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20/03/2014

La poésie du jeudi avec William Butler Yeats

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A l'occasion de ce nouveau jeudi, j'ai ressorti un recueil de Yeats que je n'avais pas ouvert depuis quelques années, joliment intitulé La Rose et autres poèmes. Après un effeuillage contemplatif, j'ai opté pour un poème d'inspiration antique mais ancré dans la certitude de Yeats qu'une inspiration d'En-Haut serait nécessaire pour revitaliser violemment l'existence. Je vous souhaite une douce journée poétique.

 

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Adrian Wong Shue

 

 

Leda and the Swan

A sudden blow: the great wings beating still
Above the staggering girl, her thighs caressed
By the dark webs, her nape caught in his bill,
He holds her helpless breast upon his breast.

How can those terrified vague fingers push
The feathered glory from her loosening thighs?
And how can body, laid in that white rush,
But feel the strange heart beating where it lies?

A shudder in the loins engenders there
The broken wall, the burning roof and tower
And Agamemnon dead.

                               Being so caught up,
So mastered by the brute blood of the air,
Did she put on his knowledge with his power
Before the indifferent beak could let her drop?

 

*

 

Léda et le Cygne

 

Brutal assaut : les grandes ailes encore frémissantes
Sur la vierge qui chancelle, les cuisses caressées
Par les sombres palmes, le cou saisi par son bec,
Il tient sur sa poitrine sa poitrine sans défense.

Comment ces doigts terrifiés et perdus pourraient-ils
Repousser de ses cuisses qui s'écartent cette gloire emplumée ?
Et comment pourrait le corps, couché dans ce flot de blancheur,
Ne pas sentir battre, sur sa couche, ce cœur étranger ?

Un frisson au creux des reins y dépose en germe
La chute des murailles, les flammes de la tour
Et la mort d'Agamemnon.

                                         Ainsi prisonnière,
Ainsi maîtrise par ce sang brutal venu des airs,
A-t-elle reçu de lui avec sa puissance son savoir
Avant d'être lâchée par le bec indifférent ?

(Traduction de Jean Briat)

 

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Lord Frederick Leighton

07:18 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (26)

06/03/2014

La poésie du jeudi avec Philippe Jaccottet

Poésie jeudi.jpg

 

J'avais initialement prévu un autre poème pour ce nouveau jeudi et puis, fortuitement, je suis tombée sur Au petit jour de Philippe Jaccottet au détour d'un commentaire stylistique. Paf ! Coup de coeur ! Et là, je me suis dit "ok, tu diffères l'autre poème (que j'aime beaucoup aussi, hein, ça n'empêche pas) et tu partages celui-ci sans attendre, c'est obligé". A l'écoute de ma petite voix intérieure pleine de bon sens, voici donc ce poème en partage. Tellement merveilleux, n'est-ce pas ?

 

 

 

I



La nuit n'est pas ce que l'on croit, revers du feu chute du jour et négation de la lumière, mais subterfuge fait pour nous ouvrir les yeux sur ce qui reste irrévélé tant qu'on l'éclaire.

Les zélés serviteurs du visible éloignés, sous le feuillage des ténèbres est établie la demeure de la violette, le dernier refuge de celui qui vieillit sans patrie...



II



Comme l'huile qui dort dans la lampe et bientôt tout entière se change en lueur et respire sous la lune emportée par le vol des oiseaux, tu murmures et tu brûles. (Mais comment dire cette chose qui est trop pure pour la voix?)
Tu es le feu naissant sur les froides rivières, l'alouette jaillie du champ...
Je vois en toi s'ouvrir et s'entêter la beauté de la terre.



III



Je te parle, mon petit jour.
Mais tout cela ne serait-il qu'un vol de paroles dans l'air?
Nomade est la lumière.
Celle qu'on embrassa devient celle qui fut embrassée, et se perd.
Qu'une dernière fois dans la voix qui l'implore elle se lève donc et rayonne, l'aurore.

07:38 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (12)

20/02/2014

La poésie du jeudi avec Joséphine Bacon

Poésie jeudi.jpgPour ce nouveau jeudi poétique, je vous propose la découverte de Joséphine Bacon, poète innue et québécoise. Sa poésie, qu'elle écrit dans les deux langues français et innu, s'imprègne de sa culture amérindienne d'origine. Ainsi le titre du recueil dont est extrait le morceau d'aujourd'hui, Bâtons à message / Tshissinuatshitakana, publié en 2009, évoque les repères marqués qui permettaient aux nomades de s'orienter dans les terres sauvages et de retrouver leur voie. En l'occurrence, et par un joli parallèle aussi métaphorique qu'homophonique, c'est la voix de sa nation que Joséphine Bacon propose de retrouver à travers l'écriture littéraire.

Belle découverte et bon jeudi poétique à tous !

 

 

Le Nord m’interpelle

 

Ce départ nous mène
vers d’autres directions
aux couleurs des quatre nations :
blanche, l’eau
jaune, le feu
rouge, la colère
noir, cet inconnu
où réfléchit le mystère.

Cela fait des années que je ne calcule plus,
ma naissance ne vient pas d’un baptême
mais plutôt d’un seul mot.

Sommes-nous si loin
de la montagne à gravir ?

Nos sœurs de l’Est, de l’Ouest,
du Sud et du Nord
chantent-elles l’incantation
qui les guérira de la douleur
meurtrière de l’identité ?
Notre race se relèvera-t-elle
de l’abîme de sa passion ?

Je dis aux chaînes du cercle :
Libérez les rêves,
comblez les vies inachevées,
poursuivez le courant de la rivière,
dans ce monde multiple,
accommodez le songe.

Le passage d’hier à demain
devient aujourd’hui
l’unique parole
de ma sœur,
la terre.

Seul le tonnerre absout
une vie vécue.