligation de quitter Norland Park pour le modeste cottage d'un lointain parent dans le Devonshire. Ce départ oblige Elinor à faire le deuil d'une relation qu'elle commençait tout juste à tisser avec Edward Ferras, le frère aînée de sa belle-sœur. Elle n'est pas assez riche : une union est donc radicalement exclue avec les Ferrars. L'argent, décidément, est et sera toujours l'aune des relations sentimentales.
A Barton Cottage, la nouvelle vie des soeurs Dashwood, qu'elles imaginaient paisible et solitaire, se trouve rapidement remplie de la société des Middleton, de Mrs Jennings, et de quelques autres. Parmi eux, le colonel Brandon, un vieux garçon (c'est-à-dire un homme de trente-cinq ans : et paf, prends ça dans ta gueule, la vieille !) qui n'est pas loin de ressembler à Elinor dans sa retenue sous laquelle point pourtant un sentiment puissant et fiable pour Marianne et Willoughby, le tombeur de ses dames que Marianne croise, pour le plus grand malheur de son petit cœur de guimauve, un jour de pluie dans la lande. Et voilà le triangle qui va bien, pas très loin d'un mauvais scénario de sitcom. Et disant cela, nous avons presque tout dit de l'histoire, considérant que comme dans Orgueil et préjugés, le roman se finit plutôt bien par quelques mariages. 

En dépit de toutes les améliorations et embellissements qu'il avait entrepris à Norland, en dépit des millions de livres qu'il avait failli vendre à perte, on ne découvrait aucun signe de cette indigence à laquelle il avait essayé de faire croire, aucune pauvreté n'apparaissait si ce n'est dans la conversation ; mais là, le déficit était considérable. p. 232

Ce n'est décidément pas pour quelques rebondissements qu'il faut lire Jane Austen car il n'y en a pas. Au contraire, si l'on part avec cet espoir, on risque de s'engluer dans une telle série de promenades, de breakfast et de visites de courtoisie, qu'on en viendrait à s'étouffer avec son scone. Moi-même, pour ne rien vous cacher, j'ai trouvé un peu le temps long pendant un bout de temps. Mais c'est qu'il faut, décidément, saisir tous ces moments a priori blancs et insipides comme autant de motifs ironiques sur la toile sociale pré-victorienne. A l'image d'Elinor, à qui elle offre un mariage d'amour comme une manière de récompenser sa retenue, son bon sens et l'harmonie qu'elle s'ingénie à entretenir dans ses rapports à autrui, Jane Austen vise une harmonieuse retenue stylistique. Il n'est pas question de faire de vagues et de crier entre les lignes Tu l'as vue, ma belle ironie ? Chez Austen, tout se tient, rien ne dépasse, le canevas est précis et la toile parfaite. Tout cela tient bien plus de la micro-gravure que de l'huile sur toile de cinq mètre par trois. D'aucuns trouveront cette perfection minutieuse ennuyeuse mais on ne peut manquer pourtant d'en admirer le travail d'orfèvre. 

Marianne ne se fût pas pardonné si elle avait pu dormir tant soit peu la première nuit après le départ de Willoughby. Elle aurait eu honte de regarder les siens en face, le lendemain matin, si elle ne s'était pas levée plus fatiguée que lorsqu'elle s'était couchée la veille au soir. p. 85


A l'opposé d'un tel idéal de mesure, Marianne, la sentimentale au sens péjoratif du terme - car ce n'est pas le sentiment amoureux que fustige Austen mais la sensiblerie, le laisser aller qu'il occasionne chez un esprit qui abandonne toute maîtrise de soi -, est le produit de toute une littérature romanesque prompte à exciter la médiocrité (plus je lis Austen, plus je me dis qu'elle aurait détesté toutes les austeneries que son oeuvre a suscité...). Cependant, il ne me semble pas qu'il faille voir dans Raison et sentiment une visée moralisatrice aussi explicite qu'aurait pu l'appeler une déchéance totale de Marianne. Encore une fois, l'auteure donne dans la subtilité. Si jugement il doit y avoir, il est soumis au discernement du lecteur invité à nourrir une réflexion sur le nécessaire équilibre. D'ailleurs, Austen elle-même ne finira-t-elle pas par proposer un syncrétisme de ces deux penchants inévitables de l'être humain en la personne d'Elizabeth Bennett, chez qui s'harmonisent la perspicacité et la passion ? On pourrait même s'aventurer plus loin et voir en ce premier roman un art romanesque et critique annonciateur du reste de l'oeuvre de Jane Austen : comme une manière de mettre en parallèle la nécessaire harmonie entre les êtres et celles entre les mots ?

Mais en posant cette dernière phrase, je m'aperçois qu'il me faudrait connaître bien mieux Austen pour juger si je commence ou pas à fumer les rideaux. Je m'arrête donc et vais tâcher d'être raisonnable. La suite au prochain roman, que j'ai déjà hâte de découvrir ! Avis aux connaisseurs de l'auteure : je me lance dans quoi maintenant ? Mansfield Park ? Persuasion ? Emma

 

Raison et sentiments de Jane Austen, traduit par Jean Privat, 10/18, 2004|1982], 383p. 

 

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Le mois anglais chez Lou et Cryssilda

4ème lecture

LC autour de Jane Austen

17/06/2017

Agatha Raisin 1 - La Quiche fatale de M.C. Beaton

roman policier,polar,agatha raisin,la quiche fatale,the quiche of death,cotwolds,meurtre,mois anglaisOn touche ici au point sensible des blogs littéraires : le bouquin que tout le monde - du moins, le petit microcosme douillet de la blogosphère - a déjà lu et chroniqué. Je me paye même la loose intersidérale, non contente d'arriver un an après la bataille de la première publication de ce titre, d'être également en retard pour la lecture commune de la série prévue mardi dernier lors du mois anglais (la médiathèque a reçu ma réservation le lendemain de la lecture commune : la loose, j'vous dis). Autant dire qu'à défaut de quiche, je vois poindre la tarte à la crème.

On décrivait Agatha comme une "originale", et, comme tous les originaux qui n'hésitent pas à dire le fond de leur pensée, elle n'avait pas de vrais amis. Son travail lui avait tenu lieu de vie sociale. p.11

Du coup, Agatha, la fringante cinquantaine bien tapée, s'est accrochée plus ou moins toute sa vie à un rêve brièvement caressé lors de lointaines vacances en famille : avoir un cottage dans les Cotswolds. De fait, la carte postale fait rêver et je ne serais pas contre y avoir moi aussi mes quartiers estivaux. Mais Agatha Raisin ne fait pas les choses à moitié et décide de revendre sa boîte de relations publiques et de tout plaquer à Londres pour prendre dans ce trou paumé où elle ne connaît rien ni personne une retraite anticipée. Je ne vous cache que je ne comprends pas exactement le projet, mais soit ! La voilà dans un intérieur refait à neuf façon vitrine de Maison du Monde impersonnelle, sans l'once d'une notion de cuisine, à tenter de se faire quelques amis - ce qu'elle n'a jamais réussi à faire, rappelez-vous - et à visiter les environs. Au top de l'ennui des petits bleds ruraux, elle décide de concourir pour le prix de la meilleure quiche du village (que j'aime les clichés anglais !!!) ; quiche qu'elle achète évidemment chez un traiteur londonien et qui finit par tuer le juge Cummings-Browne. Too bad

Elle éprouvait le même sentiment que lorsqu'elle était enfant : elle désirait plus que tout faire partie intégrante de cet univers de vieilles traditions anglaises, synonymes de beauté et de sécurité, et pourtant, elle restait en dehors, spectatrice. p. 51

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Que fait alors notre Agatha ? Et bien, objectivement, pas grand chose, si ce n'est rendre deux/trois visites épisodiques peu convaincues à quelques personnes de l'entourage du feu Cummings-Brownes, trimballer son ancien collègue Roy dans les environs pour une virée touristique un peu pitoyable - eu égard au jetlag entre gens de la ville et gens de la campagne qui ont, chacun, leurs niaiseries et leurs lourdeurs -, s'engueuler avec sa voisine, manger et picoler au pub, sympathiser avec le gentil policier Bill Wong et participer au cercle des femmes de Carsely. Elle ne cherche même pas tant que ça, si ce n'est peut-être à la toute fin, à mener l'enquête. 

Ce n'est donc pas tant la résolution du crime qui est le cœur du livre que la photographie caricaturale mais truculente d'une certaine société rurale anglaise, emprunte de mille petits clichés dont les étrangers profanes que nous sommes sauront se délecter à travers les yeux de la citadine Agatha. A dire vrai, je craignais beaucoup ce personnage à force d'avoir lu plusieurs chroniques mettant en avant son côté insupportable, prétentieux, supérieur - en un mot, citadin. Finalement, elle est vraiment ce que j'ai adoré dans ce roman et elle porte tout sur ses épaules. Elle est viscéralement drôle et elle a le peps de faire passer des chapitres parfois assez creux (soyons francs : le bouquin ne brille pas de grandes qualités par ailleurs). J'ai particulièrement souri de voir resurgir en elle le besoin d'être en ville, et son problème de poids/flemme de bouger et manger sainement/gourmandise incurable. 

Je n'ai aucune volonté, pensa-t-elle lorsque, ayant mangé son pudding jusqu'à la dernière miette, elle se rendit compte qu'elle s'était laissé convaincre par Roy de prendre une part de tourte aux pommes chaudes avec de la crème, de la vraie crème et non cette substance qui ressemble à de la mousse à raser. p. 201

Cet extrait-là, voyez-vous, c'est un peu l'histoire de ma vie (adieu, ventre plat ; salut, cornet de glace menthe-chocolat). 

Du coup, sans penser que cette série anglaise soit la trouvaille de l'année, je vais peut-être envisager un rendez-vous de temps en temps avec Agatha Raisin, rien que pour le plaisir de trouver un personnage qui m'amuse et de qui, à bien des égards, la lyonnaise exilée en Creuse que je suis se sent assez proche. 

 

Agatha Raisin 1 - La Quiche fatale de M.C. Beaton, Albin Michel, 2016, 324p. 

 

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Le mois anglais chez Lou et Cryssilda

3ème lecture

 

09/06/2017

Velvet de Mary Hooper

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Velvet de Mary Hooper, Les Grandes Personnes, 2012, 325p. 

 

En l'espace de deux lectures il y a trois ans, La messagère de l'au-delà puis Waterloo Necropolis pour ne pas les citer, je suis devenue une aficionada de Mary Hooper. Elle a le chic pour plonger les jeunes lecteurs dans des univers historiques passionnants et d'en proposer une vision sans idéal, sans le fard du fantasme. Car l'auteure ne ménage pas ses personnages, en effet ! Dans La messagère de l'au-delà, il était question d'infanticide et de peine de mort dans l'Angleterre de Cromwell ; dans Waterloo Necropolis, de la misère et de l'exploitation des enfants dans l'Angleterre victorienne. Bref, on a connu plus amusant. Pourtant, elle parvient toujours avec brio à contourner toutes les réticences que de tels sujets pourraient susciter pour livrer un roman aussi attachant qu'intéressant. 

C'est donc sans la moindre hésitation que j'ai entamé l'un des deux romans de cette auteure nouvellement arrivés dans ma PAL. Et avant même d'en dévoiler le contenu, il me faut souligner le travail toujours subtil et évocateur de Pierre Mornet qui semble être l'illustrateur attitré des couvertures de Mary Hooper aux éditions Les Grandes Personnes. Ce dessin-là ne prête-t-il pas au rêve, au mystère, à mille interrogations ? On se prend à frissonner, mais d'un frisson très doux, qu'on aimerait faire durer longtemps... 

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Mais il est temps de commencer notre livre ! Velvet, dont on découvrira progressivement une autre identité, est notre personnage principal. L'adolescente vit seule dans le Londres pauvre de 1900 et se débat dans l'atmosphère humide et étouffante d'une blanchisserie. Toutes ces vapeurs brûlantes lui provoquent de nombreux évanouissements et son emploi s'en trouve menacé : nombreuses sont les jeunes fille qui font la queue devant la boutique pour travailler un peu et gagner de quoi manger. Une employée qui ne suivrait pas le rythme effréné imposé par la direction se verrait donc renvoyer sans autre forme de procès et remplacée aussitôt. Velvet veut absolument éviter une telle situation. Elle tient plus que tout à ce travail, bien que difficile. Le perdre signifierait la misère, la rue et... vous connaissez le peu d'opportunités qui restent ensuite... Heureusement, Mrs Sloane, la responsable, nourrit une certaine affection pour Velvet. Elle lui trouve alors une place dans l'unité d'élite de la blanchisserie : celle où l'on s'occupe exclusivement des clients les plus fortunés. Il n'est plus question de laver les draps des hôpitaux mais les robes coûteuses des dames du monde. Velvet ne pouvait rêver mieux !

En apprenant les ficelles de ce nouveau poste, elle pioche la boîte à linge d'une certaine Madame Savoya. Ses vêtements chatoyants et originaux la séduisent, même s'ils sont difficiles à entretenir ! Lors d'une invitation que celle-ci lui fait pour fêter la nouvelle année, elle découvre que Madame Savoya est une célèbre médium ! Ce tout début du vingtième siècle voyait en effet fleurir nombre de médiums ; le commerce avec les âmes des défunts passionnait particulièrement la société de l'époque. On croise ainsi Arthur Conan Doyle dans ces réunions ! Velvet est évidemment fascinée, à la fois par Madame Savoya elle-même, pleine de prestance et de générosité, et par son travail ou, plus précisément, son don. C'est encore à la suite d'un événement qui aurait dû coûter sa place à Velvet que celle-ci gagne à nouveau la chance de sa vie : Madame Savoya lui propose de travailler pour elle et de devenir sa dame de compagnie/femme de chambre. Pour Velvet, c'est enfin l'aube d'une nouvelle ère, ainsi qu'il en va pour l'Angleterre qui, après le décès de la Reine Victoria, voit arriver une période plus fringante et réjouie sous la bannière d'Edouard VII. 

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Et hop, une séance de spiritisme à l'ancienne !

Je dois vous avouer tout de go que je suis beaucoup moins enthousiaste avec cet opus que je l'ai été avec les deux précédents. Le début attaquait pourtant très bien, plongeant le lecteur dans une réalité à nouveau très crue et très dure du Londres pauvre de Victoria (puisqu'elle est alors encore de ce monde). La solitude extrême, la nécessité d'accepter n'importe quel travail assommant et délétère pour manger un quignon de pain, et, bien sûr, la pureté et la force d'âme d'une héroïne jeune et livrée à elle-même. Tous les ingrédients sont au rendez-vous. Malheureusement, cela m'a semblé tourner un peu au vinaigre dès lors que Velvet atterrit chez Madame Savoya. Est-ce le changement d'atmosphère et/ou le fait que la crédulité à l'égard des médiums était grande à cette époque ? Toujours est-il que Velvet se montre incroyablement naïve - honnêtement, ça frise la stupidité à ce stade-là - uniquement occupée à s'émerveiller de son changement de condition et de la générosité sans faille de Madame Savoya. Même en m'efforçant de me départir de mes exigeances d'adulte, il me semble que l'intrigue de ce roman est beaucoup plus faible et cousue de fil blanc que les précédentes. On comprend immédiatement où veut en venir l'auteure ; et dès lors les nombreuses pages traînent en longueur. Le projet d'exposer les trucs et astuces des charlatans pour faire croire à un contact ou une apparition d'un défunt était évidemment passionnant mais je ne suis pas conquise par l'option choisie par Mary Hooper pour le faire. Il faudra donc aller bien loin à notre héroïne, prétexte du coup à découvrir une autre sordide réalité de la société de l'époque, ô combien glaçante, pour prendre enfin conscience du mensonge de sa maîtresse et tenter de rétablir la vérité. 

J'ai lu cependant plusieurs chroniques moins déçues que la mienne. Peut-être qu'à force de lire Mary Hooper, je deviens aussi plus exigeante et que mon regard, habituée à ses qualités, se tournent plus vers ses faiblesses ? Je saurais dire jusqu'où va ma subjectivité dans le présent avis mais, ce qui est sûr, c'est que Velvet n'est pas le meilleure que j'ai lu d'elle à ce jour ! 

 

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2ème lecture

LC consacrée à la littérature jeunesse